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Mon extension hauturière : 3 soirées, 1 question aléatoire, ce qu'il faut savoir

3 soirées de cours, 180 euros, 1h30 d'examen, 1 QCM piège sur la VHF. Retour honnête d'un chef de projet IT qui a passé l'extension hauturière en 2024.

Trois soirées de cours. Un examen d'une heure et demie. Un timbre fiscal à 38 euros. Une carte marine, une règle Cras, un compas à pointe sèche, une calculatrice non programmable. Voilà la totalité du parcours administratif de l'extension hauturière du permis plaisance côtier, tel que je l'ai vécu à La Rochelle en juin 2024. Ce qui ne rentre pas dans ce résumé, c'est le vrai sujet de l'article : ce qui se passe entre le moment où on s'inscrit et le moment où on pose sa règle sur la carte, et ce qu'on y apprend vraiment.

Pourquoi j'ai voulu passer l'extension

Le permis côtier, je l'ai eu en 2023, trois mois après avoir signé l'acte d'achat de mon First 25 aux Minimes. Je venais de la finance et de l'IT, zéro culture marine, zéro famille nautique. J'ai pris la formation en école classique à La Rochelle, payé 420 euros avec la pratique, et je me suis retrouvé avec un titre qui m'autorisait à naviguer jusqu'à 6 milles d'un abri.

Sur la carte, 6 milles, ça paraît beaucoup. Sur l'eau, aux Minimes, ça vous mène à l'île de Ré côté sud (Saint-Martin), ou au Pertuis d'Antioche, ou à la pointe ouest d'Oléron en forçant un peu. C'est déjà un beau terrain de jeu. Mais pour les Glénan, qui est mon objectif à deux saisons, j'avais besoin de sortir de cette limite. Surtout, j'avais surtout besoin de savoir lire une carte marine, ce que le permis côtier n'apprend quasiment pas.

J'ai appelé la même école en janvier 2024. Ils proposaient une extension hauturière en cours du soir, 3 séances de 3 heures sur trois semaines, le mardi. 180 euros. J'ai dit oui le jour même.

Point intéressant que j'ai appris après coup : la formation hauturière ne comporte aucune partie pratique. Ni en mer, ni sur simulateur. C'est 100 % théorique, et l'examen lui-même se passe assis sur une chaise, devant une carte en papier. Source : ministère de la Mer, page officielle du permis plaisance, consulté le 2026-04-19. C'est peut-être le seul permis français où on ne vous demande rien d'autre que savoir tracer un trait droit et calculer une marée. Ça a son revers, j'y reviens.

Premier soir : la règle Cras, le cours de dessin

20h15, un mardi de février, salle de cours au-dessus d'un bar du port. Neuf candidats, huit hommes, une femme, moyenne d'âge 45 ans à vue de nez. Le formateur déballe son kit sur la table : règle Cras, compas à pointe sèche, carte SHOM 9999. Il dit une phrase que j'ai notée sur mon carnet : "Si vous savez utiliser ces trois objets, vous avez l'examen. C'est de la géométrie de CM2, pas de la trigonométrie."

Il a raison, mais pas tout à fait. Les deux premières heures, on fait des relèvements. Prendre un amer sur la carte, tracer un cap vrai au nord géographique, le convertir en cap compas en tenant compte de la déclinaison magnétique et de la déviation propre au compas du bateau. Le vocabulaire fait peur : route fond, route surface, cap vrai, cap compas, variation, dérive. En pratique, c'est une addition et une soustraction à plusieurs étages.

Ce qui pique, ce n'est pas la théorie. C'est la manipulation de la règle Cras. Cet outil en plastique rose bicolore, dessiné par le commandant Cras en 1945, suit une logique qui n'est pas intuitive pour quelqu'un qui n'a jamais tenu un rapporteur autrement qu'au collège. Je passe trente minutes à coincer la règle dans le mauvais sens, à lire les degrés à l'envers, à recommencer mes traits parce que le cap que je lis fait 180 degrés d'écart avec la réalité. Le formateur ne m'engueule pas, il dit : "Tu verras, au troisième cours, tu le fais sans y penser." C'était vrai.

Détail que j'ai apprécié : on est autorisé à utiliser la règle Cras bicolore (rouge et noir, "Cras Marine Hauturier", ex Cras 2000) pour la lire plus vite. Source : Picksea, pack examen hauturier, consulté le 2026-04-19. Compter 28 à 35 euros pour le modèle courant, 15 euros en occasion sur Le Bon Coin. Je suis parti sur l'occasion, je n'ai jamais regretté.

À la fin de la première soirée, j'ai tracé correctement trois relèvements, raté deux conversions, et compris pourquoi le formateur parle de géométrie de CM2 : c'est pas faux, mais il faut la rouille de dix ans pour recoller les bons gestes.

