Paulilles, c'est l'anse la plus photogénique de la côte Vermeille et, en même temps, un terrain d'explosifs pendant 114 ans. Deux kilomètres au sud de Port-Vendres, coincée entre le cap Béar et le cap Oullestreil, cette baie de 32,5 hectares classée par le Conservatoire du littoral depuis 1998 accueille en juillet-août plus de 200 bateaux par jour (source : conservatoire-du-littoral.fr, fiche Anse de Paulilles, consulté le 19 avril 2026 ; Parc naturel marin du Golfe du Lion). Depuis 2021, une zone de mouillages et d'équipements légers (ZMEL) encadre l'ancrage, avec 18 bouées blanches réservées aux plaisanciers et 10 bouées rouges aux structures de plongée. Voici ce qu'il faut savoir avant d'y poser l'ancre ou de saisir une bouée.
Résumé
Anse de 32,5 ha sur la côte Vermeille, à 2 milles au sud de Port-Vendres. ZMEL Sainte-Catherine : 18 bouées blanches plaisanciers + 10 bouées rouges plongée, durée limitée à 4 heures en journée. Fond sable-roche, posidonie protégée. Protection correcte par nord (tramontane), exposition totale au sud-est. Site classé Conservatoire du littoral, musée de l'ancienne dynamiterie Nobel.
L'anse et son passé industriel
L'anse de Paulilles est une échancrure de 700 mètres d'ouverture, orientée est-sud-est, que bordent trois plages de sable entre la pointe Béar au nord et la pointe de l'Oullestreil au sud. Vu du large, on aperçoit d'abord les trois cheminées de l'ancienne usine, puis la forêt de pins d'Alep qui a repris possession du site.
Cette usine, c'est toute l'histoire du lieu. En décembre 1870, Léon Gambetta pose la première pierre de la Société générale pour la fabrication de la dynamite, filiale française d'Alfred Nobel (source : Wikipédia, Dynamiterie de Paulilles ; amis-de-paulilles.fr). Le choix du site n'a rien d'anodin : on cherche un coin isolé, loin de la frontière est menacée par la Prusse, avec accès direct à la mer pour l'exportation. Au pic de production au début du XXe siècle, 300 ouvriers fabriquaient 4 000 tonnes de dynamite par an, livrées dans toute la France et ses colonies. L'usine ferme en 1984, après quatre explosions majeures qui ont fait 29 morts sur plus d'un siècle d'exploitation.
En 1998, le Conservatoire du littoral rachète les 32 hectares de friche industrielle pour 7,5 millions de francs (source : conservatoire-du-littoral.fr). La dépollution et la réhabilitation durent dix ans. Aujourd'hui, trois bâtiments reconvertis abritent un espace muséal, un chantier de restauration de barques catalanes, et un jardin méditerranéen. L'entrée du site terrestre est gratuite.
Un détail qui frappe : les murets en pierre sèche qui quadrillent encore la colline servaient à limiter la propagation des explosions entre ateliers. Ils sont toujours là, camouflés dans les arbustes.
La ZMEL : 18 bouées blanches, règles à connaître
La zone de mouillage et d'équipements légers de Paulilles a été installée par le Parc naturel marin du Golfe du Lion dans le secteur Sainte-Catherine, entre le cap Béar et l'anse de Thil. Elle compte 28 bouées au total : 18 blanches pour la plaisance et 10 rouges pour les structures de plongée professionnelles (source : parc-marin-golfe-lion.fr, "La ZMEL en pratique").
Les règles du jeu, affichées sur le terrain et reprises dans l'arrêté préfectoral :
- Durée de mouillage limitée à 4 heures par bateau en journée, pour favoriser la rotation
- Nuitée autorisée sur les bouées
- Priorité aux plaisanciers sur les blanches, aux plongeurs pro sur les rouges
- Partage possible : deux petits bateaux (moins de 8 m) peuvent s'amarrer sur la même bouée
- Mouillage à l'ancre interdit dans l'emprise de la ZMEL
- Mouillage à l'ancre autorisé hors ZMEL, uniquement sur fond de sable
Pourquoi tout ce dispositif : la rade contient des herbiers de posidonie, espèce protégée par décret depuis 1988. Une ancre qui laboure un herbier arrache en quelques minutes ce qui met des décennies à repousser. Certains marins, en relevant leur ancre, remontaient des mottes entières avant les installations (source : hisse-et-oh.com, fil "Mouillage de Paulilles").
Concrètement, en juillet 2024 j'ai fait trois tentatives pour arriver tôt. Les 18 blanches étaient toutes prises à 11h du matin. Le gardien de la ZMEL passe en semi-rigide et fait signe aux retardataires de circuler. Solution de repli : aller se caler plus au sud, dans l'anse de Thil, sur sable clair, à l'ancre et à l'écart. Ou attendre à la dérive qu'une place se libère, ce qui arrive rarement avant 16h.
Les bouées sont en principe gratuites, financées par le Parc marin.
Conditions de mer et vents
Orientation : l'anse s'ouvre au sud-est, entre environ 100 et 140 degrés. Ce qui donne deux lectures opposées.
Par tramontane (nord-ouest), secteur dominant en toute saison, c'est un des meilleurs mouillages de la côte Vermeille. Le massif des Albères et le cap Béar (207 m) cassent le vent avant qu'il n'atteigne le plan d'eau. Par grand coup, les bateaux se calent dans le fond nord de l'anse, sous l'abri du cap Béar, parfois jusque dans l'anse de Sainte-Catherine. La mer ne rentre pas, le vent arrive par-dessus en rafales descendantes désordonnées. On tient sans problème avec une chaîne correcte. Rappel chiffré : la tramontane souffle en moyenne 122 jours par an à Perpignan, avec des pointes au cap Béar qui ont dépassé 190 km/h en janvier 2009 (source : Météo-France).
