Le résumé factuel
Le permis plaisance français (option côtière ou extension hauturière) est accepté dans l'essentiel des pays de l'UE qui encadrent la location, mais avec des nuances qui peuvent coûter un week-end d'acompte si vous vous pointez sans les bons papiers. L'ICC (International Certificate of Competence) n'est pas obligatoire, il est recommandé en Grèce et en Croatie parce qu'il évite les discussions au comptoir du loueur. Pour un voilier de moins de 10 mètres, la France ne délivre pas de permis voile, et plusieurs administrations étrangères le savent : on compense avec une attestation de l'école, un logbook, ou un ICC mention sail.
Pourquoi cette FAQ, et pour qui
Cet article répond aux questions que je vois revenir chaque printemps sur les forums et dans les messageries BoatMap. Je l'ai pensé pour le plaisancier français qui loue un voilier ou un semi-rigide à l'étranger pour 7 à 14 jours, pas pour le skipper commercial ou le propriétaire qui convoie son propre bateau sous pavillon FR (les règles fiscales et douanières changent, ce n'est pas le même sujet).
Le cadre est mouvant : certains États ont durci depuis 2023 (la Croatie notamment), d'autres ferment les yeux sur les écarts de catégories. Avant d'embarquer, vous confirmez auprès du loueur et de la capitainerie. Ce que vous lisez ici, c'est la ligne de base, pas la règle gravée.
C'est quoi l'ICC, déjà ?
L'ICC (International Certificate of Competence) est un document de l'ONU, résolution 40 de l'UNECE de 1998, qui sert de traduction standardisée des permis nationaux. Il n'existe pas comme diplôme à part : on l'obtient sur la base d'un permis national déjà détenu, avec mention moteur (Power), voile (Sail), et/ou eaux intérieures (Inland, via le CEVNI).
La France ne délivre pas l'ICC en tant que tel. Les Français qui en veulent un passent par la RYA britannique, par l'International Yacht Training (IYT) ou par des écoles agréées qui préparent un test pratique de 3 à 4 heures. Comptez 180 à 350 euros en 2025 selon l'école et l'adhésion associative. Il est valable 5 ans en général.
Concrètement, l'ICC ne vous « autorise » pas mieux que votre permis français dans les pays UE. Il simplifie la vie quand l'agent du loueur découvre un document écrit uniquement en français avec des rubriques qu'il n'identifie pas. À Corfou, au comptoir de 9h le samedi matin, 150 dossiers à traiter, c'est souvent la différence entre 15 minutes et 2 heures de parlotte.
Italie : ce que la loi dit, ce qui se passe vraiment
L'Italie est le pays le plus souple des 5 pour un Français. La patente nautica italienne n'est obligatoire que dans trois cas cumulables, selon le Codice della nautica da diporto :
- bateau à moteur de plus de 30 kW (soit 40,8 CV)
- cylindrée supérieure à 750 cm³ (2 temps) ou 1000 cm³ (4 temps hors-bord)
- navigation à plus de 6 milles de la côte
Source : Ministero delle infrastrutture e dei trasporti. En dessous de ces seuils, vous louez sans permis du tout, français ou pas. C'est pour ça que la flottille de petits open de 6-7 mètres à 40 CV prospère dans chaque crique sarde : pas de paperasse, pas de skipper.
Au-dessus des seuils, votre permis côtier français est accepté comme équivalent de la patente entro le 12 miglia, et l'extension hauturière comme équivalente sans limite de distance. À retenir pour les loueurs : ils demandent l'original plastifié, pas une photocopie. J'ai vu un couple se faire refuser le bateau à Olbia en août 2024 parce qu'ils n'avaient qu'un scan sur téléphone. Négociation impossible, bateau reparti sur une autre réservation.
