Provence

Apnée : spots de chasse sous-marine en Méditerranée française

Spots, espèces, profondeurs et zones interdites de la chasse en apnée entre Côte Bleue et Cap Camarat. Moratoire mérou, parcs, cantonnements : le mémo 2026.

Mémo géographique pour la chasse en apnée en Méditerranée continentale française, de la Côte Bleue au Cap d'Antibes. Six à sept secteurs, ce qu'on y trouve vraiment, les profondeurs utiles, et surtout les limites invisibles qui transforment une bonne sortie en délit. Chiffres vérifiés en avril 2026 auprès des parcs nationaux, des préfectures maritimes et des sites des fédérations. Moratoire mérou et corb en vigueur jusqu'au 22 décembre 2033, à lire sérieusement avant de charger un fusil.

Le cadre qui s'applique partout sur la façade

Avant de parler de spots, trois rappels de zone. La Méditerranée française continentale, c'est environ 1 700 km de côtes et une densité d'aires marines protégées qui a explosé depuis cinq ans. Au 1er janvier 2025, 45,6 % des eaux métropolitaines sont classées en AMP, et la Méditerranée concentre une grande partie des zones de protection forte récemment labellisées (63 nouvelles ZPF en 2024-2025, pour 4,8 % d'eaux françaises sous protection forte). Pour un chasseur, ça veut dire deux choses : les cartes papier de 2018 sont périmées, et l'ignorance d'un zonage ne tient plus comme argument devant un juge.

Le moratoire sur le mérou et le corb s'applique sur toute la façade, hors secteur. Il est issu de deux arrêtés concordants, l'arrêté DIRM PACA de novembre 2023 pour la Méditerranée continentale et l'arrêté R20/002 du 20 décembre 2023 pour la Corse. Sont interdits à la capture, toute taille, toute méthode : mérou brun, mérou gris, mérou badèche, mérou royal, cernier, et le corb. La consultation publique qui a précédé la reconduction a recueilli 97,57 % d'avis favorables pour le corb et 96,51 % pour le mérou. Le texte court jusqu'au 22 décembre 2033.

Règles nationales à connaître par coeur, parce qu'un gendarme maritime ne vous demandera rien d'autre en premier contrôle :

  • Bouée de signalisation obligatoire, pavillon Alpha ou pavillon rouge à croix de Saint-André blanche, au-dessus de 50 cm.
  • Interdiction absolue de chasser avec un détendeur ou tout appareil respiratoire autonome embarqué en même temps qu'un fusil.
  • Interdiction de la chasse de nuit (30 minutes après le coucher du soleil, 30 minutes avant le lever).
  • 150 m minimum d'un filet ou d'un engin signalé, 300 m d'une zone de baignade balisée.

Pour le détail du cadre national, voir le mémo complet sur la réglementation de la chasse sous-marine. Pour l'équivalent corse, où les règles divergent sur plusieurs zones, voir le même mémo appliqué à la Corse.

Côte Bleue : le laboratoire qui a 40 ans

Entre Marseille et Martigues, la Côte Bleue est le plus ancien parc marin régional de France. Créé en 1983 à l'initiative du Conseil régional PACA (délibération de décembre 1982), il abrite deux cantonnements classés : la zone marine protégée du Cap Couronne et celle de Carry-le-Rouet. Dans les deux, la chasse sous-marine est interdite toute l'année, avec mouillage et plongée bouteille également proscrits (arrêté ministériel du 1er juillet 2014, arrêté du préfet maritime du 16 décembre 2014).

Hors cantonnements, le reste de la Côte Bleue reste libre d'accès. C'est un secteur rocheux, fonds de 3 à 25 m en bordure, avec des tombants cassés et des herbiers de posidonie qui tiennent bien. Les espèces accessibles en apnée : sar commun (entre 5 et 12 m la plupart du temps), sar à museau pointu, daurade royale en été sur les fonds sableux de 8 à 15 m, loup bar le matin au ras des roches, saupe en bancs sur les prairies de posidonie, oursins (quota strict de 4 douzaines par pêcheur en Méditerranée, vérifié avant chaque sortie).