Deuxième soir : les marées, le piège des calculs

Séance 2, les marées. Là, j'ai vu trois candidats décrocher en direct. Pas parce que c'est difficile, mais parce que le vocabulaire change tous les trois mots et que les formules ressemblent à du sudoku.

Le principe est simple. On vous donne l'heure et la hauteur de pleine mer et de basse mer d'un port de référence (Brest), le coefficient du jour (70, 85, 110), et on vous demande de calculer la hauteur d'eau à un instant T pour un port secondaire en appliquant une correction de temps et de hauteur. C'est la règle dite "des douzièmes", qui découpe la marée en six paliers théoriques (1/12, 2/12, 3/12, 3/12, 2/12, 1/12). Sur le papier, trois multiplications et deux additions. En pratique, c'est là que se jouent 4 points sur 20 à l'examen, et qu'on fait la différence entre 12 et 14.

Mon erreur classique, que j'ai refaite trois fois avant de comprendre : j'oublie que les heures de marée sont en heure UT (temps universel) sur la carte SHOM 9999, alors qu'on me demande une hauteur à 14h15 heure locale. Deux heures d'écart en été, une heure en hiver. Si vous vous trompez là-dessus, toute la suite est fausse.

Le formateur nous a donné une méthode que je recommande : poser sur la feuille, avant tout calcul, les cinq mêmes lignes à chaque fois. Heure demandée (locale). Heure UT correspondante. Heure marée port de référence. Heure marée port secondaire. Différence temps avec la pleine mer la plus proche. C'est lent, ça paraît scolaire, mais ça sauve de l'erreur bête un soir de stress. J'ai gardé ce réflexe depuis, pour vérifier un créneau de sortie dans le chenal des Minimes.

Pour qui veut voir à quoi ressemblent ces exercices avant de s'inscrire, la banque d'exercices de Loisirs-Nautic sur la carte 9999 en propose gratuitement. 45 minutes dessus m'ont permis d'arriver au cours avec moins de retard.

Troisième soir : la météo, les feux, la question qui tombe toujours

La dernière soirée mélange tout ce qui ne rentre pas ailleurs. Principes du GPS. Lecture d'une carte météo. Signification des symboles de fronts, d'isobares, des anticyclones. Feux des navires (rouge à bâbord, vert à tribord, on connaît, mais les feux des navires en remorque, des chalutiers en pêche, des navires non maîtres de leur manoeuvre, ça demande un peu de bachotage). Matériel de sécurité obligatoire par catégorie de navigation.

C'est la partie QCM de l'examen. 4 questions, 4 points sur 20. Source : bonplanpermis.fr, détail de l'épreuve hauturière, consulté le 2026-04-19. Sur ces 4 questions, le formateur nous a prévenus : il y en a presque toujours une sur la VHF et l'appel de détresse. Canal 16, procédure MAYDAY, identification ASN. Dans notre session, il y en avait deux.

Cette soirée est aussi celle où j'ai compris une chose que je n'avais pas vue dans les brochures. Le permis hauturier ne vous apprend pas à naviguer hauturier. Il vous apprend à lire une carte, à calculer une marée, et à réciter par coeur quelques règles qu'un plaisancier pratique de toute façon. La vraie hauturière, celle où on perd de vue la côte pendant 12 heures, demande une culture de la préparation, du routage, de la gestion de fatigue, qui n'entre dans aucun programme officiel. J'en parle plus longuement dans le parcours complet que j'aurais voulu connaître avant de me former à la navigation en autonomie, qui complète utilement ce retour.

Le jour J : examen à Nantes, 1h30 chrono

L'examen hauturier se passe dans un centre agréé, sur convocation officielle, pas dans votre école. Pour mon cas : Nantes, direction interrégionale de la mer, un samedi matin de juin 2024. 14 candidats dans la salle. On s'assoit, on sort le matos, on attend la distribution.

Le sujet comporte deux exercices de navigation notés sur 6 chacun, un calcul de marée noté sur 4, et les 4 questions QCM notées sur 4. Durée totale : 1 heure 30. Pour valider, il faut une moyenne supérieure à 10/20 ET un minimum de 7 sur 12 aux deux exercices de navigation pris ensemble. Source : bonplanpermis.fr, barème détaillé, consulté le 2026-04-19.

Ce que je n'avais pas anticipé : le stress fait perdre 15 minutes. Je pose ma règle sur la carte, je cale le cap, je vérifie deux fois la direction du nord, et je m'aperçois que j'ai lu l'énoncé trop vite. L'exercice demandait une route fond avec un courant de marée de 1,2 noeud portant à 290 degrés, pas une route surface. Je gomme tout. Quinze minutes brûlées pour rien.

