Languedoc-Roussillon

Mouillage Cap Béar : conditions, fond, protection

Fiche du mouillage de Cap Béar, entre Port-Vendres et Banyuls : fond roche-sable, tenue médiocre, protection tramontane nulle, rade ouverte sauf par vent d'est.

Entre Port-Vendres et Banyuls, le Cap Béar est le promontoire le plus venté du littoral méditerranéen français. Son sémaphore détient le record absolu de vent sur la côte avec 190,8 km/h enregistrés le 24 janvier 2009 (source : Météo-France, climatologie Occitanie). Cette fiche décrit ce qu'on trouve au pied du cap quand on vient y chercher un abri pour la nuit, et pourquoi je n'y mouille presque jamais.

Résumé

Cap rocheux de la côte Vermeille, à 1 mille au sud de Port-Vendres et 2 milles au nord de Banyuls. Phare de 1905 culminant à 80 m au-dessus du niveau de la mer. Mouillage forain possible côté sud du cap par temps calme, fond 6 à 12 m, roche et sable mêlés, tenue aléatoire. Protection uniquement par vent d'est contraire : par tramontane ou marinade, évacuation obligatoire.

Où se trouve Cap Béar

Le Cap Béar prolonge en mer le massif des Albères, dernier contrefort des Pyrénées avant la frontière espagnole. On le passe au large quand on descend de Port-Vendres vers Cerbère, à 2 milles au sud de l'entrée du port et 1,5 mille de la frontière administrative avec Banyuls.

Caractéristiques :

  • Position du feu : 42 deg 30' N, 03 deg 08' E
  • Altitude du phare : 50 m (hauteur tour 27 m, feu à 80 m au-dessus de la mer)
  • Portée du feu : 31 milles par temps clair, 3 éclats blancs toutes les 20 secondes
  • Sémaphore Marine nationale attenant, actif 24h/24

La falaise qui tombe à l'eau est schisteuse, avec des plaques de granite rose en partie basse. La profondeur augmente vite : 20 m à 100 m du pied du cap, 50 m à un demi-mille. Aucune barre, aucun haut-fond dangereux à l'approche, mais il faut rester à plus de 100 m du rocher parce que le courant côtier vient y buter.

Le phare : deux édifices, et un record

Un premier phare a été allumé en 1836, une petite tour cylindrique de 9 m posée sur un soubassement maçonné, avec un feu fixe blanc (source : pop.culture.gouv.fr, notice IA66001000). Ce phare était abandonné dès que la brume tombait : à 23 m seulement au-dessus de la mer, sa portée ne suffisait pas quand les bateaux-cargos commençaient à tailler la route vers l'Algérie depuis Port-Vendres.

La tour actuelle date de 1905 (source : Wikipédia, Phare du cap Béar). Tour pyramidale en pierres apparentes de granite de Roquefort (Aude), pour le socle, avec un fût en pierres roses et des chaînages d'angle en granite. Elle a passé les deux guerres sans dégâts majeurs. Classée monument historique en 2011.

Ce qui rend Cap Béar différent de tous les autres caps méditerranéens français, c'est son exposition au vent. Le sémaphore est posé au-dessus du phare sur la ligne de crête, directement dans le couloir de la tramontane. Les chiffres Météo-France sur 30 ans de mesures :

  • Record absolu : 190,8 km/h, 24 janvier 2009
  • Rafale plus récente : 184,3 km/h en février 2024 (source : portvendres.fr, actualité février 2024)
  • Vent moyen annuel : 27 km/h, un des plus élevés de France
  • Nombre de jours de tramontane supérieur à 60 km/h : 80 par an en moyenne

À titre de comparaison, le Cap Corse plafonne à 144 km/h historique, le Cap Creus espagnol à 164 km/h. Cap Béar détient le record des stations littorales françaises, bretons compris.

Le mouillage forain : une fausse bonne idée

La fiche Navily du mouillage Cap Béar décrit une anse située côté sud du promontoire, devant une petite plage de galets juste après le phare en venant de Port-Vendres (source : navily.com, mouillage cap-bear référence 13354). On peut y jeter l'ancre quand il n'y a pas de vent, ce qui est objectivement rare sur cette côte.

Paramètres relevés sur place :

  • Profondeur à 50 m du bord : 4 à 6 m
  • Profondeur à 150 m du bord : 8 à 12 m
  • Nature du fond : roche à plat, avec poches de sable coquillier
  • Tenue : médiocre, l'ancre accroche mal sur la roche ou racle sur le sable fin
  • Espace utilisable : 100 m x 80 m environ, pour 4 à 5 bateaux sans se gêner

La seule exposition qui rend ce mouillage tenable, c'est le vent d'est à sud-est contraire. Autrement dit : une situation météo peu fréquente, qui dure rarement plus de 24 heures, et qui annonce souvent de la pluie. Sur 10 escales potentielles entre Port-Vendres et Banyuls dans l'année, je dirais 2 à 3 où Cap Béar est tenable, et une seule où il est préférable aux alternatives.

Le premier piège, c'est la tramontane qui se lève dans la nuit. Le bulletin la donne à 20 nœuds d'ici demain matin, vous vous dites que ça passe. Sauf qu'à Cap Béar, le vent descend du plateau en rafales verticales avant même que la mer du large ne se monte. Vers 3h, votre ancre qui ne tenait que par grâce cède d'un coup, et vous vous réveillez en dérive vers la falaise. Je l'ai vu arriver à un voisin en juin 2022. Son Dufour 36 a fini à 40 m des rochers, rattrapé de justesse au moteur.

