Côte d'Azur

Mouillage Îles des Embiez : conditions, fond, protection

Archipel Ricard face au Brusc, ZMEL bouées, fond sable-posidonies de 5 à 15 m, protection mistral côté est, Institut océanographique et accès ferry.

Archipel de quatre îles et îlots au large de Six-Fours-les-Plages, propriété de la famille Ricard depuis 1958, avec un port privé protégé, une zone de mouillages et d'équipements légers sur bouées, un fond mixte sable-posidonies entre 5 et 15 m, et une protection du mistral qui n'est bonne que sur la face est. Cette fiche reprend les faits vérifiables en avril 2026 pour un plaisancier aguerri qui prépare son escale : histoire, ZMEL, tenue, abris, ferry du Brusc, Institut océanographique.

Résumé pour celui qui lit vite

Archipel des Embiez : Le Grand Rouveau, Le Petit Rouveau, Le Grand Gaou et Saint-Pierre (l'île principale, celle qui porte le port). Acheté par Paul Ricard le 10 janvier 1958 et toujours dans le giron du groupe, via la société des Domaines Paul Ricard. Port Saint-Pierre : 750 places dont une centaine dédiée au passage, tirant d'eau admissible jusqu'à 3 m, unités jusqu'à 40 m de longueur. Mouillages forains sur bouées ZMEL à l'est du Petit Rouveau, fond sable entre 3 et 8 m, tenue correcte. Protection mistral correcte uniquement côté est de l'île principale. Ferry du Brusc : traversée de 12 minutes, 15 euros l'aller-retour adulte en e-billet. Institut océanographique Paul Ricard fondé en 1966, aujourd'hui présidé par Patricia Ricard.

L'archipel Ricard, soixante-six ans de propriété privée

La particularité des Embiez, c'est qu'on arrive chez quelqu'un. Le 10 janvier 1958, le journal interne du groupe Ricard titre sur l'acquisition d'un « nouveau centre touristique ». Paul Ricard venait de racheter Les Embiez à la société Salins et Pêcheries d'Hyères, qui elle-même détenait l'archipel depuis 1920. Avant ça, les moines exploitaient des salins ici dès 950, et la production de sel a continué jusqu'en 1938, date à laquelle elle a été jugée moins rentable que sur d'autres sites provençaux.

Ce que ça change pour nous, plaisanciers : la moitié de l'archipel est une terre privée avec des règles maison, pas uniquement un espace public régi par la préfecture maritime. Le port de Saint-Pierre est géré par la SAEMES (société d'économie mixte), les sentiers sont entretenus par les Domaines Paul Ricard, et la capitainerie est plutôt réactive, en particulier hors saison. Entre les Îles Paul Ricard, Bendor au large de Bandol et les Embiez face au Brusc forment un petit ensemble insulaire qui fonctionne un peu comme deux satellites de la Provence méridionale, avec une vraie gestion suivie.

Pour Paul Ricard, l'idée n'était pas de privatiser un caillou de plus : en 1958, il annonce vouloir en faire une « station touristique de l'an 2000 », 42 ans avant l'échéance. Les équipements de conférence, les aménagements sportifs et le centre culturel arrivent entre 1964 et 1965. En 1966, c'est au tour de l'Institut océanographique de sortir de terre, dont on reparle plus bas.

La ZMEL : bouées, non mouillage sauvage sur herbier

Autour de l'archipel, le mouillage forain sur ancre est encadré, comme partout ailleurs sur la façade méditerranéenne française. La protection des herbiers de posidonie, inscrite dans l'arrêté cadre du préfet maritime de la Méditerranée, interdit depuis 2019 le mouillage sur posidonie pour toute unité de 24 m et plus, et contraint celles en dessous à chercher les langues de sable. L'amende va de 150 à 1 500 euros en cas de contrôle (arrêté préfectoral 123/2019), plus la facture écologique quand un contrôle visuel de la chaîne montre qu'elle a labouré.

Sur Les Embiez, la zone la plus fréquentée est à l'est du Petit Rouveau, dans la passe qui remonte vers l'entrée du port. Le fond y est du sable à 3-4 m, bonne tenue, et c'est là qu'on trouve les bouées gérées dans le cadre de la ZMEL. Les boucles sont à l'amarrage jaune réglementaire, avec une capacité annoncée par la SAEMES de 140 bateaux en période estivale, en complément des places de passage du port Saint-Pierre.

