Provence

Réglementation pêche plaisance en Méditerranée : ce qui change en 2026

Tailles, zones, moratoires, AAP thon rouge : ce qui distingue la Méditerranée du reste de la France pour la pêche de plaisance en 2026.

Revue des règles applicables à la pêche maritime de loisir en Méditerranée française (Provence-Alpes-Côte d'Azur, Occitanie, Corse) pour la saison 2026. La façade méditerranéenne a ses propres tailles, ses propres zones interdites, et depuis le 12 février 2026 sa propre obligation d'enregistrement européen. Si vous pêchiez l'an dernier avec les mêmes réflexes qu'en Atlantique, vous êtes déjà hors-clous sur plusieurs points.

Pourquoi la Méditerranée n'est pas l'Atlantique

La pêche de loisir en mer française est encadrée à quatre niveaux empilés : Union européenne, État (arrêtés ministériels), préfet maritime de zone, puis gestionnaires locaux (parcs nationaux, réserves, offices d'environnement). La Méditerranée dépend du préfet maritime de la Méditerranée basé à Toulon et de la direction interrégionale de la mer Méditerranée (DIRM MED) à Marseille. Deux conséquences concrètes :

  • Les tailles minimales de capture ne sont pas les mêmes qu'en Atlantique. Le bar se pêche à 30 cm ici, 42 cm là-bas. Une sole gardée en Atlantique est illégale en Méditerranée si elle fait la même taille.
  • Les zones interdites ou encadrées sont plus nombreuses et plus denses. Parc national de Port-Cros, parc des Calanques, réserve des Bouches de Bonifacio, sanctuaire Pelagos, aires Natura 2000 : le maillage est serré sur 1 000 km de côtes.

À cela s'ajoute un moratoire mérou et corb qui court jusqu'en décembre 2033 et qui rend toute capture de ces espèces purement et simplement illégale, même en relâché. Et depuis février 2026, l'obligation européenne de s'enregistrer sur la plateforme RECFishing avant toute sortie ciblant thon rouge, pagre commun ou coryphène. Méditerranée uniquement pour ces trois espèces.

Pour une vision nationale des tailles, voir le mémo des tailles minimales de capture par espèce. Pour savoir quand ouvrent et ferment les espèces, consulter le calendrier de pêche plaisance 2026. Cette fiche se concentre sur ce qui est spécifique à la Méditerranée.

Le cadre réglementaire Méditerranée en 2026

Trois textes récents structurent la saison 2026 sur cette façade :

  • Arrêté ministériel du 26 octobre 2012 consolidé (tailles minimales de capture), dernière modification le 4 juillet 2024, puis texte du 6 janvier 2026 qui aligne certaines tailles Méditerranée sur la réglementation professionnelle.
  • Arrêté du 24 mars 2026 (JORF texte n° 53717021 de Légifrance) qui fixe les conditions de la pêche de loisir du thon rouge pour l'année 2026, avec un quota loisir national de 78,3 tonnes sur un total français de 7 833 tonnes.
  • Nouvel arrêté national pêche de loisir entré en application le 10 janvier 2026 pour l'enregistrement et le 12 février 2026 pour la déclaration de captures sur l'application européenne RECFishing.

Côté local, les arrêtés du 20 décembre 2023 de la direction de la mer et du littoral de Corse (R20-2023-12-20-00003 pour le corb, jumeau pour les mérous) ont reconduit pour 10 ans le moratoire sur le corb et les mérous dans les eaux corses et plus largement méditerranéennes françaises. Échéance : décembre 2033.

Zones et parcs : ce qui est interdit, ce qui est toléré

La Méditerranée française cumule six grandes aires protégées où la pêche de loisir est soit interdite soit fortement encadrée. À connaître avant de mouiller et de sortir la canne.

Parc national de Port-Cros et Porquerolles

La pêche de loisir est interdite sur l'ensemble du périmètre maritime du parc de Port-Cros, à l'exception d'une dérogation pour la pêche dite à la traîne (maximum deux cannes par bateau immatriculé, en marche, sur la partie nord de l'île de Port-Cros). La pêche sous-marine y est totalement interdite depuis la création du parc en 1963. Depuis 2008, une zone de 85 hectares au sud-est de l'île interdit également le mouillage, le débarquement et la plongée.

Sur Porquerolles et son aire marine adjacente, la pêche est autorisée mais encadrée : pas de pêche nocturne, pas de gros leurres, quotas locaux sur certaines espèces. L'arrêté préfectoral en vigueur date de 2019, à consulter sur le site du parc avant toute sortie.

Parc national des Calanques

10 % du territoire marin du parc (soit environ 4 300 hectares) sont classés en zones de non-prélèvement, où toute pêche est interdite, qu'elle soit professionnelle ou de loisir. Ces zones sont repérées sur les cartes officielles du parc : Riou, Devenson, Cap Morgiou notamment. Hors zones de non-prélèvement, la pêche reste autorisée mais soumise au droit commun méditerranéen, plus une réglementation spécifique chasse sous-marine dans la zone cœur.