Pour un voilier de moins de 10 mètres sans moteur puissant : pas de permis demandé légalement. Certains charters de voile sérieux, eux, exigent quand même un logbook prouvant 200 ou 500 milles de navigation, et un CV skipper. Ce n'est pas un papier officiel, c'est leur police d'assurance qui l'impose. Lisez bien vos conditions de location.
Espagne : le cas PER et PNB
L'Espagne découpe ses permis en quatre niveaux, dont deux concernent 90% des locations touristiques :
- PNB (Patrón de Navegación Básica) : jusqu'à 5 milles d'un abri, bateaux à moteur ≤ 8 m, voiliers ≤ 9 m
- PER (Patrón de Embarcación de Recreo) : jusqu'à 12 milles, bateaux ≤ 15 m (extensible 24 m avec pratique)
Côté équivalences, l'administration espagnole reconnaît le permis côtier français comme équivalent PNB moteur, et l'extension hauturière comme équivalente PER moteur. Source : guide Nautal mis à jour en 2025, confirmé par plusieurs retours sur le forum Hisse et Oh de skippers qui louent régulièrement aux Baléares.
Le piège qui revient souvent : l'Espagne impose un permis pour conduire un voilier de plus de 5 mètres en mer, alors que la France n'en délivre pas. En théorie, cela bloque un plaisancier français titulaire d'un seul permis côtier moteur qui veut louer un voilier de 8 mètres à Majorque. En pratique, les loueurs espagnols et internationaux (Click&Boat, Samboat, Dream Yacht) acceptent le côtier français pour un voilier de taille modeste, surtout si vous montrez une attestation de pratique d'une école de voile FFV.
Pour un voilier de plus de 12 mètres ou une sortie au-delà de 12 milles, l'administration maritime peut pointer l'écart si elle contrôle. Ça reste rare en pratique, fréquent en théorie. Si vous louez un gros cata aux Baléares avec l'idée d'aller à Formentera, l'ICC mention sail vous couvre mieux qu'une discussion en espagnol maritime.
Grèce : le piège du « sailing »
La Grèce est le pays où j'ai vu le plus de locataires se faire jeter au comptoir. La raison : depuis 2016, les autorités grecques (ministère de la Marine marchande) exigent que le skipper d'un voilier de location ait une qualification explicitement marquée voile, traduite en anglais par le mot « sailing ». Pas « plaisance », pas « pleasure », pas « recreational ». Sailing.
Le permis plaisance français, même avec extension hauturière, ne contient pas cette mention. Le document officiel s'appelle « titre de conduite en mer des navires de plaisance à moteur ». Le mot moteur est dedans, le mot voile non. Les loueurs les plus stricts refusent le bateau, les plus souples demandent une attestation complémentaire.
Deux solutions qui marchent en 2025 :
- ICC mention sail délivré par une école RYA ou IYT. Document clair en anglais, mention explicite « Sail ». C'est la voie royale.
- Attestation d'une école de voile française (FFV ou école agréée) sur papier à en-tête, traduite en anglais, prouvant un niveau équivalent au skipper côtier ou au monitorat initiateur voile.
Autre règle grecque souvent ignorée : le skipper doit être accompagné à bord d'un co-skipper majeur, attestant d'un niveau « compétent ». En pratique, les loueurs demandent un second CV de navigation, pas forcément un diplôme. Source : conditions publiées par Sunsail Grèce, croisées avec les retours du forum Hisse et Oh de 2024 et 2025.
La Grèce, c'est le pays où l'ICC se rentabilise en une seule location. Si votre programme de 2-3 ans inclut une Grèce et une Croatie, calculez : 250 euros d'ICC contre les frais de skipper obligatoire qu'on vous facturera sinon (1 200 à 2 000 euros la semaine).
