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Installer une antenne VHF : types, câbles, position

Fouet fibre, RG-58 ou RG-213, PL-259, mise à la masse foudre : la fiche d'installation VHF pour plaisancier, sans approximation.

Le résumé

  • L'antenne fait plus pour la portée VHF que l'émetteur : une antenne 3 dB en tête de mât à 15 m de hauteur donne 25 à 30 milles de portée utile contre 2 à 10 milles pour un portable au niveau du pont.
  • Trois familles d'antennes : fouet fibre de verre classique (0,9 à 2,4 m, 3 à 6 dB, 80 à 250 euros), antenne courte voilier (1 à 1,5 m, 3 dB, 90 à 300 euros), antenne secours rigide ou gonflable à garder dans le sac de survie.
  • Câble coaxial : RG-58 environ 0,19 dB/m de perte à 156 MHz, utilisable jusqu'à 10 m. RG-213 environ 0,06 dB/m, obligatoire au-delà, y compris à cause d'une antenne en tête de mât sur un voilier.
  • Connecteurs PL-259 à souder (durable mais demande fer à souder), à sertir (outil dédié) ou à montage rapide Shakespeare (14 euros, sans outil). Tous doivent être étanches.
  • Mise à la masse du fouet sur une tresse de cuivre reliée à la quille ou à une plaque de masse immergée : pas une garantie contre la foudre, mais un chemin de moindre résistance qui évite que 30 000 ampères partent par la VHF.

Pourquoi l'antenne compte plus que la radio

Tu peux coller la meilleure VHF ASN du marché au-dessus de ta table à carte, si l'antenne est moisie, tu n'émets rien. La radio sort 25 W en puissance crête, mais ce qui arrive réellement à l'autre bateau dépend de trois choses : la hauteur du fouet, le gain de l'antenne, la qualité du coaxial.

En VHF marine, l'onde voyage en ligne droite comme la lumière. La courbure de la terre et les obstacles coupent la propagation. C'est pour ça qu'un portable à la main dans le cockpit porte 2 à 10 milles, alors qu'une antenne fixe en tête de mât de voilier à 15 mètres porte 25 à 30 milles sur du plat. Sur un semi-rigide, avec un fouet à 2,5 m au-dessus de l'eau, tu es à 7 à 10 milles utiles, ce qui suffit pour joindre un CROSS côtier mais pas forcément un bateau à 20 milles.

Avant d'acheter la radio neuve à 400 euros, regarde le fouet. C'est souvent là que dort le problème.

Les trois familles d'antennes

Le fouet fibre de verre classique (bateau moteur)

Sur un bateau à moteur, tu montes l'antenne sur un support de roof ou sur une arche. Hauteur totale : 2 à 3 m au-dessus du pont. Le fouet classique fait 1,5 m à 2,4 m, en fibre de verre blanche renforcée. Le gain annoncé varie de 3 à 6 dB.

Le gain, c'est une façon de concentrer l'émission dans le plan horizontal. Une 6 dB concentre plus, donc porte plus loin, mais sur une plateforme qui roule, le cône d'émission passe au-dessus ou en dessous de la cible. Sur un hors-bord ou un semi-rigide qui tape, tu perds plus que tu ne gagnes. Sur une vedette stable, la 6 dB vaut le coup.

Mon choix sur moteur : une 3 dB de 1,5 m. Exemple, la Glomex RA112 Classic à 84 euros chez SVB Marine, avec 4,5 m de coaxial et embase nylon incluse. Compact, sans chichi, endure les années.

L'antenne courte de voilier

En tête de mât, le bateau gîte, roule, vibre. Une 6 dB de 2,4 m subit les contraintes mécaniques et émet dans le mauvais plan à chaque coup de roulis. La règle chez les pros est connue : 3 dB court en tête de mât. Entre 0,9 et 1,5 m de fouet, souvent en inox ou en fibre courte, robuste, pardonne les coups.

