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Réviser son matériel de sécurité : calendrier et contrôles

Quand réviser quoi à bord : extincteurs annuels, radeau à 3 ans, EPIRB 10 ans de pile, fusées 3 ans, VHF ASN. Budget réel et sanctions si périmé.

Un bateau n'a pas de contrôle technique obligatoire comme une voiture. Personne ne vient vérifier votre armement avant que vous ne larguiez les amarres. Résultat : la moitié des plaisanciers contrôlés au hasard par les affaires maritimes en pleine saison se retrouvent avec une dotation partiellement périmée, souvent à cause d'un ou deux éléments oubliés. Cet article liste, poste par poste, l'intervalle de révision à respecter en 2026, le coût réel, et ce que vous risquez concrètement si vous laissez filer.

Le calendrier en une page

Avant le détail, voici la vision synthétique. Tous les intervalles ci-dessous sont ceux imposés par la division 240 (arrêté du 6 mai 2019, consolidé au 11 octobre 2024 sur Légifrance) ou par les prescriptions fabricants reprises par les assureurs.

ÉquipementContrôle visuelRévision proRemplacement
Extincteur poudre ABC 1 kgTous les 6 moisAnnuelle (assureur)10 ans max
Extincteur CO2 2 kgTous les 6 moisPesée annuelle20 ans (requalif)
Dispositif fixe moteur FM-200Visuel semestrielAnnuelle10 ans
Radeau ISO 9650-1 ou 9650-2Avant chaque sortieTous les 3 ans12 à 15 ans
Gilet auto-gonflantAvant chaque sortieTous les 2 ans (préco. fabricant)10 ans
Cartouche CO2 giletVisuel mensuelAprès chaque déclenchementPesée annuelle
Balise EPIRB 406 MHzTest mensuel bouton self-testTest réel tous les 12 moisPile tous les 5 à 10 ans selon modèle
PLB individuelleTest trimestrielPile tous les 5 à 7 ans10 ans fin de vie
Fusées et feux à mainÀ chaque embarquement-3 ans après fabrication
VHF fixe ASN + MMSIAnnuel (licence ANFR)-10 ans en moyenne
Compas de routeAnnuel (parallaxe, bulle)-15 à 20 ans

L'ordre des postes dans la suite de l'article n'est pas anodin : je commence par ceux qu'on oublie le plus souvent (fusées, pile EPIRB), pas par ceux qu'on pense d'abord (extincteurs).

Fusées et feux à main : 3 ans, pas un jour de plus

La péremption des pyrotechniques est la ligne la plus violée du bord. Trois ans après la date de fabrication imprimée sur le tube, point final. Ce n'est pas une règle fabricant pour vous faire racheter, c'est un principe de sécurité : la charge pyrotechnique devient instable au-delà, soit qu'elle ne s'allume plus (ratés dangereux à 99% du moment où vous en avez besoin), soit qu'elle parte de travers au visage.

La division 240 impose :

  • 3 feux à main rouges pour une navigation côtière (jusqu'à 6 milles d'un abri).
  • 3 feux à main rouges + 3 fusées parachute rouges pour la semi-hauturière (jusqu'à 60 milles).
  • Ajout de 2 fumigènes orange flottants pour l'hauturière (au-delà de 60 milles).

Les tarifs 2026 vérifiés en avril chez Nautisports, AD Nautic, Accastillage Diffusion :

PyrotechniquePrix unitaireDurée de vie
Feu à main rouge14 à 22 euros3 ans après fabrication
Fusée parachute rouge38 à 55 euros3 ans
Fumigène orange flottant35 à 48 euros3 ans

Comptez 130 à 180 euros de renouvellement pyrotechnique tous les 3 ans pour une dotation côtière complète, 280 à 380 euros pour l'hauturière. Les fusées périmées ne se jettent pas à la poubelle : elles se rapportent dans les magasins d'accastillage agréés (liste sur pyreo.fr), qui les stockent dans des fûts dédiés avant destruction par un pyrotechnicien.

