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La seiche : biologie, habitat, saisons de pêche en plaisance

Fiche seiche (Sepia officinalis) : taille 15-45 cm, fraie juin-juillet dans les herbiers, quotas 10/jour, saison turlutte automne-hiver.

Sepia officinalis, la seiche commune, vit en Atlantique Est (de la Norvège au Sénégal) et en Méditerranée. Taille habituelle 15 à 30 cm, maximum 45 cm (source : DORIS-FFESSM). Fraie au printemps et en début d'été, ponte de 150 à 4 000 œufs déposés en grappes sur les herbiers. Pas de taille minimale réglementaire en plaisance mais un quota de 10 prises par pêcheur et par jour, toutes espèces confondues.

Pourquoi la seiche mérite une fiche à part

La plupart des pêcheurs plaisanciers apprennent à la pêcher avant de la connaître. C'est dommage. La seiche n'est pas un poisson, c'est un céphalopode, cousin de la pieuvre et du calmar. Son comportement, sa biologie, son cycle de vie, tout est différent d'un bar ou d'une dorade. Comprendre ces différences change la façon de prospecter, le choix des zones, et surtout les horaires où on a une vraie chance d'en trouver.

La morgate, comme on l'appelle en Bretagne, vit court (18 à 24 mois selon les zones), se reproduit une seule fois, puis meurt. C'est une espèce dite semelpare. Cette biologie pesée en équilibre entre croissance rapide et reproduction unique explique pourquoi la pression de pêche peut vider une zone en deux saisons si les plaisanciers ne lèvent pas le pied pendant la fraie.

Biologie : anatomie d'un céphalopode bien outillé

La seiche mesure en moyenne entre 15 et 30 cm de longueur de manteau (sans compter les tentacules). Les gros individus de 45 cm existent mais restent rares, surtout en Manche et dans le golfe de Gascogne où les femelles adultes dépassent parfois 2 kg. En Méditerranée, la taille moyenne capturée tourne plutôt autour de 20 à 25 cm.

Quelques traits biologiques utiles à connaître :

  • Huit bras et deux tentacules rétractiles, ces derniers lancés en moins d'une seconde pour capturer crevettes, petits poissons et crabes.
  • Un os de seiche (le sépion) interne, en aragonite, qui sert de flotteur à compression variable. C'est ce qu'on retrouve sur les plages au printemps et que les éleveurs donnent aux perruches.
  • Trois cœurs, dont deux branchiaux qui pompent le sang à travers les branchies et un cœur systémique. Le sang est bleu (hémocyanine à base de cuivre), pas rouge.
  • Une encre noire stockée dans une poche connectée au rectum, éjectée en cas de stress. C'est aussi dans cette poche que la femelle imprègne les œufs lors de la ponte, ce qui leur donne leur aspect de grappe noire.
  • Des chromatophores (plus de 200 par cm² de peau) qui permettent de changer de couleur et de motif en moins d'une seconde. Camouflage, communication, parades nuptiales : tout passe par la peau.

La seiche voit en noir et blanc mais perçoit la polarisation de la lumière, ce qui compense sa cécité aux couleurs. Un détail qui a son importance côté pêche : les turluttes phosphorescentes fonctionnent mieux que les turluttes colorées de jour dans l'eau trouble, et l'inverse en eau claire.

Cycle de vie : de la grappe d'œufs à l'accouplement fatal

La seiche a un cycle court et marqué, organisé autour d'une seule saison de reproduction.

Hiver : les adultes descendent au large, entre 100 et 200 m de profondeur en Manche et en golfe de Gascogne, plus près du talus en Méditerranée. Régime alimentaire dominé par les poissons selon les études Ifremer sur les contenus stomacaux dans le golfe de Gascogne et le Morbihan.

Mars à mai : migration vers la côte. Les mâles arrivent souvent les premiers, se rassemblent sur les zones de ponte traditionnelles (souvent les mêmes d'une année sur l'autre, signe d'une mémoire spatiale solide).

Juin et juillet : la ponte. Une femelle dépose entre 150 et 4 000 œufs en grappes collées à des supports verticaux, herbiers de zostère, algues brunes, bouées d'amarrage, voire orins d'ancre. L'incubation dure 1 à 3 mois selon la température de l'eau.

Été et automne : les juvéniles (3 à 5 cm à l'éclosion) grossissent vite sur les zones peu profondes. Les adultes survivants meurent dans la foulée de la reproduction. Une seiche de l'année peut atteindre 15 à 20 cm dès l'automne.

Octobre à février : les jeunes seiches se rapprochent de la côte pour grossir avant l'hiver. C'est la meilleure saison de pêche à la turlutte, d'octobre à janvier principalement.

Habitat : herbiers, fonds sableux, digues

La seiche fréquente le plateau continental de 0 à 200 m, mais concentre ses activités entre 10 et 60 m la majeure partie de l'année. Quatre habitats reviennent systématiquement sur les carnets de pêche :

  • Herbiers de zostère et de posidonies : zone de ponte, zone de chasse pour les juvéniles. À protéger. Le mouillage sur posidonies est interdit ou encadré sur une grande partie de la côte méditerranéenne française (arrêté préfectoral 141/2019 en PACA, entre autres), et c'est une très bonne chose pour la ressource en seiche.
  • Fonds sableux avec petits reliefs : la seiche se camoufle en s'enfouissant partiellement dans le sable. Les zones de sable avec roches éparses (cailloutis) sont excellentes, notamment entre 12 et 25 m.
  • Digues et enrochements portuaires : spots classiques de pêche du bord, surtout en Méditerranée. Marseille, Sète, Port-Vendres, Toulon concentrent les pêcheurs de seiche à la tombée de la nuit.
  • Épaves et tombants : zones de refuge en journée. Les gros individus ressortent à la fraîche pour chasser.

