Résumé
Quatre saisons de cabotage entre Houat et Hoëdic m'ont fait passer 38 nuits au mouillage sur ces deux îles du Morbihan. Voici cinq mouillages que je connais bien : Tréac'h er Goured et Tréac'h Salus à Houat, Port Saint-Gildas (côté nord), et le Port de l'Argol et le mouillage de Portz Guen à Hoëdic. Profondeurs, fonds, protection, et ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant d'y aller la première fois.
Pourquoi Houat et Hoëdic plutôt que Belle-Île
Belle-Île est l'évidence. Le Palais, Sauzon, Port-Coton, c'est l'image que le grand public a de la Bretagne Sud. J'y vais aussi. Mais quand je veux mes nuits silencieuses, eau turquoise et 30 % de bateaux en moins, je traverse 8 milles de plus et je vais aux deux petites soeurs.
Houat fait 5 km de long, Hoëdic 2,5. Ensemble, elles abritent moins de 700 habitants en hiver. La fréquentation plaisance reste sensible en juillet-août, mais l'échelle reste humaine : on peut faire à pied tout Hoëdic en 1h30, et tout Houat en 3h. C'est pour ça que j'y reviens depuis 2021.
J'ai un Maxi 1300 (Beneteau, 13 mètres, 1,90 m de tirant d'eau, déplacement 8,2 t). Je vais essentiellement à 2 ou en équipage de 4. Toutes les nuits comptabilisées ci-dessous se sont passées entre mai et septembre.
1. Tréac'h er Goured (Houat, sud-est) : ma préférence
C'est la grande plage de l'île, 1,2 km de sable blanc plein sud-est. Le mouillage se fait à 250-400 mètres du bord, fond de sable fin sur 4 à 7 mètres à basse mer. Profondeur très régulière, pas de roche subaffleurante dans la zone d'accueil.
Protection. Excellente par vent de nord à ouest, correcte par vent d'est. Inadapté par sud à sud-est : la houle entre directement, et au-delà de 12 nœuds établi, on dort mal.
Tenue de l'ancre. Excellente. Sable blanc qui accroche au premier jet. J'utilise une Spade S100 et 30 m de chaîne, jamais dérapé en 14 nuits sur ce mouillage.
Vie à bord. Plage à 200 mètres en annexe, accès au sentier côtier qui mène en 25 minutes au bourg. Eau cristalline en été. C'est aussi le mouillage le plus fréquenté de Houat en juillet-août : compter 60 à 90 bateaux les week-ends d'août. Arriver avant 14h pour une bonne place.
Anecdote. Première fois en 2021, je suis arrivée à 19h en pleine vague de chaleur. Pas une place sous 6 mètres dans la zone centrale. J'ai mis 40 minutes à trouver une bordure correcte. Depuis, j'arrive systématiquement à 13h le vendredi en haute saison.
2. Tréac'h Salus (Houat, sud-ouest) : le complément naturel
À 1 mille à l'ouest de Tréac'h er Goured, plage plus petite et moins fréquentée. Fond de sable mêlé d'algues à 3 à 5 mètres à basse mer. Quelques roches subaffleurantes en bordure ouest, signalées sur la carte SHOM 7032 mais à respecter strictement.
Protection. Bonne par nord à nord-est. Faible par ouest et sud-ouest : la houle entre franchement.
Tenue de l'ancre. Bonne. Sable porteur, mais attention aux herbiers de zostères dans certaines zones. Je vise le sable blanc visible et j'évite les taches sombres.
Vie à bord. Moins de bateaux qu'à Tréac'h er Goured (typiquement 25 à 50 bateaux les week-ends d'août). Plage agréable, sentier côtier qui rejoint le bourg en 30 minutes. C'est ici que j'ai eu mes meilleures soirées, lumière du soir sur la pointe ouest.
3. Port Saint-Gildas (Houat, nord) : pour les nuits agitées
Petit port de plaisance et de pêche au nord de l'île, capacité d'accueil réduite (environ 80 places dont une vingtaine pour les passagers). Profondeur 1,5 à 3 mètres dans la zone d'accueil, plus de 4 mètres sur les bouées extérieures.
Protection. La meilleure de Houat par vent de sud à sud-est, conditions où les mouillages des plages deviennent inconfortables.
Tarifs 2025-2026. 24 euros la nuit pour un 11-13 m. Eau et électricité disponibles, sanitaires propres et corrects.
Vie à bord. Bourg à 5 minutes à pied, marché le matin, deux restaurants ouverts en saison. Vie de port très calme, ambiance pêcheurs. Réservation utile en juillet-août via le 02 97 30 67 04 (capitainerie).
C'est mon plan B systématique quand le vent de sud-est est annoncé fort. J'y suis allée quatre nuits en 2024 dans cette configuration, jamais déçue.
