National

Spi asymétrique : guide pour en tirer le meilleur

Différence avec le symétrique, envoi à la chaussette, allures 90-150°, empannage et gramage. Le mémo terrain pour plaisancier aguerri.

Fiche technique pour plaisancier aguerri qui veut tirer profit d'un spi asymétrique sur un voilier de croisière de 10 à 13 mètres. Chiffres vérifiés en avril 2026 auprès des voileries (North Sails, Horizon Sails, Rolly Tasker) et des forums Hisse et Oh. Sources en fin d'article.

Le mémo en trois lignes

Un spi asymétrique sert entre 90 et 150 degrés de vent apparent, se déploie depuis un bout-dehors ou un davier, se manie à deux avec une chaussette. Surface typique pour un voilier de 40 pieds : 130 à 180 m² selon le gramage. Prix d'une voile neuve sur mesure : 1 500 à 3 000 euros TTC pour un nylon 0,75 à 1,5 oz, chaussette non comprise.

Pourquoi un asymétrique plutôt qu'un symétrique

Le spi symétrique, celui des dériveurs de club des années 80, demande un tangon, une balancine, un hale-bas de tangon et trois personnes à bord. L'asymétrique supprime le tangon : le point d'amure est fixé à un bout-dehors ou un davier, la voile travaille comme un gros génois creux. On passe d'une manoeuvre à trois à une manoeuvre à deux qui tient en deux minutes chrono si la chaussette est propre.

Le revers : en vent arrière pur (au-delà de 150 degrés apparent), l'asymétrique ne creuse plus. Il ferle, part de travers, se met en drapeau. Pour tenir 170 à 180 degrés, il faut abattre en pirouette ou sortir un symétrique.

Le code D, évoqué dans le guide des voiles d'avant par grammage et par allure, joue sur un terrain proche (60 à 140 degrés apparent), avec un tissu plus lourd et une tolérance de réglage supérieure. Par 12 à 18 noeuds de brise portante, c'est un concurrent sérieux. Au-dessous de 12 noeuds ou au-delà de 140 degrés apparent, l'asymétrique reprend la main.

La famille A1 à A4

North Sails et les autres voileries segmentent les asymétriques en codes A1 à A4.

  • A1, reaching léger. Nylon 0,6 à 0,75 oz. Allures 80 à 110 degrés apparent, 4 à 12 noeuds de vent réel. Voile de Méditerranée par thermique calme.
  • A2, portant léger. Nylon 0,75 oz. Allures 100 à 150 degrés apparent, 6 à 14 noeuds. Le choix polyvalent numéro 1 pour la croisière côtière.
  • A3, reaching medium. Nylon 1 à 1,5 oz. Allures 70 à 110 degrés apparent, 10 à 18 noeuds. Utile en Atlantique quand la brise monte.
  • A4, portant medium à fort. Nylon 1,5 à 2,2 oz. Allures 110 à 150 degrés apparent, 15 à 25 noeuds. Voile de convoyage.

Pour un voilier familial qui fait Bretagne en été et Côte d'Azur en arrière-saison, un A2 résout 80% des situations. Un deuxième spi type A3 devient rentable au-delà de 40 jours de mer par an.

Surface, gramage et prix pour un 40 pieds

Sur un voilier de 12 mètres (J typique 4,5 m, I typique 16 m, ISP 17 m), les surfaces relevées sur les configurateurs Horizon Sails, Rolly Tasker et iSpinnakers :

  • A1 reaching léger : 120 à 145 m² en 0,6 à 0,75 oz
  • A2 portant polyvalent : 140 à 175 m² en 0,75 oz
  • A3 reaching medium : 110 à 135 m² en 1,5 oz
  • A4 portant de brise : 130 à 160 m² en 1,5 à 2,2 oz

Règle de coin de carnet : la surface d'un A2 vaut à peu près 2 fois celle d'un génois 135%. D'où le punch ressenti quand on déroule proprement dans 10 noeuds.

Pour le gramage, Horizon Sails rappelle la formule que les convoyeurs adoptent : la voile doit rester utilisable 70% du temps en conditions réelles. En Atlantique, où le thermique monte vite à 15 noeuds, un 0,75 oz se transforme en piège au-delà de 16 noeuds. En Méditerranée par petit temps, un 0,6 oz tient 90% du programme.

Prix indicatifs 2026 sur les grilles publiques de Horizon Sails, Sail Service et Rolly Tasker pour un 12 mètres :

  • A2 nylon 0,75 oz sur mesure : 1 500 à 2 200 euros TTC
  • A3 nylon 1,5 oz sur mesure : 1 800 à 2 600 euros TTC
  • A4 nylon 2,2 oz renforcé : 2 200 à 3 000 euros TTC
  • Chaussette dédiée : 400 à 700 euros TTC
  • Emmagasineur textile : 1 200 à 2 500 euros TTC

Un devis North Sails arrive 20 à 30% au-dessus, avec une coupe radiale très travaillée. Pour une croisière familiale, un asymétrique Horizon ou Rolly coupé proprement fait le job pendant 8 à 10 saisons.

Le matériel qu'on oublie de lister

Un asymétrique, ce n'est pas juste la voile. L'inventaire complet :

  • Drisse de spi dédiée, sortie en tête de mât côté tribord, avec anneau flotteur
  • Bout-dehors rétractable ou fixe (option d'usine sur les First 36 ou Sun Odyssey 410 modernes)
  • Deux écoutes longues (1,5 fois la longueur du bateau minimum), passant en dehors des haubans et devant l'étai
  • Un frein d'écoute ou un winch dédié de chaque côté
  • Chaussette avec anneau de sortie adaptée au diamètre de tête, ou emmagasineur textile
  • Un sac à spi avec fond propre

Point négligé : partager la drisse de spi avec le code 0 est un ticket d'usure prématurée. Une deuxième poulie vaut 150 euros et épargne une drisse à 400.