Quelques règles pratiques que j'ai notées après trois escales :

  • Entre Petit et Grand Rouveau, le mouillage est faisable mais exclusivement de jour. L'ouvert au secteur ouest rend impossible le stationnement nocturne dès que le mistral lève.
  • Au sud du Grand Rouveau, fond de posidonie quasi continu, réservez votre ancre pour les passages en sable clair visibles au fond, ou prenez une bouée.
  • Sur la face nord de l'île principale, les profondeurs descendent vite à 10-15 m, beaucoup de posidonie, très peu de places pour un mouillage propre.

Les tarifs exacts de la ZMEL 2026 n'étaient pas publiés sur le site de l'exploitant à la date où je rédige (avril 2026). Pour un bateau de 10 m à Port-Cros voisin, la référence reste à 0,58 euro le m² par nuit, ce qui donne environ 20 euros la nuit pour un 10 m et 30 euros pour un 12 m. Aux Embiez, la fourchette raisonnable à prévoir tourne autour de ces chiffres. Appelez la capitainerie avant de partir si vous voulez le montant sec.

Protection mistral : bonne seulement côté est

Le mistral, ici, frappe fort. Six-Fours-les-Plages est sur la partie ouest du littoral varois, directement exposée à la descente nord-ouest, et l'archipel reçoit la rafale pleine face. Dès que la vallée du Rhône se met en route, le vent pousse une mer formée de 1,5 à 2 m au large du Grand Rouveau.

La géographie dicte les abris :

  • Côté est de Saint-Pierre, dans l'entrée de port : protection correcte jusqu'à 40 nœuds établis, car la masse de l'île casse la gifle et la rade intérieure est fermée par Le Grand Gaou en arc. C'est là qu'on va quand ça gueule.
  • Côté ouest de Saint-Pierre : intenable au mistral. La houle rentre droit.
  • Entre Les Embiez et le continent, dans le chenal du Brusc : zone de fond à 2-4 m, bonne protection mais tirant d'eau limité, à réserver aux petites unités.
  • Au levant soutenu : rares en saison, mais quand ça souffle d'est, c'est l'ouest de l'île qui devient une option correcte. Il faut lire la bascule de vent à l'heure près.

En 2022, j'ai vécu un coup de mistral à 48 nœuds dans le port de Saint-Pierre. Le bateau n'a pas bougé mais la mer levait sur la digue à un mètre au-dessus du niveau normal et il a fallu pomper la cale de l'annexe deux fois. Ce que j'ai retenu depuis : ne jamais sous-estimer l'effet venturi entre Le Gaou et la pointe du Brusc. Le vent prévu à 30 à 35 nœuds sur le large peut atteindre 45 à 50 dans le chenal. J'ai déjà détaillé pourquoi le mistral mérite une préparation sérieuse avant d'aborder cette zone.

L'institut océanographique Ricard, une vraie station scientifique

L'Institut n'est pas un musée de vacances : c'est un centre de recherche en biologie marine actif, créé en 1966 par Paul Ricard et le navigateur Alain Bombard après le scandale des boues rouges rejetées au large de Cassis en 1963. Il emploie une équipe permanente d'une dizaine de chercheurs et travaille sur la biodiversité méditerranéenne, la restauration des écosystèmes marins, et plus récemment l'impact du changement climatique sur les populations côtières.

Patricia Ricard, petite-fille du fondateur, préside l'association loi 1901 qui héberge la recherche. Le site accueille aussi des aquariums ouverts au public, ce qui en fait la seule structure de Méditerranée française à combiner un laboratoire actif, un outil pédagogique grand public et une réserve insulaire sur le même périmètre.

L'intérêt pour le plaisancier : quand on descend à terre aux Embiez, on ne visite pas un parc à thème. On traverse un site qui fait de la science sérieuse sur les écosystèmes qu'on survole en bateau. Ça change un peu le rapport au mouillage. Voir des mètres de chaîne rebondir sur un herbier pendant qu'à 400 m de là une équipe étudie la régression de cette même herbe, ça met en perspective.