Mon retour : l'ouest du parc, entre Sausset et la Couronne, pardonne aux chasseurs moyens. Les fonds descendent doucement, la visibilité est honnête même en juillet (8 à 15 m les bons jours), et les réserves de Cap Couronne servent de réservoir à poissons pour les zones alentour. On voit la différence en deux ans de sortie régulière : là où la réserve touche les eaux libres, on croise des sars de 40 cm qui n'existent plus ailleurs sur la côte.

Les Calanques : spectaculaire, mais complexe

Le Parc national des Calanques s'étend sur 8 500 hectares marins entre Marseille et Cassis. Créé en 2012, c'est le plus jeune parc national marin de la façade et le plus fréquenté, avec environ 2 millions de visiteurs par an. 10 % de son territoire marin est classé en zones de non-prélèvement (ZNP), matérialisées par des bouées et des panneaux à terre. Depuis 2023, une déclaration individuelle obligatoire encadre toute pratique de pêche de loisir dans le parc, avec déclaration de capture après chaque sortie.

Sept ZNP totalement interdites à la chasse : Cap Soubeyran, Sormiou, Planier, plus les extensions littorales à Riou, Sormiou côté est, Devenson, Cacau et les falaises de Soubeyran. Les îlots des Empereurs, près de Riou, sont désormais interdits de manière permanente. Pour les apnéistes qui chassaient là depuis trente ans, la carte a changé, et plusieurs PV dressés en 2023-2024 ont rappelé que la tolérance ancienne n'existe plus.

Où chasser encore dans le parc : les calanques rouges du secteur de La Ciotat, la zone de Port-Miou hors ZNP, les tombants au large de Morgiou (hors ilot des Empereurs). Fonds typiques de 15 à 35 m, eau transparente (15 à 30 m de visi en octobre), sars en abondance, mais la densité de plaisanciers en juillet-août rend la descente tendue. Je préfère cette zone en mai et en octobre, avec température d'eau autour de 16-18 °C et bateaux trois fois moins nombreux.

Opinion assumée : si vous débutez, les Calanques ne sont pas le bon terrain d'apprentissage. Trop de zones à mémoriser, trop de monde, trop de contrôles. Commencez à la Côte Bleue hors cantonnement, vous progresserez plus vite sans risquer un PV à 1 500 euros pour une traversée involontaire de ZNP.

Sormiou : ce qu'on peut en dire hors ZNP

Sormiou est la plus photographiée des calanques marseillaises, et paradoxalement la plus difficile à chasser proprement. La ZNP principale couvre le fond de la calanque et remonte vers Morgiou, la bouée extérieure à 1 000 m du rivage environ. Au-delà, le secteur est libre, mais étroit, pris entre Sormiou au nord et la ZNP Planier à l'ouest.

Ce qui marche : le tombant ouest, descente en palier de 12 à 28 m, avec poulpes dans les creux et sars attardés en fin de saison. Rochers couverts d'algues brunes, visibilité de 10 à 20 m selon le courant, mistral qui remonte vite l'après-midi en juin (passage de 10 à 20 noeuds en moins d'une heure, je l'ai vu deux fois en 2024). Sortie conseillée le matin entre 7 h et 11 h, retour avant la thermique.

Attention au piège du GPS : la bouée de ZNP dérive parfois légèrement sur sa chaîne. Une position officielle, relevée depuis votre cartographie marine, vaut mieux qu'un oeil sur la bouée. BoatMap affiche les limites des parcs sur sa carte marine : un réflexe utile avant chaque descente, surtout en zone incertaine.

Porquerolles hors parc : l'option propre

Le Parc national de Port-Cros couvre Port-Cros entièrement (chasse interdite toute l'année dans l'aire marine du coeur, qui s'étend jusqu'à 600 m des côtes) et une grande partie de Porquerolles (zones D, E et G du plan de gestion interdites toute l'année). Décret n° 2009-449 du 22 avril 2009 pour le détail.

Ce qui reste pour la chasse : la zone F au nord de Porquerolles (entre la pointe du Lequin et la pointe de la Croix, hors bordure baignade), et surtout l'aire maritime adjacente élargie, qui couvre l'espace marin jusqu'à 3 milles nautiques au sud des îles, avec règles plus souples. La chasse y reste autorisée sous réserve du respect des distances bouée et des cantonnements propres aux communes adhérentes (onze communes entre La Garde et Ramatuelle).