Envoi à la chaussette : la procédure qui ne rate pas

La chaussette gaine l'asymétrique dans un tube de tissu qu'on remonte par un bout, une fois écoutes bordées.

Procédure à deux, allure grand largue :

  1. Cap au grand largue 140 degrés apparent, grand-voile bordée normalement, génois enroulé.
  2. Sortir le sac sur le pont avant. Frapper l'amure au bout-dehors, les deux écoutes au point d'écoute (pas sur la bosse de chaussette, erreur classique).
  3. Passer les écoutes devant l'étai, en dehors des haubans, jusqu'aux winches.
  4. Frapper la drisse en tête de chaussette. Vérifier qu'elle ne tourne pas autour de la voile roulée.
  5. Hisser chaussette fermée. La voile monte en boudin inerte. Drisse bloquée en tête.
  6. Border l'écoute sous le vent avec un peu de tension.
  7. Tirer la bosse : le tube remonte, la voile se déploie en deux secondes. Laisser lofer légèrement pour gonfler, puis reprendre à 80-85% de tension.

Le piège qui coûte un spi neuf : envoyer chaussette fermée au près ou au petit largue. La voile se gonfle avant que l'écoute ait pris, le tissu se déchire sur l'étai. On envoie toujours en grand largue, GV qui fait paravent.

Alternative : l'emmagasineur (rouleau en pied de voile qui enroule la voile autour d'un câble textile). Plus cher à l'installation, plus rapide à l'usage, mais moins adapté aux vrais spis creux (A2 et A4). Karver et Facnor dominent le marché français.

Allures et réglages

L'asymétrique est une voile de vent apparent, pas de vent réel. La fenêtre utile d'un A2 va de 90 à 150 degrés apparent, rendement maximum vers 130 à 140.

  • Point d'amure. Au reaching (90 à 110 apparent), amure courte et basse, la voile pompe moins. Au portant (130 à 150), allonger de 30 à 50 cm pour faire respirer le guindant.
  • Écoute. La chute doit se refermer en permanence, pas battre. Si elle ouvre, choquer de 10 cm. Le guindant doit faire une petite cassure qui rentre et sort doucement : c'est la voile qui respire. Trop de tension, le guindant reste plaqué et on perd 0,3 à 0,5 noeud.
  • Drisse. Pas à bloc. Laisser 10 à 15 cm sous la tête de mât pour décoller la voile de l'étai.
  • Cap. Abattre dans les risées de 5 à 10 degrés, lofer dans les molles pour garder la pression. Un cap fixe sur pilote ruine la vitesse moyenne.

Ordre de grandeur : sur un Sun Odyssey 409 convoyé en Atlantique en 2023, le passage du génois 135% à un A2 dans 10 noeuds de vent réel à 130 degrés apparent a fait passer la vitesse fond de 5,2 à 7,4 noeuds. Deux noeuds gagnés, 20 milles sur une étape de 10 heures.

Empanner : deux méthodes

Outside jibe (empannage extérieur)

La méthode standard en croisière. Les deux écoutes passent toujours devant l'étai, règle absolue. Si une écoute passe derrière, la voile s'enroule autour à l'empannage.

  1. Barreur abat progressivement de 140 à 170 degrés apparent, GV choquée au maximum.
  2. Équipier choque l'ancienne écoute en grand, la voile passe devant l'étai en drapeau.
  3. Barreur empanne la grand-voile en contrôle.
  4. Équipier borde la nouvelle écoute, la voile se renfle sur l'autre amure.

Inconvénient : la voile passe une seconde sans pression devant l'étai. Dans la brise, elle bat brutalement et peut casser une écoute.

Empannage à la chaussette

Au-delà de 15 noeuds apparent, on étouffe la voile avant d'empanner. Chaussette descendue, empannage, chaussette remontée sur la nouvelle amure. Quatre minutes au lieu de trente secondes, mais zéro risque matériel. Règle perso : en famille à deux, chaussette dès 14 noeuds apparent.

Affaler

Procédure d'envoi à l'envers. Cap au grand largue 140 apparent, GV qui fait paravent. Choquer l'écoute pour masquer la voile derrière la grand-voile, tirer la bosse vers le bas, le tube redescend, la voile se range en deux secondes.

Erreur à éviter : affaler au près en laissant la voile battre. Le nylon n'est pas fait pour battre, il se coupe par pliure répétée sur le guindant.

Pour la logique globale de réduction de voilure quand le vent monte avec un spi dehors, voir le protocole complet prise de ris et enrouleur. Règle d'or : on affale l'asymétrique avant de prendre un ris, jamais l'inverse.

Erreurs classiques

Par ordre de fréquence observée sur les forums Hisse et Oh :

  • Écoute derrière l'étai. Tour à l'empannage, voile bloquée, 20 minutes à démêler.
  • Drisse bordée à bloc. Tête plaquée sur le mât, forme ruinée.
  • Envoi au petit largue. Déchirure sur l'étai presque garantie au-delà de 12 noeuds.
  • Point d'amure sur la ferrure d'étrave au lieu du bout-dehors. La voile ne respire pas.
  • Gramage trop léger. Un 0,6 oz en Atlantique en été finit en dentelle en deux saisons.

Sources