Sanction constatée : 750 euros d'amende plus immobilisation du bateau si un contrôle des affaires maritimes tombe sur une fusée périmée. J'ai vu le cas en 2024 à La Trinité, un skipper qui partait aux Glénan a été retenu au ponton le temps d'aller racheter sa dotation chez le shipchandler du port.

Balise EPIRB et PLB : la pile qu'on oublie

L'EPIRB 406 MHz est l'équipement où l'illusion de "ça marchera le jour J" est la plus dangereuse. La pile au lithium embarquée a une durée de vie standard de 5 à 10 ans selon le modèle (5 ans chez la plupart des Ocean Signal première génération, 7 à 10 ans chez les ACR GlobalFix ou les récentes SafeSea). La date de péremption est imprimée sur le boîtier, parfois sous la plaque d'identification MMSI.

Ce qu'impose la convention SOLAS (règle IV/15.9) et que la division 240 reprend pour les équipements homologués : entretien tous les 5 ans au maximum par un professionnel agréé. Cet entretien comprend le remplacement de la pile, le test d'étanchéité, et la vérification du signal en émission réelle (pas le simple self-test). Coût constaté en 2026 : 180 à 350 euros selon la marque, auxquels s'ajoute la pile elle-même (150 à 250 euros).

Le rythme que je conseille :

  • Self-test bouton tous les mois (10 secondes, l'autotest interne mesure la fréquence et la puissance d'émission).
  • Test réel tous les 12 mois, uniquement pendant la première minute d'une heure pile (convention SOLAS : la première minute de chaque heure est tolérée pour les tests, les COSPAS-SARSAT la filtrent).
  • Remplacement pile à la date imprimée, jamais après. Un EPIRB avec pile périmée équivaut à un feu de poupe débranché.

Pour les PLB individuelles (format poche, Ocean Signal rescueME ou ACR ResQLink), même logique mais pile à 7 ans en moyenne, durée de vie totale 10 ans. Impossible de changer la pile soi-même sur une PLB : il faut la renvoyer au fabricant ou la remplacer. Je traite plus longuement le choix EPIRB vs PLB dans mon retour sur les balises embarquées à bord.

Radeau de survie : 3 ans, la règle qui coûte cher

La norme ISO 9650 (en vigueur depuis 2005) fixe un intervalle de révision de 3 ans pour les radeaux de plaisance, côtiers comme hauturiers. La révision est l'acte le plus lourd de l'année sécurité : ouverture complète du radeau en atelier homologué, gonflage test, pesée des bouteilles CO2, vérification de l'ancre flottante, renouvellement des éléments de dotation périmés (eau de survie, fusées internes, pharmacie, rations).

Tarifs 2026 vérifiés chez Ouest Sécurité Marine et Nautic Service Sauvetage :

RadeauPrix révision tous les 3 ans
Côtier ISO 9650-2, 4 places460 à 525 euros
Côtier ISO 9650-2, 6 places510 à 580 euros
Hauturier ISO 9650-1, 6 places680 à 850 euros
Hauturier ISO 9650-1, 8 places800 à 980 euros

Ajoutez 80 à 150 euros si le radeau dépasse 12 ans et que les soudures imposent un traitement supplémentaire. La durée de vie totale est de 12 ans pour les hauturiers, 15 ans pour les côtiers type II. Au-delà, le radeau ne peut plus être révisé, seulement remplacé.

Détail souvent oublié : la révision prend 5 à 8 jours ouvrés chez la majorité des stations. Prenez rendez-vous en mars ou début avril si vous voulez récupérer le radeau pour juin, pas le 20 juin en espérant partir le 25. Pour tout savoir sur les choix entre côtier et hauturier, voir la fiche détaillée sur le radeau de survie à bord.

