Résumé
Voilier sport-croisière de 8,30 m de coque (8,60 m hors tout) signé Finot-Conq, produit par Bénéteau de 2002 à 2011 environ, avec une version Sport (27.7 S) sortie en fin de cycle. Trois configurations de quille : fixe 1,80 m, relevable qui descend à 0,62 m, et Shoal. Déplacement lège autour de 2 795 kg, élu Voilier Européen de l'Année 2003 catégorie moins de 10 m. Marché de l'occasion 2026 entre 25 000 et 50 000 euros selon millésime, état, et version de quille.
Pourquoi ce voilier reste aussi recherché en 2026
Le First 27.7 sort d'usine en 2002, à un moment où Bénéteau veut rajeunir sa gamme sportive. Le chantier confie le plan à Jean-Marie Finot et Pascal Conq, les mêmes qui ont dessiné les Vendée Globe de l'époque. Les lignes avant du 27.7 sont directement issues des 60 pieds Open : étrave fine qui passe la vague sans cogner, carène large à l'arrière qui porte au près comme au portant.
Le résultat, c'est un bateau qui navigue vraiment. Pas un croiseur mou qui fait semblant d'avoir un plan course. J'ai fait une Calvi-Saint-Florent en juillet 2022 sur le 27.7 d'un copain, bords de près contre 15 à 18 nœuds établis de nord-est, mer courte de 1 m. Le bateau a tenu le cap, cogné très peu, et fini la traversée à 6,5 nœuds de moyenne sur 45 milles. Pour un 8 mètres de 20 ans d'âge, ça reste bluffant.
L'autre argument qui explique la cote en 2026, c'est la version quille relevable. À 0,62 m de tirant d'eau quille haute, le 27.7 rentre dans des fonds où un quillard classique n'a rien à faire. Mouillages du Morbihan, traînes de sable d'Arcachon, criques corses à 1,50 m d'eau. Et il se transporte. Pas avec un Twingo, mais avec un 4x4 sérieux et une remorque double essieu, c'est faisable. Beaucoup de proprios l'ont fait : Bretagne l'été, Méditerranée l'hiver, sans jamais payer d'anneau.
Plus de 620 unités sont sorties des chaînes selon l'association des propriétaires First 27.7. Ce chiffre compte, parce qu'il garantit un marché de pièces, une communauté active, et des retours d'expérience qui couvrent toutes les configurations possibles.
Fiche technique (Finot-Conq, millésimes 2002-2011)
Les cotes ci-dessous proviennent des fiches Boat-Specs.com et du manuel propriétaire Bénéteau 2007. Selon le millésime exact, certaines valeurs peuvent bouger de quelques kilos ou centimètres.
- Longueur hors tout : 8,60 m
- Longueur de coque : 8,30 m
- Longueur à la flottaison : 7,30 m environ
- Largeur hors tout : 3,00 m (3 m pile, limite haute du transport exceptionnel)
- Tirant d'eau, version quille fixe : 1,80 m
- Tirant d'eau, version Shoal : 1,45 m (quille courte)
- Tirant d'eau, version quille relevable : 0,62 m haute, 2,20 m basse
- Tirant d'air maxi : 13,70 m
- Déplacement lège : 2 795 kg
- Lest quille fixe : 870 kg
- Lest quille relevable : 621 kg, plus bulbe de 450 kg en fin de profil composite
- Surface voilure grand-voile : 27,80 m² (standard)
- Motorisation d'origine : Yanmar 1GM10 de 9 ou 14 CV diesel selon millésime
- Réservoir gazole : 30 litres
- Réservoir eau douce : 50 litres
- Catégorie CE : A (hauturier, vent plus de force 8, vagues plus de 4 m) pour les versions quillard
La catégorie A surprend sur un 8 mètres, mais elle est justifiée par la carène et le ratio lest/déplacement. Attention toutefois, la catégorie CE est théorique. En pratique, au-dessus de 25 nœuds établis dans une mer formée, un 8 mètres reste un 8 mètres. Vous encaisserez, mais vous ne serez pas confortable.
Ce que l'architecture Finot-Conq change concrètement
Pascal Conq a dessiné une coque volontairement large aux épaules (maître-bau à 3 m sur 8,30 m de coque, c'est beaucoup), avec un avant étroit et une sortie d'eau plate. C'est le plan qui gagne les courses transatlantiques de l'époque, appliqué à un croiseur de série.
