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Navigation de nuit : règles, équipement, bonnes pratiques

RIPAM règles 21 à 24, Division 240, feux obligatoires, quarts, veille VHF canal 16 : la fiche complète pour préparer une sortie nocturne en plaisance.

Le résumé factuel

  • Les feux obligatoires de nuit sont fixés par le RIPAM (règles 21 à 24 pour les définitions et les navires à moteur, règle 25 pour les voiliers). Couleurs, secteurs et portées par longueur de bateau sont les mêmes dans tous les pays signataires.
  • Depuis le 1er janvier 2025, la veille VHF permanente sur le canal 16 est obligatoire pour tout navire de plaisance français équipé d'une VHF fixe ou portable dès qu'il est en mer (article 240-2.07 de la Division 240, arrêté du 11 octobre 2024).
  • La durée de quart communément admise en plaisance nocturne se situe entre 2 et 3 heures en équipage réduit, 3 à 4 heures seulement avec 3 équipiers ou plus. Au-delà, la fatigue altère le jugement et la perception des feux.

Sortir de nuit en plaisance côtière demande peu de matériel supplémentaire par rapport à une sortie de jour. La réglementation, elle, exige plus de rigueur. Voici les règles RIPAM et Division 240 applicables aux bateaux de plaisance français de moins de 24 mètres.

Le cadre réglementaire : RIPAM + Division 240

Deux textes se superposent sur toute sortie nocturne.

Le RIPAM (Règlement international pour prévenir les abordages en mer, équivalent français du COLREG) est un texte onusien transposé en droit français. Il définit les feux, les signaux sonores, les priorités. Les règles 20 à 24 sont celles qu'un plaisancier doit connaître par coeur. Texte intégral sur Légifrance, PDF didactique sur ecologie.gouv.fr.

La Division 240 est l'arrêté français qui fixe le matériel de sécurité obligatoire pour les bateaux de plaisance de moins de 24 mètres. Elle renvoie au RIPAM pour les feux et ajoute l'armement par zone (côtier, semi-hauturier, hauturier), le livre des feux, le projecteur de recherche, et depuis 2025 la veille VHF. Texte à jour au 11 octobre 2024 sur le site du Ministère de la Mer.

Retenir : le RIPAM dit quels feux montrer, la Division 240 dit quel matériel avoir à bord.

Les feux obligatoires par type de bateau

La règle 21 du RIPAM donne les définitions. Les règles 22, 23 et 25 donnent la configuration selon le type de navire et sa taille. Pour un plaisancier de moins de 20 mètres, trois cas couvrent l'essentiel.

Bateau à moteur de moins de 12 mètres (règle 23c)

La configuration la plus fréquente sur un semi-rigide, un day-boat, un runabout, un bateau de pêche-promenade.

  • Un feu blanc visible tout autour de l'horizon (360 degrés), placé à au moins 1 mètre au-dessus des feux de côté. C'est la combinaison "tête de mât + feu de poupe" autorisée pour les bateaux courts. Portée minimale : 2 milles.
  • Feux de côté : vert à tribord, rouge à bâbord, chacun sur un secteur de 112,5 degrés vers l'avant. Portée minimale : 1 mille pour un navire de moins de 12 m, 2 milles au-delà.

Sur un bateau à moteur de plus de 12 m et moins de 20 m, on remet un vrai feu de tête de mât (225 degrés vers l'avant, portée 3 milles) et un feu de poupe séparé (135 degrés vers l'arrière, portée 2 milles). Les deux feux de côté restent identiques.

Voilier faisant route à la voile (règle 25)

Deux configurations autorisées.

  • Feux de côté (rouge bâbord, vert tribord) + feu de poupe blanc. Trois feux séparés, portée 1 à 2 milles selon longueur.
  • Sur un voilier de moins de 20 mètres, les feux de côté peuvent être combinés dans un feu bicolore en tête de mât (toujours 112,5 degrés par secteur), associé à un feu de poupe blanc. Portée 2 milles.
  • Option pour les voiliers de moins de 20 m : un feu tricolore en tête de mât (rouge + vert + blanc combinés dans un seul bloc). Impossible à utiliser en même temps que les feux de pont (les deux fonctionnements s'excluent mutuellement). Portée 2 milles.

