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Application Navily en détail : fonctionnalités et limites

Navily en 2026 : 35 000 mouillages, 1 million de plaisanciers, Premium à 19,99 euros. Ce que l'app fait vraiment bien, et où elle cale.

Navily est né d'une mauvaise nuit au mouillage. Benjamin Rousseau et Edouard Fiess sont en croisière sur la Côte d'Azur en 2013. Sept jours de nav, quatre nuits à l'ancre, dont trois avec du vent qui tourne à 3h du matin. Ils rentrent au port et se disent qu'une appli qui recense les mouillages avec les retours d'autres bateaux, ça manque. La bêta sort en juin 2014. La société est immatriculée en mars 2015 à Nice. Douze ans plus tard, le service revendique un million de plaisanciers inscrits et plus de 35 000 ports et mouillages référencés (source : blog.navily.com, billet "10 années et 1 million de membres plus tard").

Ce papier n'est pas un panégyrique. C'est un inventaire : ce que Navily fait mieux que les autres, ce qu'elle fait moins bien, et pour qui l'abonnement Premium à 19,99 euros vaut le coup en 2026.

De quoi on parle exactement

Navily se positionne sur un segment précis : le guide côtier communautaire. TripAdvisor des mouillages, Booking des ports d'escale. L'appli est éditée par "The Navigation Family", société française basée à Nice. Elle est disponible sur l'App Store (iOS, version 6.0.2 en avril 2026, 4,8 étoiles sur 6 300 avis) et sur Google Play (Android, 4,5 étoiles sur 2 050 avis, plus de 500 000 téléchargements). Cinq langues d'interface : français, anglais, espagnol, italien, allemand.

Le modèle économique combine trois sources : l'abonnement Premium des plaisanciers, les commissions sur les réservations de places de port (plus de 700 ports partenaires en Europe), et la publicité native pour les comptes gratuits.

Les trois choses que Navily fait très bien

La base de mouillages crowdsourcée

C'est son actif principal. 35 000 points, majoritairement sur le pourtour méditerranéen et l'arc atlantique européen, alimentés par les plaisanciers eux-mêmes. Chaque fiche mouillage contient : coordonnées, profondeur annoncée, nature du fond (sable, herbier, roche), exposition aux vents, photos, et surtout les commentaires datés avec le niveau de vent mesuré lors de la visite.

Pour un plaisancier qui arrive sur une baie qu'il ne connaît pas, c'est précieux. Quand vingt commentaires récents vous disent qu'à Cala di Palma (Corse) le mouillage tient bien sable jusqu'à 20 nœuds mais que la houle de sud-ouest rentre à partir de 15 nœuds, vous n'avez pas besoin d'un guide papier pour décider de contourner ou de vous abriter plus à l'est.

La photo aérienne par mouillage

Navily a fait un pari assez malin en 2016 : photographier par drone ses mouillages les plus consultés, avec une vue du dessus qui montre la tache d'herbier, les bateaux au mouillage type en pleine saison, la zone de ragage habituelle. Ce n'est pas exhaustif, loin de là, mais sur un Porquerolles ou une Rondinara, le rendu aide vraiment à choisir son point de chute avant même d'y arriver.

La réservation de place de port depuis l'app

Pour les escales en port, Navily a signé avec plus de 700 marinas européennes un système de réservation en direct. Vous tapez "Calvi" trois jours avant, l'appli vous propose les créneaux disponibles, vous payez, vous recevez un bon d'accueil à présenter à la capitainerie. Sur les ports qui jouent le jeu (pas tous, et c'est une limite dont on reparle), c'est l'équivalent Booking d'une place de port : rapide, sans coup de fil, sans tentative de VHF dans la vacation. Pour mémoire, à la haute saison en Méditerranée, les places d'escale tombent vite et la réservation anticipée est devenue la norme (voir mon comparatif sur les tarifs de port en été 2026 pour les ordres de grandeur).

Les limites qu'il faut connaître avant de s'abonner

Couverture inégale selon la zone

Le biais d'origine est français et méditerranéen. Côte d'Azur, Corse, Baléares, côtes italiennes : la base est dense, fraîche, bien photographiée. Dès qu'on monte en Manche, en mer du Nord, ou qu'on descend sur le Portugal et l'Espagne atlantique, la densité des avis chute et la fraîcheur aussi. Un mouillage en Bretagne nord peut n'avoir que deux commentaires, parfois vieux de trois ans. À l'étranger du bassin méditerranéen, il faut souvent croiser Navily avec d'autres sources pour avoir une vue correcte.

Même critique pour les zones confidentielles : si votre fétiche est un mouillage secondaire de Belle-Île côté Palais, la probabilité d'avoir un commentaire utile est faible.

Le Premium, un paywall qui cible les vraies fonctions

L'appli gratuite donne accès aux fiches, aux photos et aux commentaires, ce qui est déjà beaucoup. Mais trois fonctionnalités, utiles en nav, sont verrouillées derrière l'abonnement Premium à 19,99 euros par an (source : navily.com/navily-premium, tarifs 2026) :

  • La météo à 72 heures avec scoring par mouillage (pertinent pour planifier trois jours d'escale d'affilée)
  • Le mode hors-ligne complet (la carte et les fiches mouillages téléchargeables par zone)
  • Les filtres carte avancés (type de fond, protection, services à terre)

Pour un plaisancier qui sort 10 à 15 fois par an, c'est 1,60 euro par sortie. Raisonnable. Mais il faut avoir conscience que sans Premium, partir en croisière en connexion limitée est inconfortable : vous avez la base, pas la météo prédictive intégrée, pas la carte complète hors-ligne.

