Fiche de référence sur le radeau de survie en plaisance française, à jour d'avril 2026. Ce qu'impose la division 240 selon la zone, ce qui distingue un côtier ISO 9650-2 d'un hauturier ISO 9650-1, le contenu de la dotation, le cycle de révision (3 ans la règle, annuel pour certains modèles), les prix constatés à l'achat et à la révision, et le geste juste au moment du déclenchement. Chiffres vérifiés sur Légifrance, Plastimo, Ouest Sécurité Marine, Nautic Service Sauvetage, Hisse et Oh.
Trois lignes à retenir. Le radeau devient obligatoire au-delà de 6 milles d'un abri, côtier jusqu'à 60 milles, hauturier au-delà. Comptez 1 100 à 2 500 euros pour un 4 places neuf, 400 à 700 euros par révision selon l'âge et la marque. Un radeau mal révisé vaut zéro au moment de sauter dedans.
Ce que dit la division 240, zone par zone
Toute la logique tient dans l'arrêté du 6 mai 2019 (division 240), consolidé à octobre 2024 sur Légifrance. Le texte classe la navigation en quatre zones selon la distance d'un abri, pas selon la longueur du bateau.
Jusqu'à 2 milles d'un abri. Aucun radeau requis. Matériel limité à gilets, repérage lumineux, extincteur, compas.
Zone côtière, 2 à 6 milles. Toujours pas de radeau obligatoire, mais VHF fixe et mouillage adapté. C'est la zone où tournent 90 % des plaisanciers méditerranéens l'été.
Zone semi-hauturière, 6 à 60 milles. Un ou plusieurs radeaux conformes à l'ISO 9650-2 (dit côtier) pour embarquer tout l'équipage. VHF fixe. Balise non obligatoire mais souvent embarquée.
Zone hauturière, au-delà de 60 milles. Radeau ISO 9650-1 (hauturier) obligatoire. Dotation type 1 ou 2 selon délai d'attente des secours. Balise EPIRB 406 MHz obligatoire (voir le mémo sur les balises EPIRB et PLB en plaisance).
Le repère à retenir : 6 milles marque la bascule. Sur la Côte d'Azur, un Saint-Raphaël-Porquerolles passe vite à 8-9 milles d'abri ; en Manche, Granville-Chausey est côtier, mais une descente d'Iroise en été franchit facilement les 6 milles.
Côtier ISO 9650-2 ou hauturier ISO 9650-1 : la vraie différence
La norme ISO 9650 (2005, amendée) distingue deux familles.
Type 2 (côtier). Un seul compartiment gonflable, pas de double-fond isolant, tente manuelle, eau de survie 24 h max. Maintient à flot 60 milles par force 5-6, pas au-delà. Prix neuf 2025 : 1 100 à 1 500 euros en 4 places (Plastimo côtier en sac à 1 159 euros sur Uship en avril 2026).
Type 1 (hauturier). Deux boudins superposés, double-fond isolant, tente auto-déployante. Deux sous-classes : groupe A pour eaux froides (-15 à 65 °C, Manche, Atlantique nord), groupe B pour eaux tempérées (0 à 65 °C, Méditerranée). Le groupe A ajoute combinaisons de survie. Prix neuf : 1 700 à 2 500 euros pour 4 places. Plastimo Transocean 4 places hauturier +24 h, environ 2 300 euros TTC en avril 2026.
Le type 1 se décline en armement allégé (-24 h) et armement complet (+24 h). L'allégé suppose un sauvetage sous 24 heures (côte française, zone CROSS). Le complet ajoute eau, rations et signalement pour Biscaye, Gibraltar, Antilles.
Marques historiques en France : Plastimo (Lorient, révision centralisée), Zodiac/Survitec (gamme Crewsaver), Sea-Safe (via Nautic Service Sauvetage depuis 2003), Arimar (italien, courant sur l'occasion). Tout radeau neuf en Europe depuis 2010 est ISO 9650.
Poids souvent omis par les vendeurs : un 4 places hauturier en valise fait 35 à 42 kg, un 6 places en container dépasse 50 kg. Critère de stockage aussi important que la norme.
Ce qu'il y a dans la valise, concrètement
Dotation d'un radeau ISO 9650-1 type 1, armement complet, 4 personnes. Division 240 annexe 240-A.2.