Attention : un voilier qui fait route au moteur, même avec les voiles hissées, cesse d'être un voilier au sens du RIPAM (règle 3). Il doit montrer les feux d'un bateau à moteur et, en théorie, hisser un cône noir pointe en bas dans la journée. Dans la pratique nocturne, cela veut dire allumer le feu de tête de mât (celui qui éclaire 225 degrés vers l'avant) qui est normalement éteint quand on est à la voile.

Bateau au mouillage (règle 30)

Un bateau de moins de 7 mètres dans un mouillage désigné n'est soumis à aucune obligation de feu. Au-delà de 7 mètres ou hors d'un mouillage désigné, un feu blanc visible sur 360 degrés doit être hissé, à l'endroit le plus visible, portée 2 milles. Sur un voilier, c'est typiquement un feu en tête de mât raccordé à un circuit séparé.

Détail qui coûte cher : le feu de route sous voile (bicolore + poupe) n'est pas un feu de mouillage. Laisser les feux de route allumés après avoir stoppé sur ancre est une infraction.

Les portées lumineuses selon la règle 22

La règle 22 du RIPAM impose une portée minimale à chaque feu, en milles marins. Pour un plaisancier de moins de 20 mètres :

FeuBateau < 12 mBateau 12 à 50 m
Tête de mât (225 deg avant)2 milles3 milles (5 milles si > 20 m)
Feu de côté (112,5 deg)1 mille2 milles
Feu de poupe (135 deg arrière)2 milles2 milles
Feu visible partout (360 deg)2 milles2 milles

En clair, un bateau de 9 mètres est vu à 1 mille sur les côtés, 2 milles de face ou de dos. À 20 noeuds de vitesse de rapprochement, 1 mille, c'est 3 minutes. Ces chiffres sont à garder en tête quand on décide de la veille.

Identifier les autres navires par leurs feux

La nuit, tout se joue à la lecture des feux rencontrés. Quelques combinaisons reviennent constamment en côtier.

  • Feu blanc seul à l'horizon : bateau au mouillage, ou bateau à moteur vu par l'arrière (feu de poupe). Si le feu bouge par rapport à un amer fixe, c'est un bateau en route qui s'éloigne.
  • Rouge + vert + blanc visibles en même temps : bateau à moteur vu presque de face. Tu es dans son cône avant, manoeuvre dès que possible.
  • Rouge seul (bâbord) : il présente son côté gauche, il passe sur ta droite.
  • Vert seul (tribord) : il présente son côté droit, il te passe devant.
  • Trois feux blancs alignés verticalement, ou deux blancs + un rouge + un vert : navire de pêche en action (règle 26). On ne coupe pas sa route.
  • Deux feux blancs verticaux en tête de mât + rouge et vert : navire à moteur en route de plus de 50 mètres. Potentiel cargo, on s'écarte largement.

Un livre des feux à bord (papier ou numérique) est obligatoire par la Division 240 quel que soit le programme de navigation. Une application dédiée (Light Navigation) complète l'ouvrage officiel.

Organisation du quart et veille auditive

La règle 5 du RIPAM impose une veille visuelle et auditive permanente, "tous les moyens appropriés". C'est le texte qui fonde l'organisation des quarts en plaisance. Le détail pratique n'est jamais dans le code, il vient du terrain.

Durée du quart

Trois configurations se rencontrent.

  • Équipage de 2 (couple, duo d'amis) : quarts de 2 à 3 heures, rotation simple. En dessous de 2 heures, on passe plus de temps à se réveiller qu'à naviguer. Au-delà de 3 heures, seul sur le pont, la vigilance décroche entre 3 h et 5 h du matin.
  • Équipage de 3 : quarts de 3 à 4 heures, une rotation complète sur 9 à 12 heures. La personne qui sort est réveillée par celle qui entre, 15 minutes de passage de quart pour briefer.
  • Équipage de 4 et plus : quarts de 4 heures, type marine. Plus confortable mais crée des ruptures de sommeil (le "quart cassé" de 0 h à 4 h).

Pour un plaisancier aguerri qui fait une nuit de transit entre deux ports côtiers (Toulon-Bonifacio, Brest-Camaret, La Rochelle-Arcachon), la règle que j'applique moi-même : quart de 2 h à 2 h 30 en équipage de 2, jamais plus long la première nuit. L'adaptation au rythme nocturne se fait à partir de la deuxième nuit.

