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Balise EPIRB et PLB : choisir, enregistrer, utiliser

EPIRB vs PLB en 2026 : différences, prix, enregistrement au registre 406 et règles d'entretien. Le guide sans bla-bla pour plaisancier hauturier.

Résumé

  • Deux familles de balises 406 MHz homologuées Cospas-Sarsat : l'EPIRB rattachée au bateau, la PLB rattachée à une personne. Budget 2026 : 400 à 1 000 euros pour une EPIRB, 250 à 650 euros pour une PLB.
  • L'enregistrement au registre français des balises 406 MHz (géré par le CNES) est obligatoire et gratuit, que ce soit une EPIRB ou une PLB.
  • Au-delà de 60 milles d'un abri, la Division 240 impose une EPIRB 406 MHz homologuée. La PLB ne remplace pas l'EPIRB dans ce cas, elle complète.

Pourquoi ce n'est pas une seule et même balise

On parle souvent des "balises de détresse" comme d'un seul produit. Sur un catalogue de shipchandler, elles se ressemblent : boîtier jaune, antenne pliable, étiquette 406 MHz. Dans la pratique elles ne jouent pas le même rôle.

L'EPIRB (Emergency Position-Indicating Radio Beacon) est attachée au bateau. Elle est enregistrée sous le nom du navire avec son MMSI, elle reste à bord dans son étrier, et elle se déclenche au contact de l'eau (Category I, à dégagement hydrostatique) ou manuellement (Category II). Quand elle émet, la chaîne de secours comprend : c'est le navire X qui est en détresse.

La PLB (Personal Locator Beacon) est attachée à une personne. Elle est enregistrée au nom de son propriétaire, elle se clippe au gilet ou au harnais, elle ne se déclenche qu'à la main. Si un équipier passe à l'eau avec sa PLB, c'est lui qui est localisé, pas le bateau resté derrière.

Les deux utilisent la même fréquence (406 MHz), le même réseau satellite (Cospas-Sarsat) et le même centre de traitement côté français. Mais le signal transporte des informations différentes : sur l'EPIRB, code pays et MMSI ; sur la PLB, un identifiant lié à la personne.

Le réseau Cospas-Sarsat en 30 secondes

Cospas-Sarsat, c'est le système international qui détecte les balises 406 MHz et relaie l'alerte aux autorités de secours. Trois segments satellites coexistent : LEOSAR (basse altitude), GEOSAR (géostationnaire) et surtout MEOSAR (orbite moyenne), opérationnel à pleine capacité depuis avril 2023. Le MEOSAR combine 46 satellites et permet une localisation quasi instantanée, alors que l'ancien LEOSAR pouvait demander jusqu'à 4 heures dans le pire cas (source : CNES, programme Cospas-Sarsat).

Concrètement, une balise 406 MHz déclenchée aujourd'hui en Méditerranée est localisée en quelques minutes avec une précision en centaines de mètres quand elle embarque un GPS (la plupart des modèles récents). Le signal passe par les satellites, puis par le FMCC (French Mission Control Centre, CNES Toulouse), puis arrive au CROSS compétent selon la zone.

C'est ce circuit qui justifie l'enregistrement. Sans enregistrement, le signal est reçu, mais le CROSS doit partir à la pêche aux informations : propriétaire, bateau, personnes à bord, zone prévue. Ça peut faire perdre de précieuses minutes.

Ce que dit la Division 240

La Division 240 (arrêté du 11 mars 2008 consolidé, dernière révision d'octobre 2024) fixe l'armement de sécurité pour les navires de plaisance de moins de 24 mètres en France. Trois zones de navigation :

  • Basique : moins de 2 milles d'un abri. Aucune balise obligatoire.
  • Côtier : 2 à 6 milles. Aucune balise obligatoire non plus.
  • Semi-hauturier : 6 à 60 milles. Pas d'EPIRB obligatoire, mais on conseille déjà une PLB ou un système équivalent.
  • Hauturier : au-delà de 60 milles. EPIRB 406 MHz Cospas-Sarsat obligatoire, conforme à l'article 240-2.20.

Une PLB ne dispense pas d'une EPIRB pour la zone hauturier. L'administration veut une balise rattachée au bateau, pas seulement à un équipier.

Beaucoup de plaisanciers côtiers embarquent pourtant une PLB sans y être contraints. C'est cohérent dès qu'on navigue de nuit, seul, ou en hiver. La probabilité d'un MOB (homme à la mer) est là, et une PLB se déclenche même si le bateau continue sa route sans vous.

