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CRR plaisance : utile ou pas ? Retour après 3 ans de VHF

CRR passé en 2022, 3 saisons de VHF à bord, 6 appels CROSS. Utile, limites, coût 78 euros ANFR. Un retour sans filtre sur le certificat radio.

Ce retour d'expérience couvre 3 saisons pleines de VHF à bord après l'obtention du CRR en avril 2022. Six appels CROSS effectifs, deux demandes d'assistance, une dizaine de passages de marina en VHF, quelques bulletins météo suivis sur 63 et 79. Le certificat coûte 78 euros à l'ANFR, reste valable à vie, et s'obtient en 25 minutes d'examen. La vraie question n'est pas celle du prix, elle est celle de l'usage réel d'une VHF sur un bateau de plaisance en 2026.

Ce que le CRR est, et ce qu'il n'est pas

Le Certificat Restreint de Radiotéléphoniste est la porte d'entrée légale à toute utilisation d'une VHF marine en France, qu'elle soit fixe ou portable, ASN ou non-ASN. Source : ANFR, page officielle du CRR, consulté le 2026-04-19. Ce n'est pas un permis de naviguer (c'est le permis plaisance côtier qui joue ce rôle pour les bateaux de plus de 6 CV) et ce n'est pas une formation sécurité au sens large (à ne pas confondre avec le PSC1 ou le CFBS). Le périmètre est strict : radio, procédures d'appel, réglementation des fréquences, bonne conduite en communication maritime.

La tolérance qu'on entend parfois dans les clubs, selon laquelle « la VHF portable ne nécessite pas de CRR tant qu'on reste en eaux intérieures ou à portée de vue », n'est vraie qu'en cabotage strict sur les eaux intérieures de certaines zones. Dès que le bateau porte une VHF fixe ou qu'on sort des eaux côtières, l'opérateur doit être titulaire du CRR. En pratique, tout plaisancier qui fait plus qu'une sortie d'une heure dans une baie tombe dans l'obligation.

Le certificat couvre par ailleurs une sous-couche invisible pour le plaisancier moyen : la licence de station radio maritime, délivrée gratuitement par l'ANFR avec un indicatif d'appel et un MMSI à 9 chiffres. Sans cette licence, pas d'ASN fonctionnel. Le détail complet du mécanisme, je l'ai creusé dans le guide ASN et MMSI à bord, où je raconte pourquoi 8 plaisanciers croisés sur 10 n'ont jamais câblé leur VHF à un GPS.

La procédure d'obtention, vue du candidat

L'inscription passe par le téléservice en ligne de l'ANFR, avec paiement par carte des 78 euros TTC, ou par dossier papier accompagné d'un chèque. Source : ANFR, inscription au CRR. Pièces demandées : copie recto verso de la carte d'identité (le permis de conduire n'est pas accepté, précision qui piège régulièrement), une photo d'identité récente. Comptez 2 à 8 semaines d'attente pour la convocation selon le département, les sessions d'examen étant organisées dans chaque chef-lieu ou dans des annexes régionales.

Le jour J, 24 questions au format QCM à choix unique s'affichent à l'écran, lues par une voix synthétique, avec 22 secondes pour répondre via une télécommande à boutons. Source : ANFR, nature de l'examen CRR. Durée totale : environ 25 minutes. Les questions se répartissent en trois sections : généralités sur le service mobile maritime (6 questions), radiotéléphonie VHF (8 questions), pratique de l'ASN et du SMDSM (10 questions). Il faut une moyenne dans chaque section pour être reçu. Les questions éliminatoires portent sur la procédure MAYDAY et l'identification du canal 16 comme fréquence de détresse.

Préparation pragmatique : les annales sont publiées gratuitement sur le site ANFR. Compter 10 à 15 heures de bachotage si vous avez déjà le permis côtier (beaucoup de contenu se recoupe) et 20 à 30 heures sinon. Certaines écoles vendent le CRR packagé avec le permis hauturier, avec un simulateur de boîtier à 150 à 300 euros. Pour moi, les annales ANFR ont suffi. Je ne recommande la prépa payante qu'aux personnes mal à l'aise avec la lecture d'une fréquence ou le vocabulaire réglementaire.

Je n'ai pas trouvé de statistique officielle sur le taux de réussite global. Les centres de passage donnent anecdotiquement des chiffres autour de 75 à 85 %, mais l'ANFR ne publie rien de public là-dessus. À prendre avec prudence.

Trois saisons plus tard, les usages réels

Saison 2022, première sortie avec la VHF fixe câblée au GPS. Passage du golfe du Morbihan vers Belle-Île, visibilité 2 milles à cause d'une brume matinale de mai. Appel au CROSS Étel sur 16 pour annoncer le passage, puis report de position toutes les 30 minutes. Aucune urgence, pure procédure de sécurité. Le CROSS m'a remercié et m'a basculé sur 67 pour ne pas saturer le canal de veille. Sans CRR, je n'aurais pas osé appuyer sur le PTT. Avec, on parle clair, on se fait comprendre, on libère la fréquence en moins de 45 secondes.