La Shakespeare 5400-XT Galaxy, 4 pieds (1,2 m), 3 dB, livrée avec 6 m de coaxial RG-8X et un PL-259, tourne autour de 100 à 150 euros selon le distributeur en France en 2026. La Glomex RA300 Glomeasy équivalente, 1,2 m noire, 90 euros. Sur un mât à 15 mètres, ça te donne la meilleure portée disponible en VHF marine plaisance.

Détail pratique : en tête de mât, tu veux aussi une protection anti-foudre (j'y reviens) et un feu de mouillage combiné pour libérer de la place. Choisis l'ordre de montage : le fouet VHF toujours au-dessus du feu, jamais en dessous, sinon le pylône du feu coupe la moitié de l'émission vers l'arrière.

L'antenne de secours

Celle-là, on y pense le jour où le mât casse. La mienne dort dans le sac d'abandon depuis 2019, emballée dans son sac plastique avec 9 m de coaxial déjà connecté. Deux formats honnêtes :

  • Rigide télescopique : fouet inox qui se déploie à 1 m environ, 5 m de câble, une fixation velcro ou collier. Autour de 89 euros. Se fixe sur un haubanage ou une rambarde. La Glomex RA114 rentre dans cette catégorie.
  • Gonflable : Shakespeare Galaxy INFL8, gonflée par cartouche CO2 ou à la bouche, tu la lances en l'air quand tu n'as plus de mât. Plus chère (180 à 230 euros), utile en survie pure.

À acheter le jour où tu fais le sac d'abandon, pas le jour où tu pars au large.

Choisir le bon câble coaxial

C'est là que 90 % des installations plaisance se plantent. Le câble de l'antenne à la radio transporte l'énergie RF à 156 MHz, et chaque mètre en absorbe une partie sous forme de chaleur. Plus le câble est fin, plus il perd. Les chiffres à retenir, tirés des fiches Messi & Paoloni et Passion Radio :

CâbleDiamètrePerte à 156 MHzUsage plaisance
RG-585 mm0,19 dB/m environMoteur, parcours court (≤ 10 m)
RG-8X6 mm0,13 dB/m environCompromis, voilier petit mât
RG-21310,3 mm0,06 dB/m environVoilier, grand bateau, dès 15 m

Traduction concrète. Sur un mât de voilier à 15 m, ton câble fait au moins 18 à 20 m avec les passages. En RG-58, tu perds 3,6 dB, soit presque la moitié de la puissance avant même que l'antenne émette. En RG-213, tu ne perds que 1,2 dB. C'est la différence entre joindre un bateau à 20 milles et l'entendre crépiter sans comprendre un mot.

La règle que je tiens d'un radio amateur qui m'a refait mon installation en 2022 :

  • moins de 10 m de câble, RG-58 ou RG-8X, ça passe
  • 10 à 15 m, RG-8X au minimum
  • plus de 15 m, RG-213 obligatoire

Le RG-213 est raide, gros, et demande des passages larges. C'est le prix à payer. Un bon câble sous gaine PVC marine en rouleau de 20 m tourne autour de 70 à 110 euros chez Passion Radio ou SVB.

Les connecteurs PL-259

Le standard monde marin, c'est le PL-259 côté mâle, SO-239 côté femelle. Un couple qu'on retrouve sur toutes les VHF fixes et toutes les antennes vendues en France. Trois méthodes de montage :

  • À souder : le connecteur classique, étanche grâce à un presse-étoupe sur les modèles marine, demande un fer à souder 40 W minimum, de l'étain avec flux, 15 minutes par prise si tu sais faire. Le plus durable. 3 à 8 euros la pièce.
  • À sertir : outil de sertissage dédié (35 à 60 euros pour le kit), rapide une fois la pince en main, connexion fiable. Idéal pour sertir 4 prises de suite.
  • Shakespeare centerpin (sans outil) : un connecteur breveté qui se monte sans soudure ni sertissage. 14 euros la pièce. Pratique en dépannage, correct en usage normal, mais je préfère la soudure pour du permanent.

L'erreur la plus fréquente : un PL-259 mal soudé qui laisse passer l'humidité. Le cuivre s'oxyde sous la gaine, la perte grimpe, et six mois plus tard tu crois que c'est ta radio qui faiblit. Systématiquement, après soudure, j'applique une gaine thermo-rétractable et un tour de ruban auto-vulcanisant sur le connecteur côté antenne.