4. Port de l'Argol (Hoëdic, nord) : le port de l'île
Le seul port d'Hoëdic, sur la côte nord, dans l'échancrure entre la pointe du Vieux-Château et la pointe Beg Lagad. Une trentaine de corps-morts visiteurs, plus quelques places le long du môle. Réservé aux bateaux de moins de 14 mètres et 2 mètres de tirant d'eau : mon Maxi 1300 (13 m, 1,90 m) passe, mais tout juste sur la quille.
Protection. Correcte par vent d'ouest à sud, l'île coupe la mer. Le piège, c'est la nuit : si le vent bascule au nord-est, le port se met à ressacer et à rouler, et ça devient vite inconfortable, voire dur pour les amarres. Par nord-est établi, je n'y reste pas, je vais chercher l'abri ailleurs.
Services. Eau au ponton, débarcadère des vedettes à côté. Tarif de port classique pour la baie, réservation utile en juillet-août. C'est l'escale ravitaillement d'Hoëdic, celle où je refais le plein d'eau et de pain avant de repartir au mouillage.
Vie à bord. On débarque au coeur du bourg : épicerie, boulangerie, deux restaurants en saison, le fort et le tumulus à deux pas. Ambiance village, très calme dès que les vedettes du soir sont reparties.
5. Portz Guen (Hoëdic, ouest) : mon abri quand le vent vient d'est
Mouillage forain sur la côte ouest d'Hoëdic, juste au sud de la pointe du Vieux-Château, face à une petite plage de sable blanc. C'est là que je vais quand le vent s'installe au secteur nord-est à sud-est : l'île fait écran, et on trouve un plan d'eau bien plus tenable que dans le port de l'Argol ou sur les plages du sud.
Protection. Bonne par vent de nord-est à sud-est, c'est toute sa raison d'être. Mais que les choses soient claires : ce n'est pas un bassin fermé ni un port-abri, c'est un mouillage forain ouvert sur l'ouest. Dès que le vent bascule à l'ouest, il faut partir.
Tenue de l'ancre. Bonne sur sable clair. J'évite d'approcher trop près du bord : la plage descend en pente douce et on talonne vite à basse mer. Je mouille en laissant de la marge d'eau sous la quille et je surveille le coefficient.
Le bémol. Portz Guen roule, même par temps calme, à cause des courants de marée qui contournent l'île. Certaines nuits d'étale sont paisibles, d'autres bercent plus qu'on ne voudrait. C'est le prix à payer pour rester à Hoëdic quand l'est souffle plutôt que de tout traverser.
Vie à bord. Eau limpide sur le sable, j'y ai vu passer des bancs de mulets et de petits pageots sous la coque, si nette qu'on les suit du pont. Sentier littoral vers le bourg en une vingtaine de minutes. Pas de services : on vient ici pour l'abri de fortune et le calme, pas pour le confort.
Trois conseils que j'aurais aimé avoir
Un. Toujours regarder le coefficient de marée avant de choisir le mouillage. À Tréac'h er Goured, sortir l'annexe à basse mer en vive-eau implique 250 mètres de sable supplémentaires à pied, et la marée monte vite : 1,8 m d'eau en 2 heures.
Deux. Le passage de la Teignouse (entre Quiberon et Houat) demande de la rigueur. Étale ou coefficient sous 70, c'est ma règle. En vive-eau pleine et vent contre courant, je connais des skippers expérimentés qui ont eu peur. Si la météo n'est pas claire, je passe par le sud (passage des Soeurs) ou j'attends.
Trois. La fréquentation change radicalement entre semaine et week-end en haute saison. Vendredi 14h à dimanche 14h, c'est dense. Du dimanche soir au jeudi, c'est beaucoup plus tranquille. Si vous avez la flexibilité, calez les escales en milieu de semaine.
Le coût d'une semaine sur place
À titre indicatif, sept jours à deux personnes, 14 nuits sur l'eau dont 3 au port et 11 au mouillage en mai 2024 :
- Carburant : 75 euros (peu utilisé, vent au rendez-vous)
- Place de port (Saint-Gildas, Argol, Le Palais une nuit) : 96 euros
- Avitaillement (boulangerie, marché, restaurants) : 240 euros par personne
- Activités terre : 0 euro (randonnée, baignade, pas de location)
Total environ 410 euros par personne, hors poste bateau (assurance, port d'attache, entretien). C'est le rapport plaisir-prix le plus favorable que je connaisse en Bretagne Sud.
En somme
Houat et Hoëdic restent à mon avis les deux îles les plus complètes du sud-Morbihan. Vrai sentiment d'éloignement, qualité d'eau exceptionnelle, mouillages variés, services ponctuels. Pour un cabotage de 4 à 7 jours depuis La Trinité, le Crouesty ou Port-Haliguen, c'est un classique qui mérite encore qu'on en parle.
Je sauvegarde mes mouillages sur BoatMap.