Sur la même logique d'îles méditerranéennes fortement régulées, voir aussi le mouillage de Port-Man à Port-Cros, où la ZMEL est exploitée directement par le parc national. Les Embiez ne sont pas classées parc national, mais la philosophie de gestion s'en rapproche, portée par une propriété privée plutôt que par l'État.

Accès ferry depuis Le Brusc : 12 minutes, 15 euros

Si vous ne venez pas par bateau personnel ou si vous laissez votre annexe dans le port, le ferry depuis Le Brusc reste la voie royale. Les horaires fonctionnent toute l'année, avec une fréquence renforcée en saison.

Tarifs 2026 côté Les Embiez (source : iledesembiez.com, consulté le 19 avril 2026) :

  • Adulte : 17 euros sur place, 15 euros en e-billet
  • Enfant 3-12 ans et personne à mobilité réduite : 10 euros sur place, 8 euros en e-billet
  • Senior 65 ans et plus, étudiant : 14 euros sur place, 12 euros en e-billet
  • Traversée : environ 12 minutes
  • Le billet est valable pour l'aller-retour sur la journée, sans horaire imposé au retour

Une ligne saisonnière relie aussi Sanary à l'île en juillet-août, pratique si vos invités logent de l'autre côté du cap Sicié. Le parking du Brusc est payant en saison, gratuit hors saison. Compter 15 minutes de voiture depuis la sortie d'autoroute A50 de Bandol ou Sanary.

Le port Saint-Pierre, si la ZMEL ne vous tente pas

Une escale à quai est toujours possible si les bouées sont complètes ou si le temps tourne vilain. Le port Saint-Pierre annonce 750 places dont une centaine réservées au passage, avec un pic à 140 places en juillet-août grâce à la rotation. Caractéristiques techniques utiles :

  • Longueur maximale admise : 40 m
  • Largeur maximale : 7,5 m
  • Tirant d'eau admissible : jusqu'à 3 m
  • Profondeur de la passe d'entrée : autour de 3,5 à 4 m
  • VHF : à vérifier auprès de la capitainerie, les données en ligne divergent
  • Orientation de l'entrée : sud-est, ce qui signifie que par fort levant la passe peut être désagréable à négocier

Les services à terre sont ceux d'un port développé : restaurants, pain et épicerie au village, Institut océanographique à visiter, sentiers littoraux balisés. Pas de carburant 24h/24. Pensez à faire le plein à La Seyne ou à Sanary avant d'arriver, surtout en arrière-saison quand certains services sont réduits.

Vérifier avant de partir

Trois choses qui méritent un appel la veille :

  • La disponibilité des bouées ZMEL (variable, pas de réservation dans tous les cas, premier arrivé premier servi selon les années).
  • L'état des tarifs du passage en port Saint-Pierre, qui évolue d'une saison à l'autre.
  • La météo marine fine, pas juste le Bulletin Météo du Littoral. Je croise systématiquement Météo-France, Windy et l'observation du sémaphore du cap Sicié quand je prévois d'être au mouillage plus d'une nuit.

La vraie singularité de l'escale : on est sur un archipel privé qui n'a pas été dénaturé, avec un port qui tient la route, des mouillages sur bouées encadrés par la même famille qui y fait de la recherche scientifique. C'est un petit équilibre bancal mais il tient depuis soixante-six ans. Pour un plaisancier aguerri en provenance du cap Sicié ou de Bandol, c'est l'escale de transition idéale vers l'ouest du Var avant le cap de Carqueiranne ou la traversée vers Porquerolles.

Sources

  • iledesembiez.com (histoire de l'archipel, port Saint-Pierre, tarifs ferry), consulté le 19 avril 2026
  • institut-paul-ricard.org (fondation, mission, équipe de recherche), consulté le 19 avril 2026
  • lesilespaulricard.com, « 60 ans d'histoire des Embiez, de 1958 à 2018 »
  • Arrêté préfectoral 123/2019 du préfet maritime de la Méditerranée sur la protection des herbiers de posidonie
  • Orange Marine, « Les plus beaux mouillages des îles en Méditerranée »
  • Observation personnelle, trois escales entre 2020 et 2024, dernier mouillage en juin 2024