Le résumé pour aller vite
Sept outils gratuits couvrent l'essentiel d'une saison en plaisance côtière française : Windy (météo et houle), marée.info ou le site du SHOM (marées), MarineTraffic (AIS), Navily (mouillages crowdsourcés), les bulletins Météo-France et le CROSS (alertes officielles), Nav&Co ou OpenSeaMap (cartographie et réglementation), et les portails préfectoraux maritimes pour les arrêtés. La règle pratique : 7 outils sur le téléphone, mais pas plus de 3 applications ouvertes simultanément en mer pour ne pas vider la batterie. Aucune ne remplace une carte papier à jour pour les zones que vous connaissez mal.
Ce que je cherche dans une application gratuite
Avant le test des 7 outils, le critère de tri qui m'a guidé pour cet article :
- Réellement gratuite, sans freemium qui bloque les fonctions essentielles à 5 euros par mois
- Disponible Android et iOS (Google Play et App Store)
- À jour en 2026, mise à jour récente (au minimum sur les 6 derniers mois)
- Utile en mer, pas seulement à terre pour préparer une sortie
- Officielle ou sérieuse, données vérifiables, pas une compilation amateure douteuse
J'ai fait l'inventaire début 2026 sur mon iPhone 13 et un Samsung Galaxy A52 emprunté. Test sur 4 sorties en Bretagne Sud, 2 en Méditerranée, 1 dans le bassin d'Arcachon. Voici le résultat.
1. Windy : météo et houle, la référence
Windy.com (application "Windy.com - Météo & Radar" sur l'App Store, "Windy.com - Prévisions météo" sur Google Play, éditée par Windyty) est probablement l'application météo la plus utilisée en plaisance européenne en 2026, et c'est mérité.
Ce qu'elle apporte :
- Animation des vents par carte, sur plus de 15 modèles (ECMWF, GFS, ICON, AROME, NEMS, etc.)
- Affichage de la houle primaire et secondaire avec direction et période
- Couches superposables : vent, rafales, pluie, température, pression
- Prévision sur 10 jours au pas de 3 heures
- Stations météo et données de bouées intégrées en couche
Pourquoi je la garde au top : la lecture en parallèle de 2 modèles (ECMWF et AROME) permet d'identifier les zones de divergence et donc les incertitudes de prévision. Pratique avant un passage technique (Raz de Sein, Raz Blanchard, sortie de port en mistral fort).
Limites : la version gratuite reste au pas de 3 heures, avec 2 mises à jour par jour pour ECMWF. La version Premium (de 3,49 à 38,99 euros selon la formule sur l'App Store français en octobre 2026) passe au pas horaire, pousse la prévision à 15 jours et monte à 4 à 6 mises à jour par jour. Utile, mais pas indispensable pour la plaisance côtière. Autre limite : pas de téléchargement de zones pour un usage hors ligne dans l'appli mobile, l'équipe Windy le confirme sur son forum. Le téléchargement de zones hors ligne, c'est Windy.app qui le propose, une autre appli d'un autre éditeur (Windy Weather World), à ne pas confondre. Je regarde donc la prévision avant de perdre le réseau.
Téléchargement : windy.com ou directement App Store / Google Play.
2. marée.info ou le site du SHOM : les marées dans la poche
Pour les marées, deux options gratuites françaises sérieuses, toutes les deux fondées sur les prédictions officielles du SHOM :
marée.info Essentiel : application éditée par BOLO Informatique, sur iPhone et Android. 140 ports, de Dunkerque à Saint-Jean-de-Luz, plus Aurigny, Guernesey et Jersey, mais pas l'outre-mer. La version gratuite donne les prédictions sur 3 jours et le calendrier des coefficients, un abonnement débloque toutes les dates disponibles. Elle fonctionne sans réseau une fois installée, ce qui compte en mer.
maree.shom.fr : le site du SHOM lui-même. Horaires et coefficients officiels gratuits sur un an, pour toute la France et un millier de ports dans le monde. Ce n'est pas une application, mais la page s'affiche bien sur un téléphone.
Pourquoi pas une application du SHOM : en octobre 2026, le SHOM ne publie aucune application de marées à son nom sur l'App Store ni sur Google Play. Ses prédictions officielles gratuites passent par son site, et par Nav&Co (voir plus bas), qui affiche aussi les marées.
Mon usage : marée.info en consultation principale parce qu'elle tourne hors réseau, le site du SHOM pour un port secondaire ou pour regarder au-delà de 3 jours. Les deux affichent les mêmes données SHOM, la différence se joue sur l'ergonomie et le hors-ligne.
3. MarineTraffic : l'AIS sur smartphone
MarineTraffic est l'application de référence pour suivre le trafic maritime en temps réel. Elle agrège les données AIS (Automatic Identification System) émises par les bateaux équipés.