- Ligne de vie périmétrique intérieure et extérieure
- Ancre flottante, erse, émerillon, longueur 15 m minimum
- Tente auto-déployante double toit, éclairage LED à élément salin
- Sachet de réparation (obturateurs coniques, bandes adhésives)
- Écope, deux pagaies, éponge, couteau flottant non pliant
- Eau 1,5 L par personne, rations 10 000 kJ par personne (armement +24 h)
- Trois fumigènes flottants, six fusées parachute rouges
- Miroir, sifflet, lampe étanche, piles, nécessaire médical type B
- Manuel de survie plastifié en français
Beaucoup de plaisanciers n'ouvrent jamais leur valise avant la première révision, et découvrent la dotation trois ans après achat. Une fois, visitez l'atelier de révision le jour où le vôtre passe : vous verrez vraiment ce que c'est. Chez Plastimo à Lorient, une visite est possible sur rendez-vous.
Entre armement allégé et complet, la différence tient dans les rations, les doses d'eau et les combinaisons de survie. L'allégé -24 h coûte 200 à 400 euros de moins à l'achat. Pour un bateau qui ne quitte jamais la côte métropolitaine, le calcul tient. Pour une traversée hauturière, c'est une fausse économie.
La révision triennale : pourquoi, combien, comment
Un radeau vit dans son container pendant que vous naviguez. La bouteille de CO2 se décharge lentement, les rations vieillissent, les adhésifs sèchent, les fumigènes ont des péremptions fabricant (3 ans pour les fusées, 4 ans pour les rations).
La division 240 exige une révision tous les 3 ans pour un radeau de plaisance standard. Certains modèles passent à révision annuelle. La date de prochaine révision est gravée sur le container et imprimée sur le macaron. Un radeau dépassé même d'une semaine n'est plus réglementaire et n'est plus couvert par l'assurance.
Prix constatés en avril 2026, toutes marques, sur 4 places plaisance :
| Révision | Fourchette 2026 | Cause |
|---|---|---|
| 3 ans (1re) | 250 à 400 euros | Contrôle + remplacement fumigènes |
| 6 ans | 450 à 700 euros | Ajoute bouteille CO2, eau, rations |
| 9 ans | 600 à 900 euros | Test pression long, patchs boudin |
| 12 ans et + | 700 à 1 200 euros, parfois refus | Fin de vie probable |
Un utilisateur Hisse et Oh a rapporté 569,80 euros pour la révision des 6 ans de son Plastimo 4 places. Compter environ 20 à 30 % du prix neuf cumulé toutes les 6 ans.
Plastimo se révise exclusivement à l'usine de Lorient, transport aller-retour inclus dans le prix. Zodiac/Survitec passe par une station agréée locale (Ouest Sécurité Marine à Lorient, Nautic Service Sauvetage à Nantes). Sea-Safe a son propre réseau. Délai classique : 3 à 5 semaines entre dépose et récupération. Pour naviguer en juin, déposer en mars. En août, trop tard.
Neuf ou occasion : le vrai calcul
Un radeau de 9 ans est souvent en fin de vie économique. Le coût cumulé de révisions dépasse la moitié du prix neuf d'un modèle équivalent. Au-delà de 12 ans, beaucoup de stations refusent la révision (bouteille CO2 dépassée, boudin dévalué). Sur le marché occasion, les radeaux de 6 à 8 ans sont légions à 400-600 euros, mais la prochaine révision coûtera 600 à 900 euros. Le calcul tombe vite.
Ma règle après 15 ans de plaisance : achat neuf tous les 12 ans, révision tous les 3 ans sans exception, jamais d'occasion pour un radeau. C'est l'équipement le moins acceptable en économie. Un extincteur périmé, au pire, on ne s'en sert pas. Un radeau qui ne se déploie pas, c'est une vie.
Pour le matériel non-radeau, la logique est différente : voir le mémo extincteurs à bord des bateaux de plaisance.
Contrôle avant départ : 90 secondes
Avant chaque sortie hauturière, trois vérifications rapides.
Un. Date de révision sur le macaron non dépassée (y compris au retour).
Deux. Sangle de largage reliée au taquet de pont, pas au chandelier (un chandelier arrache à 40 kg de traction).