Fonds au nord de Porquerolles : 5 à 18 m sur sable et herbier, daurades en été, sars et saupes toute l'année, visibilité moyenne de 8 à 12 m. Pas le spot le plus spectaculaire mais un des plus rentables de la côte varoise, parce que les touristes visent Port-Cros et laissent tranquille le nord de Porquerolles. La sortie se fait depuis la Tour-Fondue en 15 minutes de semi-rigide (2 milles).

Cap d'Antibes et Cap Ferrat : la bande étroite

Dans les Alpes-Maritimes, deux zones dominent pour la chasse en apnée : le Cap d'Antibes et le secteur Cap Ferrat - Cap d'Ail. Les deux sont couverts par des sites Natura 2000 en mer (Cap Ferrat labellisé en 2009, 9 000 hectares entre Cap Ferrat et Cap d'Ail, de 100 à 1 000 m de profondeur).

Les interdictions spécifiques à connaître :

  • Cap d'Antibes, façade est : interdiction de chasse sous-marine et de plongée bouteille dans une bande qui s'étend jusqu'à 1,4 km au large, au niveau de la Pointe Bacon, par arrêté du préfet maritime n° 222 du 6 novembre 2020.
  • Cap Ferrat, bande littorale de 300 m autour de Saint-Jean-Cap-Ferrat : cinq zones interdites à la chasse du 1er juin au 30 septembre (période la plus fréquentée touristiquement).
  • Cap d'Ail : un arrêté de cantonnement de pêche est en cours d'extension, à vérifier avant la saison 2026.

Hors ces zones, la côte d'Antibes ouest et Cap Ferrat sud restent chassables. Profondeurs de 8 à 20 m le long des tombants, sars marbrés assez communs, loups bar au ras des roches le matin, mérous aperçus régulièrement (à ne jamais remonter). C'est une chasse de finesse : la visibilité est bonne (15 à 25 m en avril-mai), mais la pression halieutique est forte et les poissons éduqués. Comptez deux à trois fois plus de temps d'approche qu'à la Côte Bleue.

Frioul : discret et encadré

Les îles du Frioul, à 15 minutes de semi-rigide depuis le Vieux-Port de Marseille, restent un secteur sous-estimé. L'archipel (Pomègues, Ratonneau, If, Tiboulen) dépend du Parc national des Calanques depuis 2012. Sept calanques du Frioul sont interdites en permanence à la navigation motorisée, au mouillage, à la plongée bouteille et à la chasse sous-marine (arrêté préfectoral maritime n° 250 du 5 août 2022).

Ce qui reste accessible : les façades nord et ouest de Ratonneau hors calanques fermées, le secteur de Tiboulen (hors 150 m autour des bouées de plongée), et l'espace entre les îles et la terre. Fonds rocheux cassés, 4 à 20 m, loups bar le matin, sars toute l'année, oursins denses (respectez le quota de 4 douzaines). La visibilité est inférieure au large des Calanques mais la mer est plus souvent praticable (moins exposée au mistral que la façade sud).

Un atout du Frioul : la proximité de Marseille permet des sorties courtes en fin de journée (14 h - 18 h) quand la thermique tombe, sans prévoir une logistique de 6 heures pour un aller-retour vers Cassis.

Cap Camarat et le Var varoisien

Entre la Croix-Valmer et le cap Lardier, la côte rocheuse du Cap Camarat offre des tombants francs à 20-35 m à moins de 300 m du rivage. Pas de parc national ici, pas de cantonnement majeur, mais une série d'arrêtés préfectoraux qui interdisent la chasse sur toute la façade de Pampelonne pendant la saison de baignade (15 juin - 15 septembre, bande des 300 m balisée).

Les spots utiles se trouvent hors saison, ou au large de la plage de l'Escalet et dans le secteur du Cap Taillat, classé depuis 2019 en zone Natura 2000 avec règles complémentaires. Poissons présents : sar, daurade royale en été sur sable, loup bar au ras des roches côté Cap Lardier, denti occasionnel sur les tombants profonds (25 m et plus, réservé aux apnéistes confirmés). Visibilité typique de 12 à 20 m en avril-mai, qui chute à 5-8 m en août avec la fréquentation.