EPIRB ou PLB : comment trancher

Les deux ne répondent pas à la même question.

Hauturier (transat, Med au large, Atlantique) : EPIRB obligatoire, et PLB(s) par équipier en complément. L'EPIRB protège le bateau, la PLB protège l'individu qui passerait par-dessus bord pendant un quart.

Côtier en vue de terre : une PLB par skipper suffit souvent. Compacte (environ 120 g pour une RescueME PLB1), elle tient dans la poche du gilet. Autonomie d'émission : 24 heures minimum.

Pêche sportive seul, kayak de mer, paddle au large : PLB, sans hésiter.

Location d'un bateau pour une semaine en Corse : vérifiez qu'une EPIRB en règle est à bord (Division 240, zone hauturier si vous dépassez 60 milles). Glissez votre propre PLB en plus, surtout pour les quarts de nuit.

Les sous-variantes à connaître

Dans la famille EPIRB :

  • Catégorie I (dégagement hydrostatique) : s'extrait seule de son étrier si le bateau coule et se met en route au contact de l'eau. Logique pour un voilier hauturier.
  • Catégorie II (manuelle) : reste dans son étrier, se déclenche à la main. Moins chère, adaptée à un bateau moteur rapide.
  • EPIRB AIS : modèle récent qui émet aussi un signal AIS-SART sur VHF. Les bateaux alentour voient la balise apparaître sur leur écran AIS (portée typique 4 à 8 milles selon la hauteur d'antenne). C'est précieux quand les secours sont loin : un cargo à 5 milles peut arriver avant l'hélicoptère.

Dans la famille PLB :

  • PLB simple 406 MHz + GPS : Ocean Signal RescueME PLB1 à 385 à 400 euros selon le distributeur (SVB, Uship, Comptoir Nautique, tarifs relevés en avril 2026).
  • PLB avec MOB-AIS intégré : la RescueME PLB3 d'Ocean Signal à environ 640 euros. Déclenche à la fois l'alerte satellite et une balise AIS locale. Intéressant pour la navigation en équipage, où les copains sont parfois les premiers secours possibles.

Les ordres de prix à retenir pour 2026

ProduitGamme prix France TTC
EPIRB Cat II manuelle GPS400 à 600 euros
EPIRB Cat I hydrostatique GPS600 à 850 euros
EPIRB Cat I avec AIS intégré900 à 1 050 euros
PLB compacte GPS (type PLB1)250 à 400 euros
PLB avec MOB-AIS (type PLB3)600 à 700 euros

Sources tarifs consultés le 18 avril 2026 : SVB Marine, Uship, Comptoir Nautique, Nautisports, Ad-Nautic. Les marques dominantes en Europe sont Ocean Signal (britannique), McMurdo (britannique) et ACR (américaine).

L'enregistrement au registre 406 : cinq minutes, zéro euro

C'est l'étape que personne n'a envie de faire et qui change tout le jour J.

Le registre français des balises 406 MHz est géré par le CNES à Toulouse. Site : registre406.cnes.fr. Gratuit, obligatoire, opposable. Une balise non enregistrée émettra quand même en cas de déclenchement, mais le CROSS devra reconstituer le puzzle.

Procédure :

  1. Créer un compte sur registre406.cnes.fr.
  2. Saisir le code hexadécimal de la balise (15 caractères alphanumériques, inscrit sur l'étiquette du boîtier, exemple type : 9C6E2DF00AFFBFF).
  3. Compléter : type d'usage (maritime), identité du propriétaire, nom et immatriculation du navire (pour une EPIRB), contacts d'urgence (deux numéros différents du vôtre, à joindre en cas d'activation).
  4. Mettre à jour chaque changement : vente du bateau, changement de port d'attache, nouveau téléphone, changement d'équipier régulier. L'arrêté du 21 décembre 2018 rend cette mise à jour obligatoire.

Pour une balise achetée à l'étranger, il faut d'abord faire re-coder la balise sous code pays France (MID 226, 227 ou 228) avant de l'enregistrer, sinon le signal ne tombera pas sur le FMCC français mais sur celui du pays d'origine. C'est un piège classique pour les balises achetées au UK ou aux USA.

Entretien : trois rendez-vous à tenir

Une balise de détresse, c'est un équipement qui dort pendant 10 ans avant, peut-être, de sauver votre peau. Il ne dort pas impunément.