Position optimale et passage du câble

Sur voilier

Tête de mât, c'est la seule bonne réponse. Sur un mât en alu, le fouet est fixé sur une embase tulipe ou en équerre, au-dessus du feu de tête de mât combiné. Le câble descend dans le mât (s'il est creux, ce qui est le cas à 99 %), sort en pied de mât par un presse-étoupe étanche, passe dans la quille ou sous la capote de descente, remonte jusqu'à la table à carte.

Points durs à anticiper :

  • Traversée de pont : passe-pont étanche avec joint Nylon, silicone marin en complément. Jamais un trou peint à la hâte.
  • Longueur des boucles : laisse 30 cm de mou en pied de mât pour absorber les mouvements du câble si le mât est démâté pour l'hivernage. Un câble tendu se cisaille en un an.
  • Séparation des faisceaux : ne fais pas courir le coaxial VHF le long des câbles d'alternateur ou du chargeur de quai. Les perturbations électromagnétiques remontent dans la VHF. 30 cm d'écart minimum, perpendiculaire si tu dois croiser.

Sur bateau moteur

Sur une vedette ou un semi-rigide rigide, tu montes l'antenne sur un support de rail-flag pole rabattable (vital pour passer sous un pont, rentrer au garage, ou tout simplement ne pas arracher le fouet au premier portique de station-service). Support inox 316, embase vissée à plat ou sur arche, câble qui descend le long d'un rail ou dans un gouttière de toit rigide.

Évite à tout prix les serrages au collier rilsan qui écrasent la gaine. Chaque point de pression augmente la perte.

Mise à la masse : le rituel anti-foudre

Un voilier au mouillage, fouet en tête de mât à 15 m, orage stationnaire, compte 1 seconde entre le flash et le bruit : la foudre est à 300 m. Ton bateau devient une cible statistique. Je n'invente rien, j'ai ramené en 2017 un First 31.7 avec l'électronique grillée après un coup de foudre indirect à 400 m.

La foudre cherche la plus basse résistance vers la terre. Ton antenne VHF est le point le plus haut, donc le point de frappe probable. Si rien ne conduit le courant vers l'eau, il passe par le coaxial, traverse ta radio, part dans le tableau électrique, brûle tout.

La solution n'est pas de tout empêcher (impossible), c'est de donner un chemin au courant. Classique sur voilier :

  1. Tresse de cuivre plate de 25 mm², pas un fil rond, du pied de mât à la quille en fonte ou au sabre de dérive en plomb. La tresse offre moins d'impédance qu'un fil à haute fréquence.
  2. Plaque de masse immergée (type Dynaplate, surface 200 à 600 cm²), si le voilier n'a pas de lest métallique accessible. Se boulonne en carène, compter 150 à 250 euros la plaque.
  3. Relier les haubans à cette même masse via des cosses sur les cadènes. Un mât correctement haubané devient un paratonnerre acceptable.
  4. Parafoudre en entrée d'antenne sur la radio (modèle Diamond ou PolyPhaser, 40 à 80 euros), petit boîtier qui shunte les surtensions vers la masse avant qu'elles grillent la VHF.

Sur bateau polyester pur à moteur, la masse passe par la boulonnerie moteur et un bonding de coque (cuivre massif reliant bases moteur, mécanisme de quille et anodes). Sur coque alu ou acier, la coque elle-même est la masse, il suffit de connecter correctement l'embase d'antenne.

Personne ne te garantira une protection à 100 %. Mais un bateau bondé et correctement à la masse voit passer 80 % du courant par l'eau, pas par ton autoradio.

Tester l'installation : mesure du ROS

Une fois tout monté, avant de remballer la caisse à outils, tu mesures le ROS (Rapport d'Ondes Stationnaires), ou SWR en anglais. Ce nombre te dit si l'antenne est correctement accordée au câble.

Matériel : un tosmètre-wattmètre calibré pour la bande marine 150-160 MHz. Pas un tosmètre CB 27 MHz qui ne mesure rien en VHF marine. Modèles corrects à partir de 45 euros chez Passion Radio (Maas RS-600, Diamond SX-27P autour de 150 euros en VHF seule).