Sur l'eau, ça donne trois comportements marqués :
Au près, le bateau tient sa cape et remonte serré (35 à 38 degrés réels selon le jeu de voiles). L'étrave fine évite l'effet cogneur qu'on trouve sur beaucoup de 8 mètres de l'époque. Le 27.7 garde de la vitesse dans la vague.
Au portant, la carène large à l'arrière plane dès 15 nœuds de vent réel sous spi. Vous verrez le loch passer de 6 à 8 nœuds en dix secondes quand vous accrochez une houle. Ça, c'est l'héritage Vendée Globe.
Au mouillage et à l'arrêt, la contrepartie, c'est un bateau vivant. Le 27.7 bouge à la moindre ride. Ceux qui viennent d'un First 26 des années 1990 trouveront le comportement très différent : moins formé, plus réactif.
Le plan de pont est un vrai cockpit de course pour un voilier de cette taille. Barre franche longue, winchs Lewmar 30 self-tailing en standard, chariot d'écoute de grand-voile sur la hiloire. Tout tombe sous la main. L'aménagement intérieur est volontairement sommaire (un carré, une cuisine, une table à cartes réduite, deux cabines plus un fond de cockpit), parce que le bateau est d'abord pensé pour naviguer, pas pour dormir à six à quai.
Pour qui veut aller voir plus grand dans la même famille, le First 31.7 garde le même ADN Finot-Conq avec plus d'habitabilité. Dans l'autre direction, le First 36 actuel reprend la philosophie moderne de la gamme.
Les versions : laquelle chercher en occasion ?
Trois configurations ont été produites, plus une variante Sport à la fin de la série.
Quille fixe 1,80 m. La version "standard" au catalogue. C'est la plus performante au près, la plus rigide structurellement, et la moins chère en pièces (pas de mécanisme relevable). C'est aussi celle qui vous interdit certains mouillages et certains ports peu profonds. Idéale pour qui navigue en Méditerranée ou sur des côtes profondes (Atlantique sud de la Loire, Manche ouest).
Quille Shoal 1,45 m. Compromis rare sur le marché français. Quille plus courte, moins lestée à géométrie équivalente, performance légèrement en retrait au près. Intéressant pour qui veut éviter le relevable sans sacrifier l'accès aux zones peu profondes.
Quille relevable 0,62 m / 2,20 m. La version la plus recherchée en 2026, d'où les prix plus élevés. Le mécanisme est un puits à lames avec cable et treuil manuel. Il vieillit bien si l'entretien suit, mal si on le néglige. Sur un bateau de 20 ans, c'est le premier point que je ferais vérifier par un expert.
First 27.7 S (Sport). Sortie en fin de cycle (vers 2004-2006, selon Bénéteau heritage), avec accastillage renforcé, carbone sur certaines pièces, pack voile plus sportif. Le différentiel de prix en occasion est de 3 000 à 5 000 euros par rapport à la version standard. Justifié si vous visez de la régate club, pas si vous faites surtout du pot.
Mon avis après avoir comparé quatre bateaux en 2024-2025 avant d'aider un ami à acheter : la quille relevable vaut le surcoût si et seulement si vous avez un vrai usage (mouillages peu profonds récurrents, transport routier). Sinon, le quillard 1,80 m vieillit mieux et revient moins cher à l'entretien.
Le marché de l'occasion en 2026
Relevé d'annonces sur Annonces du Bateau, iNautia et boats.com sur les trois premiers mois de 2026. Chiffres arrondis.
- Millésimes 2002-2004, quillard, moteur d'origine, voiles usées : 25 000 à 32 000 euros
- Millésimes 2005-2008, quille relevable, bien suivi : 35 000 à 45 000 euros
- Millésimes 2009-2011, quille relevable, voiles récentes, électronique à jour : 42 000 à 50 000 euros
- Version S avec pack régate : plafond à 52 000 euros sur un bateau parfait
Le prix médian sur le marché français tourne autour de 38 000 euros pour un 27.7 de 2006-2007 avec quille relevable et suivi correct.
Ce qu'il faut vérifier avant d'acheter, en ordre de priorité :
Le puits de quille relevable (si version concernée). Ouvrez, fermez, écoutez. Un cliquetis métallique ou un grincement est une alerte rouge. Les joints se remplacent, le puits de dérive lui-même non. Budget de réparation si le mécanisme est HS : 4 000 à 7 000 euros selon les cas.
La structure d'assise de quille. Sur les quillards fixes, vérifier les contre-moules intérieurs, l'absence de fissures en étoile autour des écrous de quille. Sur un 27.7 qui a tapé un rocher dans sa vie (ça arrive), il peut y avoir des reprises de stratification mal faites.