La seiche supporte une large gamme de salinités (elle remonte les estuaires et pénètre dans les baies fermées comme la baie de Morbihan), mais elle fuit les eaux de moins de 8 °C. C'est pour ça que les zones bretonnes et normandes voient leurs seiches partir au large en janvier-février, alors que les seiches méditerranéennes restent plus souvent à portée de côte toute l'année.

Saisons de pêche : deux fenêtres bien distinctes

La saison dépend clairement de la façade.

Atlantique et Manche : pic de pêche de mars à juin, quand les adultes arrivent à la côte pour se reproduire. C'est la pêche de la « morgate » en Bretagne, pratiquée au bord ou en bateau à la turlutte traînée. Quand la fraie se termine et que les adultes meurent, la pêche se reporte sur les jeunes d'octobre à décembre, plus petits mais plus abondants.

Méditerranée : saison inversée. Les meilleures prises se font d'octobre à janvier, quand les jeunes seiches nées en été grossissent sur les côtes avant l'hiver. Au printemps, on trouve encore quelques gros individus venus pondre mais la densité reste plus faible qu'en Atlantique à la même période.

Pour comprendre le lien entre comportement et technique, je recommande de lire mes autres fiches sur les poissons côtiers : la biologie du congre et celle de la dorade royale, deux espèces qu'on croise en même temps que la seiche mais qui répondent à des stratégies de pêche très différentes.

Techniques : la turlutte, rien que la turlutte (ou presque)

La turlutte est le leurre dédié à la seiche et aux calmars, avec sa couronne d'aiguilles inversées (pas d'hameçons : la seiche se pique toute seule en saisissant le leurre avec ses tentacules). Quelques repères issus de la littérature spécialisée :

  • Taille 2.5 à 4.0 selon la taille des seiches visées et la profondeur. Plus c'est profond, plus la turlutte doit être lourde (plombée ou équipée d'un plomb déporté).
  • Animation lente, tirée sur le fond ou avec de petites saccades. Contrairement au calmar qui chasse en pleine eau, la seiche chasse au ras du sable. Monter trop haut, c'est pêcher dans le vide.
  • Couleurs : phosphorescentes et flashy de nuit (orange, rose, blanc-UV), naturelles de jour (marron, beige, rayures). Les vieux pêcheurs bretons jurent par la turlutte blanche-rose traînée à 1 nœud derrière un petit bateau. Ils ont raison 8 fois sur 10.
  • Profondeur de travail : 10 à 30 m en bateau, 2 à 6 m du bord sur digue. La nuit, même en bateau, on peut remonter à 5-10 m le long des enrochements.
  • Potence de 50 cm à 1 m entre la turlutte et le plomb, pour décoller le leurre du fond et éviter les accrochages.

Côté matériel, une canne casting ou spinning en 2.10 à 2.40 m, puissance 10 à 40 g, avec un moulinet en 2500 et du tresse en PE 0.8 à 1.2. Rien de plus. La seiche ne se bat pas comme un bar : elle résiste, tire en vrille, relâche de l'encre, mais ne fait pas un rush de 15 m.

Quotas et réglementation : ce qu'il faut retenir

La seiche n'est pas soumise à un quota européen (pas de TAC). Au niveau national en France, elle entre dans le quota plaisance global de 10 prises par pêcheur et par jour, toutes espèces confondues, et 30 prises maximum par bateau et par jour.

Pas de taille minimale réglementaire, contrairement au bar (42 cm Atlantique, 30 cm Méditerranée) ou à la dorade royale (23 cm). Mais une taille minimale de bon sens : en dessous de 15 cm (manteau), on garde un animal qui n'a pas eu le temps de se reproduire. Les pêcheurs sérieux remettent à l'eau, même si c'est légal de la garder.

Marquage obligatoire par ablation de la partie inférieure de la nageoire caudale (procédure standard plaisance), à faire dès la capture. Pour la seiche, le marquage concerne l'animal entier à bord, comme pour les poissons.

Source réglementaire : arrêté du 17 mai 2011 (pêche maritime de loisir, France métropolitaine) et ses mises à jour. Le cadre n'a pas changé sur les céphalopodes entre 2020 et 2026.

Ce qu'il faut retenir

La seiche, c'est une espèce à cycle court qui paie cher la pression de pêche en période de reproduction. Sur les zones de ponte (herbiers, digues en avril-mai sur l'Atlantique, Méditerranée centrale), lever le pied pendant 6 à 8 semaines n'est pas une coquetterie : c'est ce qui permet à la génération suivante d'exister.

Côté pêche, la turlutte traînée lente, de nuit ou à l'aube, sur 15 à 25 m de fond sableux, reste la recette la plus constante. Le reste, c'est du feeling et de la prospection, deux choses qu'on ne trouve ni dans une fiche biologie ni sur un forum.

Sources

  • DORIS-FFESSM, fiche Sepia officinalis : https://doris.ffessm.fr/Especes/Sepia-officinalis-Seiche-230
  • Ifremer, fiche « Seiche commune de Manche » (peche.ifremer.fr) et étude sur l'alimentation (Archimer, 1993)
  • Les Pêcheurs de Bretagne : https://www.pecheursdebretagne.eu/especes/la-seiche/
  • Guide des espèces (Normapêche Bretagne) : https://www.guidedesespeces.org/fr/seiche
  • Arrêté du 17 mai 2011 relatif à la pêche maritime de loisir, consultable sur Légifrance