La dépendance à la contribution communautaire

Un commentaire laissé par un plaisancier mal renseigné, ça existe. "Tient bien l'ancre" écrit après deux heures de mouillage sans vent, c'est un avis techniquement vrai mais trompeur pour celui qui arrive avec un coup de vent annoncé. La modération est légère (c'est le coût d'une base ouverte), donc le tri critique reste entre les mains du lecteur. J'ai pour habitude de lire les vingt derniers commentaires d'un mouillage, pas les plus récents uniquement, et de pondérer selon la taille du bateau et les conditions annoncées par le contributeur. Sur certains spots très fréquentés, on tombe aussi sur des avis purement touristiques ("joli coucher de soleil"), qui ne servent pas à arbitrer.

La réservation de place de port, pas partout

Les 700 ports partenaires, c'est beaucoup en absolu, mais c'est très inégal géographiquement. Les petits ports communaux, ceux gérés en régie municipale, ceux de Bretagne nord par exemple, passent rarement par Navily. Là-bas, c'est toujours VHF canal 9 ou téléphone à la capitainerie. L'appli reste utile pour identifier le port visé, mais ne remplace pas le coup de fil.

Qui devrait l'utiliser, qui peut s'en passer

Navily est un vrai complément pour le plaisancier qui navigue principalement en Méditerranée ou sur la côte Atlantique française et qui a besoin d'un avis communautaire pour arbitrer entre deux baies d'escale à la demi-journée. Pour la croisière à la semaine avec étapes variées, la version Premium se justifie : la météo à 72h par mouillage et le mode hors-ligne sont les deux fonctions qui font vraiment la différence une fois largué.

En revanche, pour un régatier qui rentre toujours au port le soir, ou pour un plaisancier qui a son plan de navigation balisé entre trois mouillages connus par cœur, l'abonnement est surdimensionné. La version gratuite suffit largement, voire rien du tout.

Navily est aussi utilisé par certaines écoles et loueurs comme outil pédagogique et pratique. Sunsail, par exemple, offre Navily Premium à ses clients, ce qui donne une indication de la valeur perçue côté pro. Pour les plaisanciers qui testent plusieurs outils, il est cohérent de la comparer à son concurrent anglo-saxon direct : j'ai traité le sujet dans mon retour sur Savvy Navvy et son usage en France, avec un angle plus nav-assistée et moins mouillages. Sur le créneau des apps officielles nationales (type Navionics ou service constructeur), voir aussi mon analyse de NavCo et de son positionnement qui joue dans une autre cour.

Un point à clarifier pour éviter la confusion. Navily est un guide côtier communautaire, pas un système de cartographie officiel. L'appli affiche une carte de fond qui permet de se situer, mais les vraies données bathymétriques viennent soit de fonds OpenSeaMap, soit de couches partenaires. Pour la navigation stricte (lecture de sondes, isobathes, balisage officiel), il reste prudent d'utiliser en parallèle une application qui embarque une cartographie marine conforme aux standards officiels. Sur ce terrain, BoatMap propose des cartes marines hors-ligne téléchargeables par zone qui couvrent la bathymétrie et le balisage, et qui se combinent bien avec un outil comme Navily pour la partie retours d'expérience.

Autrement dit : Navily vous dit où mouiller et ce que les autres en ont pensé. Une carte marine vous dit ce qu'il y a sous votre étrave. Les deux ne sont pas concurrents, ils sont complémentaires.

Récapitulatif chiffré (sources datées)

  • Année de création : bêta publique en juin 2014, société immatriculée en mars 2015 (source : annuaire-startups.pro, consulté avril 2026)
  • Fondateurs : Benjamin Rousseau et Edouard Fiess, basés à Nice (source : myfrenchstartup.com)
  • Utilisateurs inscrits : 1 million déclarés sur le blog officiel en 2024 (source : blog.navily.com, "10 années et 1 million de membres plus tard")
  • Mouillages et ports répertoriés : plus de 35 000 (source : navily.com, Google Play, avril 2026)
  • Photos et commentaires communautaires : plus de 300 000 (même source)
  • Ports partenaires pour la réservation : plus de 700 en Europe (même source)
  • Tarif Premium 2026 : 19,99 euros par an (source : navily.com/navily-premium, avril 2026)
  • Notes stores : 4,8 étoiles sur 6 300 avis iOS ; 4,5 étoiles sur 2 050 avis Android (Google Play et App Store, avril 2026)
  • Version iOS actuelle : 6.0.2 (avril 2026)
  • Langues d'interface : français, anglais, allemand, espagnol, italien

Navily reste, à mi-2026, une des rares apps plaisance rentables et installées durablement dans les habitudes du public français. Un outil utile, pas une révolution, avec des limites réelles que l'édition Premium ne couvre pas toutes. À combiner avec une cartographie officielle et un peu de jugeote pour en tirer le meilleur.