Le moteur Yanmar 1GM10 ou 2GM20. Ces blocs sont réputés increvables, mais à 3 000 ou 4 000 heures, la pompe à eau de mer fatigue, les supports moteur aussi. Demandez le carnet d'entretien. Sans carnet, comptez un premier budget de remise à niveau de 1 500 à 2 500 euros.
Les voiles. Un jeu de voiles standard coûte 5 000 à 7 000 euros pour ce gréement. Si le vendeur propose des voiles de 2005 en lui demandant le prix le plus haut, vous payez deux fois le bateau.
L'électronique. Sur un 27.7 de 2004, ce qui est d'origine est à jeter. Comptez 2 500 euros pour un pack minimal VHF fixe, traceur, sondeur, speedo-loch. Budget doublé si vous voulez un radar et un pilote d'étrave dignes.
Les haubans et le gréement. Un dormant qui n'a jamais été changé sur un 20 ans, c'est un remplacement à faire sans discussion. Budget 3 000 à 4 500 euros pour un complet chez un gréeur, plus la main d'œuvre de démâtage.
Un 27.7 de 2006 en quille relevable, 35 000 euros affiché, avec dormant d'origine, voiles fatiguées et moteur sans suivi, c'est en réalité un projet à 45 000 euros sur deux ans. Faites le calcul avant de signer.
Les limites qu'il faut accepter
Le 27.7 n'est pas un grand croiseur. L'espace intérieur est court, la cabine avant ne fait pas vraiment une double confortable pour des adultes, les rangements sont ce qu'ils sont sur un 8 mètres. Si vous visez trois semaines en famille à quatre en Méditerranée, ce n'est pas le bateau. Pour ça, il faut passer à un First 31.7 ou à un croiseur de 10 m.
Le bateau est bruyant à l'intérieur quand ça tape. La légèreté structurelle, qui fait la performance, se paie par des résonances qui réveillent au mouillage quand le clapot monte.
Le moteur Yanmar 1GM10 de 9 CV des premiers millésimes peut manquer de couple pour rentrer au port contre un courant de 2 nœuds dans un chenal étroit. Le 2GM20 de 14 CV qu'on trouve sur les millésimes postérieurs est plus à l'aise. Vérifiez la motorisation avant de craquer.
Le 27.7 Sport en quille relevable, transporté régulièrement par la route, développe parfois de l'usure prématurée sur les points d'ancrage des haubans et sur la zone de liaison coque-pont. Rien de rédhibitoire, mais à surveiller.
Enfin, et c'est une opinion assumée : un 27.7 en 2026, c'est un bateau qui a 15 à 24 ans d'âge. Même bien entretenu, il réclame du temps et des chèques annuels. Pas à la hauteur d'un grand voilier, mais pas négligeable non plus. Le budget réaliste de possession (hivernage à sec en Bretagne, assurance, entretien courant) se situe entre 3 500 et 5 500 euros par an selon l'usage.
À qui ce bateau convient en 2026
Le First 27.7 est taillé pour le plaisancier aguerri qui sait ce qu'il fait. Quelqu'un qui a déjà navigué, qui cherche un bateau qui marche bien au près, qui ne craint pas l'entretien, et qui navigue en couple ou en équipage de trois à quatre sur des sorties de quelques jours à deux semaines.
Il convient très bien à la régate club, au Tour de Bretagne à voiles, aux rallyes de type Obélix, aux traversées côtières Manche et Atlantique. En Méditerranée, il tourne bien sur le circuit du Golfe du Lion et de la Corse, à condition d'éviter les coups de mistral à plus de 30 nœuds au mouillage forain.
Il ne convient pas au skipper qui débute (trop vivant, trop typé), à la famille de quatre qui vise le confort (pas assez d'espace), ni à l'amateur de motoring (sous-motorisé pour ça, et de toute façon ce n'est pas fait pour).
Sources
- Boat-Specs, fiche First 27.7 quille relevable et First 27.7 Shoal, consulté avril 2026
- Bénéteau Heritage, page First 27.7 S
- Association des propriétaires First 27.7 (chiffres de production, retours d'expérience)
- Manuel propriétaire First 27.7 S, édition Bénéteau 2007
- Bateaux.com, fiche modèle First 27.7
- Mers et Bateaux, présentation First 27.7
- Yachting Monthly, used boat review 2020
- Relevé d'annonces Annonces du Bateau, iNautia, boats.com, mars-avril 2026