Trois. Container ou valise sans entrée d'eau. Un container fissuré se repère à l'oxydation des cerclages, une valise abîmée à la rigidité perdue.
Sur un bateau que je connaissais bien, on photographiait le macaron avant chaque sortie. Le téléphone le montrait à jour, point final. Pratique triviale qui m'a sauvé d'une amende lors d'un contrôle en Corse en juillet 2023.
Déclenchement : le geste qui sauve ou qui tue
Avant de déclencher, posez la question : le bateau est-il vraiment en train de couler ? Un radeau, on y saute en dernier recours, quand rester à bord devient plus dangereux que sauter. Les statistiques SNSM montrent que deux tiers des plaisanciers perdus en mer ont abandonné leur bateau trop tôt. Un bateau flottant, même à moitié noyé, reste visible et abritable.
Le geste correct, par ordre :
- Mayday VHF canal 16 si pas déjà fait, EPIRB activée.
- Gilets enfilés et attachés (tous).
- Radeau dégagé, jeté à l'eau sous le vent du bateau.
- Traction sur la ligne de déclenchement jusqu'à résistance, puis traction franche. Gonflage 20 à 30 secondes.
- Une fois gonflé, tirer la ligne de vie pour rapprocher du bord.
- Monter sec si possible, sinon depuis l'eau par l'échelle. Vaillants d'abord, enfants et blessés au milieu.
- Couper l'amarrage une fois le bateau parti, déployer l'ancre flottante immédiatement.
Ce que je vois le plus en débrief : radeau jeté au vent qui repart au large, ligne de déclenchement tirée sans franchise qui n'active pas la bouteille, sauteur qui glisse hors du radeau au premier saut. Aucune formation n'est obligatoire en plaisance, mais les stages "survie en mer" à la SNSM ou aux Glénans (350-500 euros la journée) valent chaque euro. Je n'en ai fait qu'un, en 2019. J'y repenserais au moment de sauter.
Le cas vécu : Golfe de Gascogne, juin 2022
Un ami skippeur, voilier de 12 mètres, trois équipiers, traversée Brest-La Corogne. Coup de vent prévu force 7-8, il sort quand même. À 45 milles dans l'ouest d'Ouessant, bôme cassée, démâtage partiel, voie d'eau sur le rail. Le bateau tient, ils gardent la main.
Mayday VHF, CROSS Corsen répond en 3 minutes. EPIRB activée. Radeau vérifié sur pont, prêt à jeter. Mais il ne saute pas. Patrouilleur militaire sur zone 2 h 40 plus tard, remorquage jusqu'à Brest, trois blessés légers, aucune perte.
La leçon : le radeau n'a pas servi, et c'est ça qui les a sauvés. L'équipage n'a pas paniqué parce qu'il savait qu'il pouvait l'utiliser si ça tournait au pire. La confiance dans le matériel a évité le geste prématuré. Il révise son Plastimo tous les 3 ans depuis, même s'il ne s'en est jamais servi.
Les oublis classiques qui coûtent une vie
- Radeau stocké sous des équipets, inaccessible en 30 secondes.
- Sangle de largage trop serrée, impossible à débloquer à la main.
- Couteau flottant non accessible à l'entrée, donc perdu au saut.
- Zéro entraînement à l'embarquement depuis l'eau (plus dur qu'on imagine).
- Container exposé plein sud, peinture qui cuit, boudin fragilisé.
Le stockage idéal : coffre de cockpit fermé, container orienté vers l'arrière, largable en un geste sans clef, sans nœud, sans trappe à forcer.
Sources consultées le 19 avril 2026
- Arrêté du 6 mai 2019 relatif à la sécurité des navires (division 240), consolidé octobre 2024. Légifrance, JORFTEXT000038462363.
- Plastimo, gamme 2026 radeaux de survie, site officiel et catalogue SVB.
- Nautisports, guides radeau hauturier et prix Plastimo.
- Hisse et Oh, fils "prix de révisions survie" et "révision survie plastimo".
- Uship, Plastimo côtier 4 places ISO 9650-2 sac, 1 159 euros constatés.
- Nootica, webzine "Radeaux de survie : réglementation".
- SNSM, statistiques annuelles 2024 sur les interventions en plaisance.
Fiche mise à jour à chaque révision majeure de la division 240.