L'éclairage de pont : tout en rouge

La vision nocturne humaine met 20 à 30 minutes à s'adapter à l'obscurité. Une lumière blanche, même brève, annule l'adaptation. Deux solutions complémentaires.

  • Instruments de bord : écrans de traceur et VHF passés en mode nuit (arrière-plan noir, caractères rouges ou ambrés). Luminosité au minimum lisible, pas plus.
  • Éclairage d'habitacle : ampoules LED rouges dans le carré et aux postes de navigation, lampes frontales à filtre rouge pour les déplacements sur le pont. Budget typique : 25 à 50 euros par lampe frontale à double LED (blanche + rouge), 30 à 80 euros pour un ruban LED rouge sur circuit dédié.

La discipline compte plus que le matériel. Un équipier qui ouvre le frigo en allumant le plafonnier blanc, c'est 20 minutes de pénombre cassées pour tout le monde.

Veille VHF : la vraie nouveauté 2025

Article 240-2.07 de la Division 240 (arrêté du 11 octobre 2024) : depuis le 1er janvier 2025, tout navire équipé d'une VHF fixe ou portable doit, en mer, rester en veille permanente sur le canal 16. La mention "lorsque cela est possible" est présente dans le texte mais la veille est la règle, l'absence de veille l'exception justifiable.

En pratique, cela veut dire VHF allumée en permanence sur le 16 (avec scan éventuel du 70 ASN), volume suffisant pour entendre un appel depuis le cockpit. Une VHF ASN filaire raccordée au GPS ajoute un niveau : un appel de détresse reçu depuis un autre bateau déclenche une alarme sonore et affiche la position. L'intérêt de nuit est évident, surtout si on n'est pas en mode "radar allumé".

Pour activer l'ASN, il faut un MMSI, une licence radio maritime et un CRR. Le processus complet est détaillé dans notre guide ASN et MMSI VHF à bord.

AIS : l'outil qui change la nuit

Ni le RIPAM ni la Division 240 ne rendent l'AIS obligatoire pour la plaisance. Mais sur une nuit sans radar, c'est l'équipement qui fait la plus grosse différence sur le niveau de stress.

Un récepteur AIS (200 à 500 euros) affiche sur le traceur les navires équipés d'un transpondeur dans un rayon qui dépend de la hauteur de l'antenne VHF. Sur un voilier, antenne en tête de mât à 15 mètres, on voit les cargos à 20 à 30 milles.

Un transpondeur classe B SOTDMA (600 à 900 euros posé) ajoute l'émission. Le bateau devient visible des autres navires AIS dans un rayon de 7 à 10 milles. Un cargo de commerce voit notre MMSI, notre cap et notre vitesse sur son ECDIS.

L'AIS ne remplace pas le RIPAM. Les feux restent l'identifiant de base. Mais il permet de calculer un CPA (Closest Point of Approach) à 15 minutes et de mettre en veille active les cargos qui ne font pas de quart visuel.

Pour les options sans radar, voir naviguer de nuit sans radar. Pour les cas de priorité moteur/voile, notre dossier règles de route moteur et voilier couvre les règles 13 à 18 du RIPAM.

Récapitulatif matériel et documents à bord

La Division 240 et le RIPAM imposent un socle minimum pour naviguer de nuit en catégorie côtière (moins de 6 milles d'un abri) ou semi-hauturier (jusqu'à 60 milles).

  • Feux de navigation RIPAM conformes, avec jeu d'ampoules ou LED de rechange
  • Livre des feux à bord, papier ou application
  • VHF fixe ou portable, veille 16 permanente (obligation 2025)
  • Projecteur de recherche étanche (obligatoire semi-hauturier et au-delà)
  • Lampe frontale rouge par équipier
  • Gilet de sauvetage avec harnais et ligne de vie (obligation dès la nuit en Division 240)
  • MMSI + CRR si VHF ASN (fortement recommandé)
  • AIS récepteur ou transpondeur (non obligatoire, vivement conseillé)

Un contrôle de gendarmerie maritime de nuit vérifie d'abord les feux allumés (conformes règle 22 à 25), le jeu de rechange (Division 240), la présence du livre des feux, la veille VHF active et les brassières portées.

Sources