Le sanctuaire Pelagos

Le sanctuaire Pelagos (accord franco-italo-monégasque, 87 500 km² entre Côte d'Azur, Toscane et Sardaigne) protège les mammifères marins. La pêche de loisir n'y est pas interdite en elle-même, mais l'approche des cétacés à moins de 100 mètres est passible d'amende. En pratique : si vous dérivez et qu'un rorqual ou un grand dauphin arrive, vous coupez le moteur et vous ne suivez pas. Le parc national de Port-Cros coordonne la partie française.

Parc marin international des Bouches de Bonifacio (PMIBB) et réserve naturelle

Le PMIBB associe la réserve naturelle française des Bouches de Bonifacio et le parc national italien de l'archipel de La Maddalena. Côté français, la réserve couvre 80 000 hectares, gérée par l'Office de l'environnement de Corse (OEC).

Les règles pour le plaisancier :

  • Zones de non-prélèvement (1 200 hectares) : toute pêche interdite. Îles Lavezzi en partie, Cerbicale en partie. Plongée en bouteille également interdite dans ces zones.
  • Zones de protection renforcée du plateau des Cerbicale et des Lavezzi : pêche de loisir soumise à autorisation nominative valable jusqu'au 31 décembre de l'année en cours. Demande auprès de l'OEC.
  • Reste du périmètre : pêche autorisée selon le droit commun méditerranéen, avec obligation de déclaration préalable auprès de la mairie de commune côtière pour certaines communes (Bonifacio, Pianottoli-Caldarello notamment).

Tailles spécifiques Méditerranée 2026

Les écarts avec l'Atlantique qui coûtent le plus d'amendes. Chiffres vérifiés sur Légifrance, arrêté ministériel du 26 octobre 2012 consolidé au 9 janvier 2024, puis modifié en janvier 2026.

EspèceTaille mini Atlantique / MancheTaille mini Méditerranée
Bar (Dicentrarchus labrax)42 cm30 cm
Sole (Solea spp.)24 cm20 cm (24 cm depuis consolidation 2024)
Daurade royale (Sparus aurata)23 cm20 cm
Sar commun (Diplodus sargus)non spécifique23 cm
Rouget-barbet (Mullus surmuletus)15 cm11 cm
Langouste rouge (Palinurus elephas)9 cm céphalothorax9 cm céphalothorax
Oursin violet (Paracentrotus lividus)-5 cm diamètre sans les piquants
Corb (Sciaena umbra)-PÊCHE INTERDITE jusqu'en décembre 2033
Mérou brun, royal, blanc, gris-PÊCHE INTERDITE jusqu'en décembre 2033

Le différentiel bar vaut la peine d'être souligné : un pêcheur qui remonte en bateau à Fos un bar de 32 cm est dans les clous ; le même poisson à La Rochelle lui vaut un procès-verbal. Même réflexe pour la sole : une Méditerranée de 22 cm qui finit dans la glacière est juste sous la nouvelle maille consolidée. À mesurer de la pointe du museau, bouche fermée, jusqu'à l'extrémité de la nageoire caudale queue étirée.

Marquage obligatoire dès la remontée à bord pour 28 espèces sensibles (arrêté du 17 mai 2011 consolidé), par ablation de la partie inférieure de la nageoire caudale. En Méditerranée, cela concerne notamment le bar, le pagre, la daurade royale, le denti, la corbine. Oubli de marquage : amende jusqu'à 1 500 euros.

Quotas et fermetures saisonnières

La Méditerranée a moins de fermetures saisonnières stricto sensu que l'Atlantique, mais elle compte plus d'espèces sous quota européen individuel.

Bar en Méditerranée : pas de quota journalier chiffré spécifique façade, mais obligation de marquage et taille à 30 cm. L'Union européenne n'applique pas à la Méditerranée les mesures bar qui s'appliquent aux zones CIEM 4, 6, 7 et 8 (nord 48e parallèle).

Oursin violet : période de pêche ouverte du 1er novembre au 15 avril, sauf prolongation par arrêté préfectoral régional. Quota : 4 douzaines par personne et par jour à pied, 4 douzaines par personne et par jour en plongée en apnée, maximum 48 douzaines par bateau. Attention, les Bouches-du-Rhône et le Var ont leurs propres arrêtés préfectoraux plus restrictifs.

Corail rouge : pêche de loisir totalement interdite depuis 1989 sur l'ensemble du littoral méditerranéen français. Aucune exception.

Poulpe : pas de quota chiffré loisir, mais taille minimale à 750 g en Méditerranée.

Pour l'ensemble des plafonds journaliers nationaux, voir le tableau des quotas plaisance 2026.