Test mensuel auto-test : la plupart des balises ont un bouton de test. Il simule le déclenchement sans émettre réellement (ou émet un signal codé court qui est filtré par les satellites). La LED verte clignote, le GPS se cale, vous êtes rassuré. À faire une fois par mois, pas plus. L'auto-test épuise un peu la pile.

Remplacement de pile : la pile lithium d'une balise 406 MHz a une durée de vie maximale de 10 ans. La convention SOLAS règle IV/15.9 impose 5 ans pour le commerce. En plaisance, on s'aligne sur la date d'expiration imprimée sur le boîtier. Au-delà, la balise devient un presse-papier légal. Changement en centre agréé : 150 à 300 euros selon modèle, presque la moitié d'une PLB neuve, ce qui pousse beaucoup de plaisanciers à racheter plutôt qu'à réviser.

Révision quinquennale : obligatoire pour les EPIRB sur navires de commerce (SOLAS), vivement recommandée en plaisance hauturière. Le technicien vérifie étanchéité, puissance d'émission, GPS, et change l'étrier hydrostatique (Cat I) dont la durée de vie est propre (2 à 5 ans selon la marque).

Le jour où elle sert

Scénario. Vous êtes seul de quart à 3h du matin, 40 milles au sud de Porquerolles. Le pilote lâche, la bôme arrive, vous passez à l'eau. Gilet harnais avec PLB clippée ? Vous dégoupillez, déployez l'antenne, laissez émettre.

Ce qui se passe ensuite :

  • Dans les 3 à 5 premières minutes, les satellites MEOSAR détectent le signal, décodent le HEX ID, transmettent au FMCC qui identifie le propriétaire via le registre 406.
  • Le CROSS Méditerranée (MRCC La Garde) est alerté avec votre position GPS.
  • Les contacts d'urgence inscrits au registre sont appelés pour confirmer que vous étiez bien en mer. D'où l'importance d'avoir mis des gens qui décrochent, même à 3h du matin.
  • L'hélicoptère ou le sémaphore le plus proche est déclenché.

Si la balise embarque un AIS (PLB3 ou EPIRB AIS), le cargo qui passe à 3 milles vous voit apparaître sur son écran avec un carré d'urgence et position réactualisée chaque minute. C'est souvent lui qui arrivera le premier.

Contre-exemple vécu par un copain en Atlantique nord : EPIRB déclenchée sur un voilier qui prenait l'eau, pile morte (changement oublié, balise de 2014). Rien n'est parti. Ils s'en sont sortis par Mayday VHF canal 16. Morale : la balise seule ne suffit pas, mais si vous l'avez, au moins qu'elle fonctionne.

Les erreurs à ne pas commettre

  • Acheter une balise sans regarder la date de fabrication. Un stock qui traîne 2 ans chez le distributeur, c'est 2 ans de pile en moins. Demandez la date.
  • Oublier d'enregistrer. Le distributeur fournit un bordereau pré-rempli qui donne envie de reporter. Faites-le le soir même.
  • Mettre un seul contact d'urgence. Mettez-en deux, joignables indépendamment. Un conjoint embarqué ne décroche pas depuis le bateau en détresse.
  • Ranger la PLB dans le sac étanche au fond du coffre. Elle doit être sur vous, clippée au gilet, accessible d'une main.
  • Croire qu'une balise remplace une VHF ASN. Ce sont deux choses différentes. La VHF avec fonction ASN émet un appel de détresse automatique avec MMSI sur canal 70. Sur cette complémentarité, voir le rôle de l'ASN et du MMSI en plaisance.
  • Penser que la balise dispense du radeau de survie. Elle signale, elle ne flotte pas. Le radeau, c'est un autre sujet : bien choisir son radeau de survie.

Sources

  • Arrêté du 11 mars 2008, Division 240 (dernière révision 11 octobre 2024), articles 240-2.20 et zones de navigation. Légifrance et ministère de la Mer.
  • Arrêté du 21 décembre 2018 relatif au codage et à l'enregistrement des balises de détresse 406 MHz. Légifrance.
  • Registre français des balises 406 MHz, CNES, registre406.cnes.fr.
  • Programme Cospas-Sarsat, cospas-sarsat.int et CNES.
  • Tarifs 2026 relevés sur SVB Marine, Uship, Comptoir Nautique, Ad-Nautic, Nautisports.
  • Notices techniques constructeurs : Ocean Signal (rescueME PLB1, PLB3, EPIRB1, safeSEA EPIRB3 Pro), McMurdo (Smartfind G8), ACR (GlobalFix V5).