Extincteurs : visuel semestriel, pro annuel

La règle pour la plaisance privée : la division 240 n'impose pas de révision professionnelle annuelle, mais les assureurs la conditionnent pour la garantie incendie. Autant la faire faire, ce n'est pas cher et ça sert en cas de sinistre.

  • Contrôle visuel semestriel par le propriétaire : aiguille du manomètre dans le vert, goupille et plomb intacts, absence de choc ou corrosion sur le corps. Retourner chaque extincteur poudre et le secouer trois fois pour décompacter la poudre (la poudre s'agglomère avec les vibrations et l'humidité).
  • Vérification annuelle par pro certifié APSAD R4 : 15 à 25 euros pour un 1 kg poudre, 25 à 40 euros pour un CO2 2 kg (qui exige une pesée).
  • Reconditionnement à 5 ans pour les extincteurs pression permanente : 35 à 55 euros.
  • Remplacement à 10 ans maximum pour la poudre, 20 ans pour le CO2 sous réserve de requalification de la bouteille.

Pour un 10 mètres équipé de 2 poudres 1 kg plus un CO2 2 kg plus un dispositif fixe moteur FM-200, comptez 70 à 110 euros de révision annuelle. Je renvoie à mon article sur les extincteurs à bord pour le choix entre poudre, CO2 et dispositif fixe.

Gilets auto-gonflants : pas d'obligation, mais un visuel mensuel

Contrairement aux gilets professionnels soumis à révision annuelle pro, les gilets plaisance auto-gonflants 150 ou 275 Newton n'ont pas de cadence réglementaire imposée. Les fabricants (Plastimo, Spinlock, Mustang Survival, Secumar) préconisent tous une révision en atelier tous les deux ans. Coût : 35 à 50 euros par gilet, généralement au même moment que la révision radeau pour grouper les trajets chez le pro.

Le visuel à faire vous-même, sans excuse, avant chaque saison et après chaque grain sérieux :

  • Dévisser et peser la cartouche CO2. Une cartouche 33 g doit peser entre 80 et 85 g (capsule en laiton + gaz). Si elle pèse moins, elle fuit ou elle s'est déclenchée.
  • Vérifier la date du percuteur hydrostatique Hamar ou UML, imprimée sur le corps. Les Hamar durent 5 ans, les UML Pro Sensor 3 ans.
  • Gonfler la vessie à la bouche par la valve buccale, la laisser 24 heures. Si elle est dégonflée au matin, fuite à traiter.
  • Inspecter les coutures, les sangles, le système de largage automatique de la capuche.

Une cartouche CO2 33 g coûte 8 à 12 euros, un percuteur UML 15 à 25 euros. Les deux s'achètent en kit de rechange à 20 à 30 euros. Beaucoup de gilets jetés en déchèterie seraient sauvés par un kit à 25 euros.

VHF ASN et MMSI : l'oubli administratif

La VHF ASN ne s'use pas, mais l'administratif qui va avec se périme. La licence radio délivrée par l'ANFR est valable un an et se renouvelle automatiquement par prélèvement (gratuit, mais le compte doit rester actif). Si vous vendez le bateau, changez d'adresse ou modifiez l'installation radio, déclarez-le à l'ANFR sous 30 jours, sinon la licence tombe en caducité et le MMSI avec.

Le contrôle annuel à faire vous-même, 5 minutes :

  • Tester l'émission sur le canal 16 avec la capitainerie (radio check, formule courte : "[nom bateau], [nom bateau], radio check s'il vous plaît, over").
  • Vérifier que le MMSI est bien affiché à l'écran (appui long sur la touche correspondante, diffère selon les modèles Icom, Simrad, Standard Horizon).
  • Tester la touche rouge DISTRESS (protégée par un capot) en appui bref : un bip retentit, ne pas appuyer long sous peine d'envoyer une alerte réelle au CROSS.
  • Contrôler le couplage GPS : la VHF ASN doit afficher la position en position latitude/longitude en permanence. Si elle affiche "No position", le câble NMEA est débranché ou la source GPS est coupée.