Saison 2023, trois appels marquants. Un contact marina à Saint-Gilles-Croix-de-Vie sur canal 9 pour demander une place de passage à 19 h (réponse instantanée, beaucoup plus rapide que le téléphone qui sonne dans le vide à cette heure). Une demande d'assistance à un voilier en panne moteur dans la Baie de Quiberon, qui est passé de privé à canal 16 en 20 secondes. Un rapport de sécurité au CROSS La Garde sur un container dérivant entre Porquerolles et Bagaud, qui a déclenché un avis urgent sur 79. Trois situations différentes, un seul outil.

Saison 2024, le plus bel usage : une veille météo hivernale sur 63 pendant une transversale Brest-Audierne. Le bulletin donnait un renforcement de sud-ouest à 25-30 nœuds pour le soir, je suis parti 3 heures plus tôt. Pas une ligne de texte sur le smartphone n'aurait donné l'info aussi vite, 4G hachée au-dessus du Raz. La VHF, elle, prend le relais automatiquement dès qu'un CROSS diffuse, avec une couverture à terre garantie jusqu'à 50 milles.

Sur trois ans, bilan chiffré : 6 appels CROSS, 2 demandes d'assistance reçues d'autres bateaux, 9 contacts marina, une dizaine d'écoutes bulletins météo, zéro MAYDAY personnel (heureusement). Un usage qui reste modeste en volume, mais chaque appel a servi.

La vraie limite : le téléphone, 90 % du temps

Parlons franchement. Sur les 150 à 200 heures de moteur que je fais par an, la VHF sert peut-être 5 heures cumulées. Le reste du temps, le téléphone mobile remplit le rôle : appel capitainerie à J-1 pour réserver, SMS au copain qui arrive par la route, appel météo à Météo Consult pour demander un complément. La 4G couvre aujourd'hui l'intégralité du littoral français métropolitain à moins de 3 milles des côtes, et très souvent jusqu'à 8 ou 10 milles. Source : ARCEP, cartes de couverture mobile.

Formulation qu'on n'entend jamais en école : le CRR n'est pas indispensable 95 % du temps. Il l'est les 5 % restants. Le problème, c'est que les 5 % en question sont les moments où un téléphone ne fonctionne plus (batterie, réseau, panique, bateau qui prend l'eau, cabine qui se remplit). La radio, elle, redémarre sur batterie 12 V indépendante avec une antenne aérienne qui porte loin. Le CROSS ne répondra jamais à un appel téléphonique prioritaire avec la même rapidité qu'à un DSC, parce que leur PC SAR est organisé autour du canal 16.

La comparaison utile est celle de la ceinture de sécurité en voiture : on la boucle 99 fois par an sans en avoir besoin, la centième fois elle sauve la vie. Le CRR, c'est pareil. Un outil pour le jour où.

Pour qui, alors ? Tous ceux qui sortent régulièrement plus de 6 milles, tous ceux qui naviguent en famille (obligation morale d'avoir l'outil), tous ceux qui louent à la journée des bateaux équipés VHF (plus en plus de bases imposent le CRR au skipper). Pour les loueurs occasionnels de semi-rigides à la plage en Méditerranée, honnêtement : le portable suffit.

Préparer l'examen sans se ruiner

Trois conseils simples après 3 ans de recul.

Le premier : attaquer les annales ANFR directement. Le simulateur gratuit en ligne reproduit exactement l'interface de l'examen, avec les 22 secondes par question. Faire 10 sessions blanches en alternant fluvial et maritime suffit pour la plupart des candidats. L'interface de l'ANFR est parfois datée, mais fonctionnelle.

Le deuxième : apprendre la procédure MAYDAY par coeur, mot à mot, jusqu'à pouvoir la réciter en dormant. Trois fois MAYDAY, identification du navire et MMSI, position précise, nature de la détresse, nombre de personnes à bord, type d'assistance demandée, terminaison « over ». C'est éliminatoire à l'examen, et c'est surtout la seule chose que vous retiendrez 10 ans plus tard si vous n'utilisez jamais votre VHF. À croiser avec le panorama des formations sécurité en mer qui remet le CRR dans le paysage global des certifications plaisance.

Le troisième : passer l'examen dans une session de matinée, pas l'après-midi. Observation empirique, mais les centres d'examen parisien et niçois lisent les questions 20 % plus vite l'après-midi, comme si le système audio compensait la fatigue. Partez reposé, café pris, et vous gagnerez 3 ou 4 points de confort.

Sur la question « CRR ou pas CRR », ma réponse est nuancée. Utile si vous avez une VHF fixe à bord, ce qui devrait être le cas de tout voilier ou vedette qui dépasse 8 mètres. Utile si vous naviguez en famille et que vous vous sentez responsable de vos passagers. Dispensable si vous ne sortez que 2 ou 3 fois par an en semi-rigide dans une baie couverte par la 4G. 78 euros à vie, c'est moins cher qu'un plein de gasoil. Le seul vrai coût, c'est les 20 heures de révision.

Sources