Croatie : la vignette, le CRR et le reste
La Croatie a durci ses contrôles entre 2019 et 2024. Au moins une personne à bord doit détenir :
- un permis de navigation reconnu (le côtier français suffit pour la zone côtière)
- un certificat restreint de radiotéléphoniste (CRR en France, SRC en anglais) pour utiliser la VHF
Le CRR est un examen français distinct du permis plaisance, délivré par l'ANFR (Agence nationale des fréquences), coût 78 euros en 2025. Source : service-public.fr. La Croatie le vérifie de plus en plus systématiquement, surtout après l'incident de 2018 où un voilier français avait bloqué le canal 16 pendant 3 heures par manœuvre VHF hasardeuse.
L'amende pour absence de CRR à bord tourne autour de 100 à 200 euros selon l'inspecteur, avec une tolérance variable. Les loueurs de Split, Trogir et Sibenik demandent désormais la photocopie avant remise des clés. J'ai raconté par ailleurs comment se former en navigation en autonomie : le CRR fait partie du bagage minimum pour partir hors France.
Détail qui pique : la Croatie vous demande aussi une vignette de navigation (vinjeta) payante même pour un bateau de location, à régler par le loueur normalement, mais à vérifier dans vos documents de bord.
Portugal : le plus simple du lot
Au Portugal, les permis skipper délivrés par les pays UE sont automatiquement reconnus. Votre côtier français vous donne accès à la navigation jusqu'à 6 milles, votre hauturier jusqu'à 25 milles de la côte, sans démarche supplémentaire.
Pour un voilier, même règle qu'ailleurs : pas de permis voile français, mais la pratique des loueurs portugais (Lagos, Portimão, Algarve) est alignée sur celle du reste de la Méditerranée, ils acceptent le côtier assorti d'un CV de navigation. Les catamarans 12-14 mètres partent rarement à la location sans ICC mention sail ou équivalent RYA.
Au Portugal, l'enjeu pratique est moins le permis que la météo : Atlantique, houle, vents thermiques forts l'après-midi entre avril et septembre. Le papier ne remplacera jamais les milles parcourus.
Louer avec skipper : quand et pourquoi
Si votre permis ne colle pas à la destination ou que vous ne voulez pas gérer les papiers, louer avec skipper professionnel est une option sérieuse. Le skipper fournit son brevet (STCW le plus souvent), il est responsable du bateau, et vous naviguez passager actif. Comptez 150 à 250 euros par jour en Méditerranée, plus les repas à bord, à ajouter au coût de la location.
J'ai détaillé dans un autre article comment trouver un skipper pour votre croisière : plateformes, Nautal et Skippair, tarifs saisonniers, questions à poser avant de s'engager. C'est une vraie alternative pour une famille qui veut profiter sans passer 3 jours en formation VHF.
La liste des documents à glisser dans la trousse
Avant de partir en location à l'étranger, voici ce que je sors du classeur et photocopie en double :
- permis plaisance original plastifié (côtier + hauturier si vous l'avez)
- CRR si vous avez la VHF à utiliser (obligatoire en Croatie, recommandé partout)
- ICC si vous l'avez, avec mention Sail pour la voile
- attestation de l'école de voile en anglais si pas d'ICC, pour la Grèce et l'Espagne voile
- logbook ou CV de navigation (dates, bateaux, milles) pour les chartes exigeantes
- passeport ou carte d'identité valide
- permis de conduire routier (demandé parfois pour la caution)
- preuve d'assurance personnelle ou attestation de rachat de franchise
- coordonnées de la capitainerie locale et du consulat FR
- numéro du loueur en cas de pépin en dehors des horaires de bureau
Une version PDF sur le téléphone ne remplace pas l'original, mais elle sauve la mise quand vous avez oublié un document au gîte.
Sources
- ICC sur Wikipedia (anglais), base UNECE résolution 40
- Ministero delle infrastrutture e dei trasporti, patente nautica
- Nautal, guide équivalences permis 2025
- GlobeSailor, réglementation permis par pays 2025
- Filovent, permis Croatie
- Sunsail, qualifications location voilier Grèce
- Forum Hisse et Oh, fils 2024-2025 sur Espagne et Grèce