Par secteur sud à est, l'anse devient intenable. Le plan d'eau est totalement ouvert à ces directions. La mer rentre de plein fouet, la houle se réfracte sur les falaises, les bouées se mettent à rouler, les chaînes piochent. Un coup de marinade qui s'installe sur 48 heures (classique en septembre-octobre), c'est l'évacuation vers Port-Vendres ou au mouillage forain dans la baie de Banyuls, côté nord.
Profondeurs dans la ZMEL : généralement 3 à 8 m sur les bouées blanches, plus profond côté large. Le fond est hétérogène, avec des plaques de sable, des zones de roche basse, et des herbiers de posidonie par endroits. Ne pas se fier à un sondeur seul pour juger, l'image satellite de Navionics ou de la carte marine donne une meilleure lecture.
Pas de courant significatif, pas de marée exploitable (coefficient qui bouge de quelques centimètres en Méditerranée).
Ce qu'impose la réserve naturelle marine
À partir du cap l'Abeille, 1,5 mille au sud de Paulilles, on entre dans la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls, créée en 1974, première réserve marine française en métropole (source : ledepartement66.fr, réglementation). Paulilles elle-même n'est pas dans la réserve mais dans le périmètre du Parc naturel marin du Golfe du Lion, qui applique des règles plus souples mais bien réelles.
À retenir pour qui fréquente la zone :
- Vitesse limitée à 5 nœuds à moins de 300 m de la côte
- Pêche sous-marine interdite dans la ZMEL de Paulilles
- Pêche à la ligne autorisée hors zones de baignade balisées
- Kayaks et paddles : passage libre, sans amarrage sur bouées plongeurs
- Prélèvement de faune et flore interdit sur tout le site classé
Les agents du Parc marin et de la réserve patrouillent en saison. Les amendes pour mouillage sur posidonie en Méditerranée française montent à 1 500 euros selon les arrêtés préfectoraux. Pour le détail des règles dans la réserve elle-même et la procédure d'escale au port voisin, voir mon retour sur la rade de Port-Vendres ; pour le mouillage forain juste au nord de Paulilles, côté sémaphore, la fiche du cap Béar complète la lecture.
Deux cas particuliers à rappeler : la baignade est réglementée sur les trois plages (Bernardi, du Fourat, de l'Oullestreil) avec des zones de natation balisées entre 15 juin et 15 septembre, et les mises à l'eau de paddles ou engins motorisés depuis la plage sont strictement interdites.
Accès à terre : pas de débarquement facile
Si on veut descendre à terre, il faut comprendre deux choses. D'abord, il n'y a pas d'annexe tolérée directement sur la plage sans précautions. Le Conservatoire et le Parc demandent de poser son annexe en dehors des zones de baignade balisées, sur les extrémités de la plage Bernardi ou de l'Oullestreil selon le vent. Et surtout, de ne rien laisser sur le sable.
Ensuite, l'accès au site terrestre est très encadré. Pas de route du cap Béar ouverte à la circulation depuis 2024 (source : cirkwi.com, office de tourisme Port-Vendres). Le parking principal se situe en haut de l'anse, 3 km au sud de Port-Vendres par la D914, gratuit et organisé. De là, 10 minutes à pied descendent vers la plage Bernardi.
Le sentier du littoral part en deux directions :
- Nord vers le phare du cap Béar et Port-Vendres (boucle de 4,8 km, environ 2 heures)
- Sud vers l'anse de Peyrefite et Banyuls (6 km à pied, compter 2h30)
Le sentier est balisé jaune, tracé sur des falaises de schiste noir typiques de la côte Vermeille, avec des passages étroits. Chaussures fermées obligatoires, pas de tongs. En été, partir tôt, il n'y a aucune ombre sur la crête.
Pour qui combine mouillage et visite du site muséal, l'entrée au bâtiment Nobel se fait librement entre 10h et 18h (horaires 2025 à vérifier auprès de l'Office de tourisme de Port-Vendres). La restauration des barques catalanes, dans l'atelier voisin, vaut le détour si on aime les bois de gréement traditionnels.
Opinion assumée : Paulilles en août, entre 11h et 17h, c'est saturé. La vraie fenêtre pour en profiter va de mai à mi-juin, ou de mi-septembre à fin octobre quand la tramontane chasse les bateaux de charter et laisse la place aux habitués. C'est aussi là que le site reprend ses airs de crique catalane hors du temps, avec les trois cheminées de l'usine qui dépassent des pins.
Coordonnées et sources
- Position approximative centre ZMEL : 42 deg 30' N, 03 deg 08' E
- Gestionnaire ZMEL : Parc naturel marin du Golfe du Lion
- Gestionnaire terrestre : Conservatoire du littoral, délégation Languedoc-Roussillon
- Office de tourisme Port-Vendres : 04 68 82 07 54
- VHF : canal 9 pour contact avec Port-Vendres, sémaphore cap Béar canal 10
Données vérifiées en avril 2026 sur conservatoire-du-littoral.fr (fiche Anse de Paulilles), parc-marin-golfe-lion.fr (ZMEL Paulilles), ledepartement66.fr (réserve de Cerbère-Banyuls), cirkwi.com (sentier littoral), amis-de-paulilles.fr (histoire de la dynamiterie), Wikipédia (Dynamiterie de Paulilles). Statistiques tramontane : Météo-France. En cas de doute sur une règle ponctuelle (jauge, arrêté d'urgence), la source à jour reste le Parc marin et la Préfecture maritime de Méditerranée.
