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Bénéteau First 36 : avis, fiche technique, occasion 2026

First 36 de 2022, carène Sam Manuard, double safran, plane dès 12 noeuds. Prix neuf, concurrents, occasion : ce que vaut vraiment ce course-croisière.

Résumé factuel

Le Bénéteau First 36 est un course-croisière dessiné par Sam Manuard, produit en Slovénie depuis 2022 par le chantier Seascape pour Bénéteau. Coque de 11 mètres, 4 800 kg à vide, tirant d'eau 2,25 m en quille standard, deux safrans, bouchain dur et carène conçue pour planer dès 12 à 13 noeuds de vent. Prix neuf constaté en 2024-2025 : entre 299 000 et 362 000 euros selon configuration, contre 151 000 euros pour un Sun Fast 3300 Jeanneau concurrent direct. Les occasions sont rares sur ce modèle récent ; pour une ancienne génération (First 31.7 par exemple), comptez 46 000 à 90 000 euros selon l'année et l'état.

Pour qui, pourquoi ce bateau existe

Le First 36 est une relance. Bénéteau avait laissé la gamme First en sommeil pendant des années, le temps de voir Jeanneau, J/Boats et Pogo rafler le marché du course-croisière moderne. En 2022, le chantier revient avec un bateau qui n'est pas un bateau familial habillé en sportif : c'est une carène de racer, confiée à Sam Manuard (le même qui dessine des Class 40 et des IMOCA 60), assemblée dans l'usine Seascape en Slovénie spécialisée dans les petits sportifs.

Cible claire : le plaisancier qui court quelques courses dans l'année, navigue en double ou en équipage réduit, veut un bateau qui marche en croisière sans se transformer en maison flottante. Pas un bateau pour la famille qui veut des cabines doubles partout et une douche séparée.

Si vous lisez cet article pour savoir si le First 36 remplace un Océanis 37, la réponse est non. Ce sont deux programmes différents. Pour comparer avec un vrai concurrent de course-croisière, voir le test du Sun Fast 3300 Jeanneau.

Fiche technique

Données issues du site constructeur Bénéteau et des tests publiés par Bateaux.com et ActuNautique en 2022-2024.

  • Longueur hors-tout : 11,98 m
  • Longueur de coque : 11,00 m
  • Largeur maximale : 3,80 m
  • Tirant d'eau quille standard : 2,25 m
  • Tirant d'eau quille performance : 2,50 m (option)
  • Déplacement lège : 4 800 kg (version standard), 4 400 kg (version SE 2025)
  • Surface au près : environ 82 m² (GV 44 m² + génois 38 m²)
  • Spinnaker asymétrique : 125 m²
  • Motorisation : Yanmar diesel 29 ch saildrive
  • Réservoirs : 160 L eau, 60 L gasoil
  • Catégorie CE : A (haute mer, 8 équipiers)
  • Architecte : Sam Manuard Yacht Design
  • Design intérieur : Lorenzo Argento
  • Construction : Seascape, Begunje, Slovénie
  • Année de sortie : 2022

Trois éléments qui changent tout sur ce bateau : le bouchain dur à l'arrière (qui fait planer), les deux safrans (pour garder le contrôle à la gîte), et un bulb de quille en plomb profilé qui abaisse le centre de gravité. Sur un bateau de 4,8 tonnes, ce trio de choix donne un comportement que n'ont pas les First des années 2000.

L'architecte, pas un hasard

Le brief demandait Biscontini. La réalité : c'est Sam Manuard qui a dessiné la carène. Je précise parce que l'erreur circule, certains fiches produits de sites de location l'ont d'ailleurs reprise à un moment.

Manuard a un CV qui tient sur une phrase : il dessine pour la course océanique depuis 20 ans, son Mach 40.4 a gagné la Transat Jacques Vabre 2019, son IMOCA L'Occitane est un des plans les plus rapides au portant. Quand Bénéteau relance First, le chantier va chercher quelqu'un qui sait faire planer. Pas quelqu'un qui sait faire des planchers de salon.

Ce que Manuard apporte au First 36 :

  • Un avant fin et un arrière large, typique des carènes à planer
  • Un maître-couple reculé pour compenser le poids du cockpit
  • Un bouchain marqué à hauteur de mât arrière, qui fait décoller le bateau dès que le vent forcit
  • Deux safrans parallèles, pour que la gîte ne fasse pas décrocher le plan porteur

Résultat mesuré par Bateaux.com en 2022 : 9 à 10 noeuds au portant sous spi dès 15 noeuds de vent, contre 7 à 7,5 sur un First 35 des années 2010. Pas un gadget.

Course-croisière : ce que ça veut dire concrètement

Un course-croisière, en 2026, n'est plus ce qu'il était dans les années 1990. À l'époque, c'était un bateau qui acceptait de naviguer en famille tout en pouvant courir un Spi Ouest France sans honte. Aujourd'hui, c'est un bateau qui vise prioritairement la régate double-équipier (Transquadra, Middle Sea, Fastnet en Class40 réduite), et qui accepte une semaine de croisière à condition de pas exiger un intérieur d'Océanis.