Ce qu'elle apporte :
- Position en temps réel de tous les bateaux AIS dans une zone donnée (avec retard de 30 secondes à 3 minutes)
- Identification du bateau (nom, MMSI, type, longueur, destination déclarée)
- Trace passée sur les dernières 24h
- Alertes personnalisables (entrée d'un bateau dans une zone, départ d'un port)
Cas d'usage typiques en plaisance :
- Anticiper le passage d'un ferry (Brittany Ferries, Corsica Linea, Penn-ar-Bed)
- Surveiller la trace d'un voilier ami en croisière (s'il a un transpondeur AIS, de plus en plus courant en croisière)
- Identifier rapidement un cargo en approche par mauvaise visibilité
Limites : la version gratuite repose sur les stations AIS terrestres, donc on perd les navires au large, hors de portée des côtes. L'abonnement Mobile Pro (à partir de 5,99 euros sur l'App Store français en octobre 2026) ajoute l'AIS satellite, un historique de voyage plus long et des outils de gestion de flotte. Pour l'usage plaisance courante, près des côtes, la version gratuite est largement suffisante.
Important : MarineTraffic affiche les bateaux qui transmettent l'AIS. Tous les voiliers de plaisance n'ont pas d'AIS (c'est encore une option à 600-1 200 euros à l'installation). Un bateau sans AIS est invisible sur la carte.
4. Navily : les mouillages testés par les plaisanciers
Navily est l'application crowdsourcée de référence pour les mouillages et marinas en Europe. Plus de 35 000 ports et mouillages référencés selon sa fiche App Store en octobre 2026.
Ce qu'elle apporte :
- Fiche par mouillage avec photos, profondeur, qualité du fond, abri par direction de vent
- Notes de plaisanciers (1 à 5 étoiles) avec commentaires datés
- Filtres par services disponibles (eau, électricité, sanitaires)
- Réservation en ligne pour certains ports partenaires
- Mode hors-ligne par zone téléchargée (réservé à la version Premium)
Pourquoi je la trouve utile en complément des cartes officielles : les retours plaisanciers donnent des informations qu'aucune carte ne vous donnera (qualité du fond précisément, niveau de fréquentation en saison, prix réel pratiqué par les ports). C'est un complément, pas un remplacement de la carte.
Limites de la version gratuite : de la publicité, pas de mode hors-ligne, pas de score de protection du mouillage sur 72 heures ni de filtres selon votre bateau. La version Premium (de 9,99 à 29,99 euros selon la formule sur l'App Store français en octobre 2026) débloque tout ça. Pour une utilisation occasionnelle (week-end ou court séjour), la version gratuite suffit. Pour une saison complète, la Premium est rentable.
J'ai détaillé l'usage avancé de Navily dans une page sur les fonctionnalités complètes de Navily, qui couvre les fonctions Premium et les comparaisons avec d'autres outils.
5. Météo-France et le CROSS : les alertes officielles
Ici, pas d'application officielle qui regroupe tout : je n'en ai trouvé aucune sur les stores. Les alertes officielles passent par trois canaux, gratuits, que je garde à portée de main :
- meteofrance.com/meteo-marine en favori : bulletins côte et large, et BMS (bulletins météorologiques spéciaux) par zone
- La VHF : les CROSS (Centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage) diffusent les bulletins météo réguliers et spéciaux et les avis urgents aux navigateurs
- Le 196 depuis un téléphone pour joindre le CROSS en urgence, et le canal 16 en VHF depuis la mer, à privilégier parce qu'il permet une localisation rapide
Pourquoi j'insiste auprès des débutants : ce sont les sources officielles, et elles ne coûtent rien. Les avis aux navigateurs remontent aussi dans Nav&Co (section suivante) et sur les sites des préfectures maritimes (section 7).
Limites : rien n'arrive tout seul sur le téléphone, il faut aller chercher les bulletins avant de partir et garder la VHF en veille en route. Pour donner l'alerte en mer, le téléphone ne remplace pas la VHF.
6. Nav&Co ou OpenSeaMap : cartes et réglementation gratuites
Pour la cartographie marine, deux options gratuites en 2026 :
Nav&Co : l'application officielle et gratuite développée par le SHOM, l'Office français de la biodiversité (OFB) et la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l'aquaculture (DGAMPA), lancée en 2023. On suit sa route sur les cartes marines du SHOM, avec les balises fixes et flottantes, les amers, les avertissements de navigation, les herbiers et les zones réglementées. Elle prévient quand on entre dans une aire marine protégée ou une zone réglementée, donne les marées et enregistre la trace. On peut télécharger la carte de sa prochaine zone de navigation pour l'utiliser hors ligne. Couverture : Hexagone, Corse, Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. L'application le rappelle elle-même : les documents nautiques officiels restent les seuls garants de votre sécurité. J'ai raconté comment je m'en sers avant de jeter l'ancre dans mon retour d'expérience sur Nav&Co.