Le calcul de marée s'est passé plus vite, parce que j'avais ma méthode des cinq lignes. Les QCM : une question sur les feux d'un navire au mouillage (je savais), une sur la procédure MAYDAY (je savais), une sur l'altitude d'un satellite GPS (je me suis trompé, c'est environ 20 200 km, j'ai mis 36 000 en pensant aux satellites géostationnaires), une sur le matériel de sécurité en catégorie 4e zone (je savais).

Résultat communiqué 15 jours plus tard par mail : 14 sur 20. Reçu. Je me souviens avoir pensé : si j'avais dû retracer le premier exercice une troisième fois, je n'aurais pas eu le temps.

Taux de réussite, vraie difficulté, et la phrase qui dérange

Les taux de réussite au hauturier tournent autour de 65 à 72 % au premier passage selon les sources que j'ai consultées. Source : bonplanpermis.fr, consulté le 2026-04-19. C'est en-dessous du côtier (75 à 80 %), mais au-dessus du permis voiture. La difficulté n'est pas intellectuelle. C'est une difficulté de méthode : faire trois exercices proprement en 1h30 sans se tromper de cap, de signe, d'heure, ou de point de référence.

Voilà la phrase que je ne lirai dans aucune brochure d'école : arrêtons de prétendre que le permis hauturier fait de vous un navigateur hauturier. Il ne vous apprend pas à dormir trois heures à un quart dans un coffre, ni à reconnaître un grain qui monte au ras de l'horizon, ni à empanner un gennaker à 23 noeuds de vent. Il vous apprend à tenir une règle droite. Ce qui est utile, mais marginal sur une vraie traversée.

Pour moi, le vrai intérêt de l'extension, c'est d'avoir compris comment fonctionne une carte marine. Savoir lire une sonde, comprendre un secteur de phare, estimer une hauteur d'eau, convertir un cap compas en route fond. Toutes choses que j'utilise une fois par semaine aux Minimes pour sortir du chenal à la bonne heure, pas à six milles des côtes.

Préparer l'examen sans se ruiner : ce que je ferais différemment

Si je devais recommencer, j'irais en candidat libre. 70 à 120 euros pour les ressources (annales ANFR équivalentes, livres Vagnon ou Cours des Glénans, accès à des plateformes d'entraînement en ligne), plus le timbre fiscal de 38 euros, plus le matériel (carte SHOM 9999 à 22 euros neuve, règle Cras à 30 euros, compas à pointe sèche à 12 euros, calculatrice scientifique non programmable à 15 euros). Total : autour de 190 euros. Source : timbres.impots.gouv.fr pour le timbre hauturier, consulté le 2026-04-19.

Le cours du soir en école reste utile pour trois profils : ceux qui n'ont pas l'habitude d'apprendre seul, ceux qui n'ont personne pour vérifier leurs exercices, ceux qui veulent un cadre de 3 semaines avec une deadline. Pour un chef de projet IT habitué à bosser seul sur un sujet technique, 180 euros pour 9 heures de cours n'est pas forcément le meilleur rapport apprentissage/euro. Je l'ai pris pour gagner du temps, pas du savoir.

Pour l'entraînement, je recommande trois choses concrètes :

  • Faire 10 sujets d'annales en condition réelle (1h30 chrono, matos complet, carte 9999).
  • Se forcer à poser les cinq lignes du calcul de marée à chaque fois, même quand on pense les connaître.
  • Se procurer la carte SHOM 9999 tôt, pas la veille, et la plier correctement dans une pochette plastique pour ne pas l'abîmer.

Ce qui m'est resté, un an après

Quinze mois après l'examen, je n'ai jamais sorti ma règle Cras sur mon First 25. Je navigue au GPS comme 95 % des plaisanciers, avec un traceur d'appoint et l'application mobile au chaud dans la cabine. Mais la lecture d'une carte marine, elle, m'est devenue utile dès la première sortie. Repérer une zone de cailloux à 2 mètres de sonde dans la Pertuis d'Antioche, identifier le secteur rouge du phare de Chauveau la nuit, estimer le courant résiduel à une heure donnée : toutes choses que je n'aurais pas comprises sans cette formation.

Le permis hauturier, pris comme un socle théorique de lecture de cartes, vaut son prix. Pris comme une promesse de large, il est surévalué. À 180 euros en école ou 190 en candidat libre, l'équation reste intéressante si vous savez ce que vous achetez. Si votre projet est de naviguer 20 milles d'un port, le côtier suffit et le hauturier est une curiosité. Si votre projet est de comprendre ce qui se passe sous la quille, c'est trois soirées bien investies.

Mon prochain chantier : la traversée des Minimes aux Glénan, 65 milles en ligne droite, deux escales possibles (Belle-Île, Houat). La préparation se fait déjà sur le salon, avec la carte, sans règle Cras.