Sur le First 36, ça donne :

  • Cockpit ouvert avec double barre à roue, pas d'hiloires hautes
  • Bout-dehors rétractable intégré pour spi asymétrique
  • Winchs de grande taille installés au bon endroit pour manoeuvre en solitaire
  • Circuit de manoeuvres dévié sur les deux bords du cockpit
  • Intérieur dépouillé : 2 cabines (1 avant, 1 arrière bâbord), carré modulable, cabinet toilette unique tribord
  • Rangement réduit, équipements minimaux (pas de four, pas de frigo de croisière par défaut)

Si vous voulez passer un mois entre Bastia et Bonifacio en famille de quatre, le First 36 n'est pas fait pour vous. Si vous voulez traverser l'Atlantique en double sur une Transat AG2R, oui.

Pour le côté croisière pure, une alternative honnête dans l'ancien est le First 31.7 de Bénéteau, plus petit, plus simple, déjà très marin pour la moitié du prix d'un First 36 neuf en occasion.

Comparatif avec le concurrent direct (Sun Fast 3300)

Concurrent le plus direct. Même programme, deux marques soeurs (Bénéteau et Jeanneau appartiennent au groupe Bénéteau depuis 1995). Différences notables :

CritèreBénéteau First 36Jeanneau Sun Fast 3300
Année de sortie20222019
Longueur hors-tout11,98 m10,11 m
Largeur3,80 m3,30 m
Déplacement lège4 800 kg3 650 kg
Tirant d'eau2,25 m (std)1,95 m
ArchitecteSam ManuardDaniel Andrieu + Guillaume Verdier
Safrans22
Prix neuf base299 000 €151 000 €
Catégorie CEA (8 équipiers)A (6 équipiers)
Voilure au près≈ 82 m²≈ 59 m²

Le Sun Fast 3300 est plus petit, plus léger, quasiment deux fois moins cher. Il s'oriente vers le double-équipier pur (Transquadra, Fastnet double). Le First 36 joue dans une catégorie au-dessus, avec une vraie cabine avant, plus de puissance de voilure, et la capacité d'accepter 8 équipiers en équipage complet.

Pour un plaisancier seul ou à deux qui veut courir en IRC sans se ruiner : le Sun Fast 3300 est le choix rationnel. Pour celui qui veut un bateau plus polyvalent, capable de courir une Middle Sea Race à 6 et de faire une croisière d'été à 4, le First 36 justifie ses 150 000 euros de différence. Pas pour tout le monde.

Prix neuf, prix occasion, stratégie d'achat

Prix neuf relevés en 2024 et 2025 chez les concessionnaires français (CN Diffusion, Medyacht, sur les sites de listings Annonces du Bateau et Youboat) :

  • First 36 entrée de gamme 2024 : 299 000 € HT
  • First 36 bien équipé (quille performance, électronique B&G, voiles Incidences) : 340 000 à 362 000 €
  • First 36 SE 2025 (version allégée 4 400 kg, finition régate) : à partir de 370 000 € selon configuration

À ces prix, il faut ajouter la TVA (souvent portée par une structure commerciale européenne), la voilure de régate (20 000 à 35 000 euros en plus), le place de port (8 000 à 12 000 euros par an en Méditerranée pour un 12 m), l'antifouling annuel et la manutention.

Côté occasion, le marché du First 36 est encore maigre : le modèle a 3 ans en 2025, les premiers propriétaires gardent leur bateau. Ce qu'on trouve :

  • First 36 2022-2023 bien équipé : 260 000 à 290 000 €
  • First 36 2024 comme neuf : 285 000 à 320 000 €

Décote annuelle sur les 3 premières années : environ 5 à 7 % par an, moindre que sur un bateau de croisière pur qui décote plus vite. La rareté de l'offre limite la baisse.

Pour une ancienne génération, les First 31.7 Finot-Conq des années 2000-2010 se trouvent entre 46 000 et 90 000 euros selon millésime. Coque différente, conception différente, mais excellent rapport qualité-prix pour démarrer le course-croisière. Le 31.7 avait été élu bateau de l'année en 1999 et 1 500 unités ont été produites entre 1998 et 2010.

Points forts, points faibles

Après avoir lu les retours publiés par Bateaux.com, ActuNautique et Voiles et Voiliers sur le First 36, et les discussions des propriétaires sur les forums Hisse et Oh entre 2022 et 2025, les points qui ressortent :

Positifs :

  • Comportement au planing très net au portant à partir de 12-13 noeuds
  • Stabilité de trajectoire avec les deux safrans même à la gîte
  • Finition Seascape bien au-dessus des standards Bénéteau grande série
  • Double barre à roue, plan de pont pensé pour équipage réduit
  • Catégorie CE A avec 8 équipiers, utilisable en course océanique habitable

Négatifs :

  • Intérieur sacrifié, très peu de rangement
  • Prix neuf sur les options qui monte vite (+20 à 25 % entre base et version complète)
  • Bruit de coque au portant (bouchain qui tape quand le bateau est à plat)
  • Tirant d'eau 2,25 m standard qui limite les options de ports méditerranéens et atlantiques
  • Disponibilité des pièces détachées Slovénie, délais parfois longs

Verdict : c'est un vrai course-croisière moderne, pas un compromis. Si vous cherchez un bateau de croisière familial qui fait illusion en course, achetez un Océanis. Si vous cherchez un bateau de course qui accepte la croisière, le First 36 tient la promesse.

Sources