Le coût de maintenance de l'installation VHF est nul en temps normal. En revanche, si l'antenne VHF en tête de mât doit être changée (corrosion, coup de foudre), comptez 150 à 400 euros pour une antenne neuve, 200 à 500 euros de pose par un électronicien marine.

Budget annuel réaliste pour un 10 mètres

Je prends un voilier de 10 mètres navigation semi-hauturière (jusqu'à 60 milles), dotation complète, tout à jour. Voici ce que coûte la somme des révisions annuelles et des renouvellements lissés :

PosteCoût lissé annuel
Révision extincteurs (2 poudre + 1 CO2 + fixe moteur)70 à 110 euros
Renouvellement pyrotechnique (1/3 tous les ans)45 à 60 euros
Révision radeau côtier (1/3 tous les ans)155 à 195 euros
Révision gilets (2 gilets tous les 2 ans)35 à 50 euros
Self-tests EPIRB + pile lissée20 à 35 euros
Licence ANFR + renouvellement divers10 à 15 euros
Petit matériel (cartouches CO2 gilet, percuteurs)30 à 50 euros
Total annuel365 à 515 euros

Pour une navigation hauturière avec radeau ISO 9650-1 plus EPIRB plus dotation pyrotechnique complète, la fourchette monte à 520 à 780 euros lissés par an. Les 500 à 800 euros qui reviennent souvent dans les forums sont la bonne fourchette pour un bateau semi-hauturier bien équipé, le bas de fourchette pour un côtier minimaliste.

Sanctions réelles en cas de contrôle

Les affaires maritimes contrôlent surtout en juillet-août, surtout en zone chargée (Porquerolles, Saint-Tropez, Morbihan, Belle-Île). Le barème réel, constaté sur plusieurs rapports de contrôle 2024-2025 :

  • Dotation incomplète (extincteur manquant, gilet à jour manquant) : 135 euros d'amende forfaitaire, classe 4.
  • Pyrotechnique périmée : 750 euros d'amende plus consignation du bateau tant que la dotation n'est pas refaite.
  • Radeau en retard de révision (échéance dépassée de plus de 3 mois) : 750 euros plus immobilisation.
  • EPIRB avec pile périmée : classée comme "non-fonctionnement d'un moyen de signalement de détresse", jusqu'à 1 500 euros selon la juridiction.
  • Licence VHF ANFR caduque : amende de classe 5 possible, rare en pratique (l'ANFR préfère régulariser que sanctionner).

Au-delà de la sanction, l'impact assurantiel est plus lourd. En cas d'avarie, de feu à bord ou de déclenchement radeau, la compagnie vérifie systématiquement les dates de révision. Un sinistre avec matériel périmé, c'est la franchise majorée ou la déchéance de garantie au pire. Sur un radeau à 2 500 euros ou un feu qui ravage le carré, la différence avec une assurance qui rembourse vaut bien les 450 euros de révision.

Sources

  • Arrêté du 6 mai 2019 portant division 240, version consolidée au 11 octobre 2024 (Légifrance, JORFTEXT000038462363).
  • Norme ISO 9650-1 et 9650-2, tableaux de révision constructeur Plastimo, Seago, Arimar.
  • Ouest Sécurité Marine, grille tarifaire révision radeaux 2024 (ouestsecuritemarine.com, consultée en avril 2026).
  • ANFR, fiche radiomaritime plaisance, licence MMSI (anfr.fr/gerer/radiomaritime).
  • Convention SOLAS règle IV/15.9 sur l'entretien quinquennal des balises EPIRB 406 MHz.
  • Nautisports, SVB Marine, AD Nautic, fiches techniques EPIRB et PLB Ocean Signal, ACR, McMurdo, consultées en avril 2026.
  • Pyreo, listes des points de collecte des pyrotechniques périmés (pyreo.fr).