OpenSeaMap : projet collaboratif type OpenStreetMap pour la mer, avec une couverture mondiale. Les données viennent des contributeurs, leur précision varie donc d'une zone à l'autre. Interface plus technique, moins lisible que Nav&Co, mais plus de 300 cartes à télécharger pour un usage hors ligne (Android, iPad, traceurs Garmin notamment), utile hors des zones couvertes par Nav&Co.
Pour comparaison, les solutions payantes type Navionics Boating (59,99 euros par an pour la zone Méditerranée et mer Noire) ou TZ iBoat (40,99 euros par an pour la Méditerranée occidentale), tarifs relevés sur l'App Store français en octobre 2026, restent supérieures sur la lisibilité et les fonctionnalités de navigation, mais les deux gratuites ci-dessus rendent déjà service en côtier en France, en complément de la carte.
Important : aucune application gratuite ne remplace une carte papier officielle SHOM pour les zones que vous ne connaissez pas. Les cartes papier ont l'avantage d'être insensibles à la batterie et à la couverture réseau. Mon protocole personnel : carte papier de la zone à bord, application gratuite en complément, et cartographie payante uniquement pour les croisières longues vers des zones inconnues.
J'ai comparé les solutions de cartographie payantes dans une page sur le comparatif des cartes nautiques qui détaille les rapports qualité-prix.
7. Les portails préfectoraux maritimes : le complément réglementaire
Pas vraiment une "application" au sens classique, mais les sites des préfectures maritimes (préfectures atlantique, méditerranée, manche-mer du nord) sont accessibles depuis le mobile et proposent des fonctionnalités utiles :
- Liste à jour des arrêtés en vigueur sur leur zone (mouillages, posidonies, zones d'exercice)
- Avis aux navigateurs publiés en temps réel
- Cartes de zones réglementées téléchargeables en PDF
- Numéros directs de contact par zone
Sites à enregistrer en favoris :
- premar-atlantique.gouv.fr (préfecture maritime de l'Atlantique)
- premar-mediterranee.gouv.fr (préfecture maritime de la Méditerranée)
- premar-manche.gouv.fr (préfecture maritime de la Manche et Mer du Nord)
Pas d'application dédiée gratuite à mi-2026, mais les sites web sont mobile-friendly. Mon astuce : ajout des trois favoris dans le navigateur Safari ou Chrome avec un dossier "Maritime", consulté avant chaque sortie en zone réglementée.
Mon panier minimum pour la saison 2026
Pour qui démarre en plaisance en 2026, je recommande d'installer en avril les 4 applications suivantes et d'ajouter un favori (le reste peut attendre selon la pratique) :
- Windy : météo et houle
- marée.info Essentiel : marées
- Nav&Co : cartes du SHOM, avertissements de navigation et zones réglementées
- MarineTraffic : AIS
- meteofrance.com/meteo-marine en favori : bulletins côte et BMS
Pour les pratiquants plus expérimentés ou en croisière fréquente :
- Navily : mouillages crowdsourcés (tester gratuit, basculer Premium si saison complète)
- OpenSeaMap ou cartographie payante selon zone
Ce que je n'utilise pas en mer
Pour finir, voici les applications que je désactive ou que je ne lance pas en mer pour économiser la batterie :
- Réseaux sociaux : pas en mer, ils consomment réseau et batterie pour rien
- Email : configuration en mode push désactivé, vérification manuelle 1 fois par jour
- Météo grand public type Météo-France standard : remplacée par Windy, plus précise pour la mer
- GPS de la voiture (Waze, Google Maps) : ils ne donnent rien en mer
Mon usage type : 3 applications ouvertes en simultané maximum (Windy, Nav&Co, marée.info), téléphone en mode économie d'énergie, luminosité réduite. Avec ces réglages, l'iPhone 13 tient 8 à 10 heures d'usage continu en plaisance, contre 4 à 5 heures avec toutes les apps actives.
Limites des applications gratuites
Trois précautions à prendre en tête :
- Pas de réseau égale pas de mise à jour. Les applications gratuites téléchargent les données par 3G/4G. Hors zone côtière, le réseau peut tomber à 0. Toutes les apps doivent être configurées pour un téléchargement préalable des zones de navigation prévues.
- Pas de garantie de service. Une application gratuite peut disparaître ou devenir payante du jour au lendemain. Sauvegardez vos itinéraires et favoris régulièrement.
- Données vérifiables, pas garanties. Les retours Navily, les positions MarineTraffic, les prévisions Windy sont des sources sérieuses mais pas officielles à 100 %. En cas de doute, recoupez avec une source officielle (Météo-France, SHOM, sémaphore VHF).
Pour la sécurité en mer en complément de ces applications, voir mon mémo des repères et réflexes de sécurité en mer, qui couvre les outils non-numériques et les procédures à connaître.