Ma préférence : mi-octobre à mi-novembre, eau encore à 18-19 °C, touristes partis, mistral relativement prévisible. C'est la fenêtre où j'ai fait mes meilleures sorties en Var sur les cinq dernières saisons, avec des poissons qui reviennent dans les zones désertées par les bateaux.

Les saisons, en pratique

La Méditerranée se chasse toute l'année pour qui accepte le froid, mais chaque saison a son registre.

Avril à juin : eau à 14-18 °C, visibilité souvent excellente (20 m et plus), fond encore calme avant la foule estivale. Sars et daurades accessibles, loups bar nombreux au ras des roches. Combinaison 5 mm minimum, 7 mm en avril sur la côte ouest.

Juillet à août : eau à 22-25 °C, visibilité variable selon les vents (4 à 20 m), pression touristique extrême sur les Calanques et la Côte d'Azur. Privilégier sorties très matinales (lever de soleil à 13 h) et secteurs périphériques. Combinaison 3 mm suffit.

Septembre à novembre : la meilleure fenêtre. Poissons qui reprennent leurs habitudes, visibilité en hausse, bateaux partis. Denti parfois présent, maigre sur les embouchures de petits cours d'eau. Combinaison 5 mm en octobre, 7 mm fin novembre.

Décembre à mars : eau à 12-14 °C, chasse technique réservée aux apnéistes entraînés. Ce qui paye : les gros sars, les poulpes dans les trous, les seiches. Combinaison 7 mm minimum, cagoule, gants épais. Et sortie seule découragée.

Sécurité et bon sens

Trois points techniques qui ne sont pas négociables.

La règle du binôme : un apnéiste seul en Méditerranée, c'est un apnéiste qui prend un risque de syncope sans témoin. La samba et la syncope se produisent souvent en surface, dans les 30 secondes qui suivent la sortie. Un binôme attentif double les chances de survie. Pas de raccourci sur ce point.

Le profil de plongée : alterner descentes profondes et descentes moyennes, respecter un ratio 1:2 ou 1:3 (temps de récupération en surface double ou triple du temps en apnée), ne jamais forcer un prolongement parce que "le poisson arrive". 90 % des accidents graves sont des chasseurs qui ont insisté sur une dernière descente fatiguée.

La météo : mistral à plus de 20 noeuds, mer formée, houle croisée, tous des signaux de renoncement. Le vent tourne vite sur la Côte d'Azur en juin, et une sortie prévue de 3 heures peut devenir une bataille en semi-rigide au retour. Consultez Météo-France, Windy, ou les bulletins des sémaphores avant chaque sortie.

Sources

  • Parc marin de la Côte Bleue, site officiel : historique 1983, cantonnements Cap Couronne et Carry-le-Rouet (arrêtés ministériel du 1er juillet 2014 et préfet maritime du 16 décembre 2014).
  • Parc national des Calanques, zones de non-prélèvement et déclaration obligatoire : calanques-parcnational.fr.
  • Parc national de Port-Cros et Porquerolles : portcros-parcnational.fr, réglementation en mer et décret 2009-449 du 22 avril 2009.
  • Arrêté préfet maritime Méditerranée n° 250 du 5 août 2022 (zones interdites îles du Frioul).
  • Arrêté préfet maritime Méditerranée n° 222 du 6 novembre 2020 (Cap d'Antibes, Pointe Bacon).
  • Arrêté DIRM PACA de novembre 2023 et arrêté préfet de Corse R20/002 du 20 décembre 2023 (moratoire mérou et corb jusqu'au 22 décembre 2033).
  • Métropole Nice Côte d'Azur, site Natura 2000 Cap Ferrat (labellisation 2009, bande littorale 300 m Saint-Jean-Cap-Ferrat).
  • Ministère de la Transition écologique, Chiffres clés de la mer et du littoral, édition 2024 : 33,6 % de surface marine française protégée, 45,6 % en métropole.
  • Mémo mis à jour le 19 avril 2026, à revérifier avant chaque saison tant que le zonage évolue rapidement.