Le deuxième piège, c'est le courant côtier. Il file vers le sud à 0,5 à 1 nœud selon les jours, et quand l'ancre lâche même légèrement, le bateau recule sur la chaîne sans que vous le sentiez. J'ai pris pour règle : si je mouille à Cap Béar, je reste à bord.

Le fond en détail

La nature du fond mérite un paragraphe parce que c'est le point qui surprend les plaisanciers habitués à la bande sableuse du reste du Languedoc. Devant Port-la-Nouvelle, Gruissan, Leucate, le fond est du sable fin de 0 à 15 m sur des milles et des milles. Dès qu'on arrive à Argelès, ça change. La roche remplace le sable.

Au mouillage de Cap Béar, j'ai sondé plusieurs fois en plongée libre :

  • Bande littorale de 0 à 50 m : roche mère affleurante, blocs erratiques, quelques poches de sable
  • Bande de 50 à 200 m : alternance de dalles schisteuses et de sable plus grossier (gravelle)
  • Au-delà de 200 m : vase sableuse plus homogène, mais la profondeur y dépasse 15 m

Une ancre Delta ou Rocna accrochera sur le sable si elle touche une poche, glissera sur la roche si elle se pose à côté. La CQR ne tient pas. La FX grippe mais revient trop facilement. Je conseille de poser doucement, de sonder au pied avec un masque si l'eau est claire, et de rajouter de la chaîne si on hésite. Ratio minimal 4:1 sur ancre, 5:1 par vent annoncé.

La réserve Cerbère-Banyuls commence après

À 1,5 mille au sud de Cap Béar, on entre dans la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls, créée par décret du 6 septembre 1990, première réserve marine française étendue depuis 1974 (source : Légifrance, JORFTEXT000000168716). Le Cap Béar lui-même est hors réserve, mais la limite est posée à hauteur du Cap l'Abeille, juste avant la plage de Peyrefite.

Ce que ça change pour le mouillage au cap :

  • Vous êtes en zone libre, pas de coffre obligatoire, pas de vitesse limitée
  • Pêche de plaisance autorisée sous réglementation générale (taille mini, quotas)
  • Dès que vous passez la pointe Cap l'Abeille vers le sud, vous entrez dans la zone réglementée (650 hectares, actuellement en projet d'extension à 1 680 hectares avec Cap Béar inclus)

Le projet d'extension a fait l'objet d'une enquête publique clôturée en mai 2024 (source : ici.fr, émission Mediterrani). Si l'arrêté d'extension sort en 2026, le mouillage forain de Cap Béar sera soit interdit, soit soumis à bouée-coffre. Je ne parierais pas sur un maintien de l'anse en accès libre au-delà de 2027. Pour comparer avec une zone voisine bien plus sûre et toujours libre, voir mon retour sur l'anse de Paulilles, à 1 mille au nord-ouest.

Quand aller à Cap Béar, et pour quoi faire

Je garde Cap Béar dans mes escales possibles pour deux usages précis :

  1. Une pause déjeuner de 2 à 3 heures par flat-calm, en descendant de Port-Vendres vers la frontière espagnole. Mouillage rapide, bain au pied du phare, reprise de route.
  2. Une nuit, mais seulement si la météo est verrouillée à l'est-sud-est modéré et que j'ai un plan B à moins de 30 minutes au moteur. Port-Vendres à 1 mille au nord, l'anse de Paulilles à 1 mille aussi, la baie de Banyuls à 2 milles au sud. Trois abris possibles en quart d'heure, c'est le seul cas où je dors.

Dans tous les autres cas, et ils sont la majorité, je fais comme tout le monde : je rentre à Port-Vendres. La rade naturelle de Port-Vendres est le seul vrai refuge de la côte Vermeille par gros temps, j'en ai fait le détail dans ma fiche sur la rade de Port-Vendres.

La promenade à pied au phare par le sentier du littoral, depuis Port-Vendres (1h30 aller), vaut la visite. La vue à 80 m au-dessus de la mer sur le golfe du Lion, la Catalogne espagnole et l'arrière-pays vaut bien plus que le mouillage lui-même. Les jours de tramontane, je préfère y être à pied qu'en bateau au pied.

Coordonnées et contacts

  • Position du phare : 42 deg 30' 54'' N, 03 deg 08' 10'' E
  • Position de l'anse de mouillage : 42 deg 30' 40'' N, 03 deg 08' 00'' E (côté sud du cap)
  • Sémaphore Marine nationale : veille VHF canal 16
  • Port-Vendres capitainerie (refuge nord) : 04 68 82 08 84, VHF canal 9
  • Banyuls capitainerie (refuge sud) : 04 68 88 00 63, VHF canal 9
  • Phare en accès public : sentier du littoral, stationnement à la stèle des Goumiers (gratuit)

Sources

  • Météo-France, dossier climatologie Occitanie et sémaphore cap Béar
  • Wikipédia, Phare du cap Béar (historique 1836, 1905)
  • Ministère de la Culture, POP notice IA66001000 (établissement du phare)
  • Navily, fiche mouillage cap-bear 13354 (crowdsourcing plaisancier)
  • Légifrance, décret 90-790 du 6 septembre 1990 (réserve Cerbère-Banyuls)
  • Mairie de Port-Vendres, actualité rafale de février 2024 (184,3 km/h)
  • INPN, fiche FR3600009 réserve naturelle nationale Cerbère-Banyuls

Données recoupées en avril 2026. Le projet d'extension de la réserve étant en cours d'instruction, vérifier auprès du département des Pyrénées-Orientales avant de compter sur un mouillage libre à Cap Béar à partir de 2027.