La procédure :

  1. Insérer le tosmètre entre la radio et l'antenne, avec un court câble (40 à 50 cm) côté radio.
  2. Sélectionner un canal de travail plaisance (canal 6 ou 8, pas le 16, pas le 70 ASN).
  3. Calibrer le tosmètre en position FWD (calibration à fond).
  4. Basculer en REV, lire la valeur de ROS en appuyant 5 secondes sur la touche PTT du micro (pas plus, pour ne pas chauffer la radio).

Lecture attendue :

  • ROS de 1,0 à 1,5 : excellent, rien à faire
  • 1,5 à 2,0 : correct, tu peux émettre sans risque mais vérifie les connecteurs
  • supérieur à 2,5 : défaut, soit un connecteur mal soudé, soit un câble écrasé, soit une antenne défectueuse. Corrige avant d'émettre longtemps.

Un ROS élevé, c'est une partie de l'énergie qui revient vers la radio et la chauffe. À la longue, ça tue l'étage de sortie. J'ai vu un plaisancier perdre une VHF de 450 euros en un été parce qu'il émettait sur un câble pincé par une cloche de mât.

Pour la cohérence de la chaîne radio, ce travail d'antenne s'accompagne d'une configuration propre du reste. J'ai détaillé la procédure dans activer l'ASN et déclarer un MMSI sur sa VHF : sans MMSI correctement rentré, l'antenne la mieux montée ne sert à rien en détresse. Et au large, pense à compléter par une balise EPIRB ou PLB enregistrée au registre 406 MHz, qui prend le relais si le coaxial ou le mât lâchent.

Budget complet et durée d'installation

Pour une installation VHF fixe neuve, voilier moyen de 10 m, tête de mât à 15 m, voici l'addition plaisancier aguerri 2026 :

  • Antenne 3 dB voilier (Glomex RA300 ou Shakespeare 5400-XT) : 90 à 150 euros
  • Support d'embase tête de mât inox : 40 à 80 euros
  • 20 m de coaxial RG-213 marine : 90 à 130 euros
  • 2 connecteurs PL-259 à souder + thermo + auto-vulcanisant : 20 à 30 euros
  • Tresse cuivre 25 mm² (3 m) + cosses : 25 euros
  • Parafoudre en entrée radio : 40 à 80 euros
  • Tosmètre VHF marine (si pas déjà en main) : 50 à 150 euros

Total matériel : 350 à 650 euros selon qualité. Installation en autonomie : une journée complète si le mât est à terre (hivernage), deux si le mât est en place (plus une nuit sur le bosco chair pour passer le câble sans accroc). Devis chantier : 250 à 500 euros de main-d'œuvre, souvent facturé avec dépose/pose du mât si nécessaire.

Une antenne neuve dure 10 à 15 saisons si elle est mise à la masse et qu'elle ne prend pas la foudre directe. Le câble RG-213 tient aussi longtemps, à condition que les connecteurs soient protégés. C'est un investissement one-shot.

Sources consultées

  • SVB Marine, fiches Glomex RA112, Shakespeare 5400-XT, connecteurs PL-259 Shakespeare centerpin et à souder, consulté en avril 2026
  • Passion Radio, tableaux de perte RG-58, RG-8X, RG-213 à 150 MHz, documentation Messi & Paoloni
  • Tyboat.com, gamme Glomex RA109, RA112, RA114, RA300, prix 2026
  • Orange-marine.com et Icom France, guides de choix d'antennes VHF marine et positionnement tête de mât / arche
  • Bateaux.com, articles "Comment se protéger de la foudre sur un bateau" et "Câblage d'une antenne VHF, montage d'une prise"
  • Rogerbeep.fr et Contrails.free.fr, méthode de mesure du ROS en VHF marine avec tosmètre calibré 150 MHz
  • Forum Hisse et Oh, fils "protection foudre pour VHF", "antenne VHF à la masse" et "installer une antenne VHF en tête de mât", retours d'expérience plaisanciers