Thon rouge : le cas à part

Le thon rouge est la seule espèce qui demande, en Méditerranée comme ailleurs, une autorisation annuelle de pêche (AAP) nominative. Chiffres et dates 2026 vérifiés sur Légifrance (arrêté du 24 mars 2026) et sur la DIRM Méditerranée.

  • Quota France 2026 : 7 833 tonnes (ICCAT, recommandation 24-05), dont 78,3 tonnes réservées à la pêche de loisir.
  • Période relâche (catch & release uniquement) : du 1er juin au 15 novembre 2026.
  • Période capture, détention à bord, débarquement : du vendredi 10 juillet au vendredi 16 octobre 2026.
  • Dépôt des demandes d'AAP 2026 : du mercredi 1er avril au dimanche 31 mai 2026 inclus.
  • Autorité compétente Méditerranée : DIRM MED, Marseille. Pour les plaisanciers d'Occitanie et de PACA, c'est cette direction qui traite les dossiers.

Obligation : une bague numérotée par thon gardé, délivrée avec l'AAP. Un thon sans bague à bord ou au débarquement déclenche une procédure immédiate. La déclaration de capture doit être remontée au plus tard le jour même avant minuit sur la plateforme RECFishing, en plus de la bague physique.

Un mot sur RECFishing : depuis le 12 février 2026, en Méditerranée, trois espèces dites sensibles doivent être déclarées le jour de la capture avant 23 h 59 : thon rouge (Thunnus thynnus), pagre commun (Pagrus pagrus) et coryphène (Coryphaena hippurus). L'enregistrement préalable sur la plateforme est obligatoire pour tout pêcheur de loisir de 16 ans et plus ciblant ces espèces, à faire au plus tard la veille de la sortie. Le ministère a annoncé une année 2026 pédagogique : pas d'amendes systématiques la première année, mais sanctions pour récidive.

Sanctions : combien ça coûte vraiment

L'arsenal répressif est large et les montants grimpent vite. Chiffres issus du Code rural et de la pêche maritime (articles L945-1 à L945-4-2) et des barèmes appliqués par les affaires maritimes en 2025.

  • Pêche d'une espèce sous moratoire (mérou, corb) : jusqu'à 22 500 euros d'amende, confiscation du matériel et du poisson, retrait possible du permis bateau. Ce n'est pas un affichage dissuasif, c'est le plafond réel.
  • Taille non respectée : contravention de 4e classe, amende forfaitaire 135 euros, majorée 375 euros si non-règlement, jusqu'à 750 euros devant le tribunal de police par infraction.
  • Absence de marquage sur espèce sensible : 1 500 euros par infraction.
  • Pêche dans une zone de non-prélèvement (Calanques, PMIBB, Port-Cros) : amende jusqu'à 1 500 euros, confiscation du matériel, et si chasse sous-marine, retrait possible de la licence fédérale FFPSA.
  • Vente de la capture (formellement interdite en loisir) : jusqu'à 22 500 euros et 6 mois d'emprisonnement, plus confiscation du bateau selon l'appréciation du tribunal.
  • Non-déclaration RECFishing en récidive : montant non encore publié, renvoi au décret à venir, l'arrêté parle d'un régime de contravention à préciser.

Les contrôles sont menés par les affaires maritimes, la gendarmerie maritime, l'OFB (Office français de la biodiversité) et, dans les parcs nationaux, par les gardes-moniteurs assermentés. Un contrôle en mer peut inclure pesée, mesure, vérification des bagues thon, inspection du coffre et du vivier. Les ports de Saint-Tropez, Cogolin, Cannes, La Ciotat, Marseille Vieux-Port, Port Vauban et Porto-Vecchio voient régulièrement ces contrôles en juillet-août. Mieux vaut sortir avec un petit pied à coulisse (12 euros) et les PDF des arrêtés préfectoraux sur le téléphone que de discuter avec un inspecteur, ancre en l'air, en plein mois d'août.

Sources

  • Arrêté ministériel du 26 octobre 2012 consolidé, tailles minimales de capture, Légifrance (JORF n° 0252).
  • Arrêté R20-2023-12-20-00003 du 20 décembre 2023, direction de la mer et du littoral de Corse, reconduction du moratoire sur le corb pour 10 ans.
  • Arrêté du 24 mars 2026, conditions de la pêche de loisir du thon rouge 2026, Légifrance JORFTEXT000053717021.
  • Avis relatif aux demandes d'AAP thon rouge 2026, DIRM MED, publié sur Légifrance JORFTEXT000053714867.
  • Réglementation en mer, Parc national de Port-Cros et Porquerolles, portcros-parcnational.fr, mars 2026.
  • Réglementation en mer du Parc national des Calanques, calanques-parcnational.fr, mars 2026.
  • Réglementation PMIBB, Office de l'environnement de Corse, oec.corsica, mise à jour janvier 2026.
  • Code rural et de la pêche maritime, sanctions, articles L945-1 à L945-4-2, Légifrance.
  • FFPSA, communiqué du 10 janvier 2026 sur l'enregistrement RECFishing.