Fiche pratique pour plaisanciers qui se baignent depuis le bord, au mouillage ou en panne moteur. Rappel des règles sur le moteur, la signalisation plongeur, les gilets enfants, le courant et la distance aux zones de baignade surveillée. Règles revérifiées en octobre 2026 sur la division 240 (à jour de l'arrêté du 21 mai 2026), l'arrêté du préfet maritime de la Méditerranée n° 019/2018 pour la vitesse dans les 300 mètres et la plongée, l'arrêté du 27 mars 1991 sur le balisage de cette bande, la règle 27 du RIPAM et un rapport du BEA-mer.
La scène est banale. Bateau au mouillage dans une crique, 14 heures, l'eau est à 23, deux enfants sautent du pont avant qu'on ait eu le temps de vérifier quoi que ce soit. C'est exactement le moment où les accidents arrivent. Pas quand on est au large en train de serrer un ris, mais quand tout le monde est détendu, que le moteur tourne encore au ralenti pour recharger, et que personne ne regarde vraiment l'eau. Un bateau stoppé, moteur en route, avec quelqu'un dans l'eau à quelques mètres : c'est la configuration que je redoute le plus, bien plus qu'une navigation rapide. Ce qui suit est la check-list que j'aurais aimé qu'on m'impose à mes débuts.
Moteur coupé, contact retiré
La règle est non négociable : dès qu'une personne est à l'eau à proximité du bateau, le moteur est à l'arrêt complet. Pas au point mort, pas au ralenti, éteint. Et la clé, ou le cordon coupe-circuit, est retirée.
Une hélice même immobile peut tourner si une personne s'y accroche ou si le bateau bouge à la houle. Une hélice embrayée, même au ralenti, coupe net : lacérations profondes, amputations, atteintes vasculaires. Le cas le mieux documenté que je connaisse est le rapport du BEA-mer sur l'accident du 28 avril 2019 aux Glénan. Un semi-rigide stoppé, moteur en marche, s'approche d'un kitesurfeur pour le récupérer ; une passagère, déséquilibrée par un coup de roulis, heurte la manette des gaz, le bateau part à grande vitesse et le kitesurfeur, dont la ligne de sécurité se prend dans l'hélice, est happé vers le tableau arrière. Il meurt de ses blessures. Ce n'était pas une baignade, mais c'est exactement la situation d'un bateau à l'arrêt, moteur tournant, à côté de quelqu'un dans l'eau.
Le réflexe qui sauve :
- Avant que quiconque enlève son t-shirt, le moteur est coupé et la clé posée sur la table de cockpit.
- Celui qui skippe annonce à voix haute "moteur coupé, ok pour se baigner".
- À la remontée, on attend que tout le monde soit sur l'échelle et remonté avant de redémarrer.
Un bateau équipé d'un générateur ou d'un propulseur d'étrave : même logique, tout est à l'arrêt. Un bouton d'arrêt d'urgence sur un propulseur n'est pas connu de tous les invités, coupez à la source.
Le pavillon alpha, bleu et blanc
Si quelqu'un descend sous l'eau, même pour deux minutes avec un masque et un tuba pour vérifier l'ancre, vous êtes censé signaler un plongeur à bord. Le pavillon A du code international des signaux maritimes, dit pavillon alpha, est le drapeau bleu et blanc à deux pointes. Il signifie littéralement "j'ai un plongeur à l'eau, écartez-vous largement à basse vitesse".
Ce que disent les textes :
- RIPAM, règle 27 : un petit navire qui participe à des opérations de plongée montre une reproduction rigide du pavillon A d'au moins un mètre de hauteur, visible sur tout l'horizon. Les moins de 12 mètres ne sont pas dispensés de cette marque.
- En Méditerranée, l'arrêté du préfet maritime n° 019/2018 (article 6) vise la plongée en scaphandre comme en apnée : le bateau support arbore les marques du RIPAM, et le plongeur isolé signale sa présence avec un pavillon rouge à diagonale blanche.
- Toujours en Méditerranée, dans un rayon de 100 mètres autour d'un pavillon signalant un plongeur, les autres bateaux gardent une vitesse qui garantit sa sécurité, 5 nœuds au maximum. Sur l'Atlantique et la Manche, regardez les arrêtés de votre préfecture maritime.
En pratique, sur un voilier de plaisance, le pavillon alpha rigide se range dans un coffre et se hisse à la drisse de pavois dès qu'un adulte part faire un tour sous l'eau. Les petits modèles de 40 x 30 centimètres qu'on trouve partout sont plus faciles à ranger, mais ils sont loin du mètre prévu par le RIPAM et se voient mal de loin. Un pavillon bien visible évite qu'un semi-rigide en maraude vous passe à 20 mètres pendant que votre ado est en apnée. Je l'oubliais les deux premières saisons. Depuis qu'un day-charter m'a frôlé à Cavalaire parce qu'il ne m'avait pas repéré, je le hisse systématiquement.
Attention à ne pas confondre les deux pavillons : l'alpha bleu et blanc est un signal de bateau, alors que le pavillon rouge à diagonale blanche accompagne le plongeur lui-même, en général sur une bouée qu'il tire derrière lui.
Les gilets pour les enfants, en permanence
Soyons précis sur ce que dit la division 240, à jour de l'arrêté du 21 mai 2026 : elle impose d'avoir à bord un équipement individuel de flottabilité adapté à chaque personne, pas de le porter. Le chef de bord vérifie que chacun a le sien, et le port reste sa décision. Chez moi, la décision est prise : tout enfant de moins de 12 ans sur le pont porte son gilet, au mouillage comme en route. Pas seulement "en cas de gros temps". Toujours. C'est ma règle, pas celle du texte, et je n'ai jamais eu à la regretter.
Les seuils techniques à retenir :
- Enfant de 30 kg maximum : un gilet de niveau de performance 100 au minimum, quelle que soit la distance d'un abri (article 240-2.01). Pas une simple aide à la flottabilité de niveau 50.
- Au-dessus de 30 kg, c'est la règle des adultes : 50 suffit à moins de 2 milles d'un abri, 100 de 2 à 6 milles, 150 au-delà de 6 milles.
- Le gilet doit être à la taille, porté et fermé. Un gilet trop grand qu'on enfile "vite fait" remonte sous le menton et ne maintient pas la tête hors de l'eau.
Pour la baignade elle-même, c'est une autre question : un enfant qui saute à l'eau pour se baigner au mouillage peut retirer le gilet, à condition d'être directement sous la surveillance d'un adulte dans l'eau avec lui. Aucun texte n'impose le gilet pendant la baignade, mais tous les moniteurs que j'ai croisés disent la même chose : pour un non-nageur ou un nageur moyen de moins de 8 ans, le gilet reste en place, même à l'arrêt. La fatigue arrive vite, surtout après un long repas. L'adulte qui surveille ne fait que ça, il ne lit pas, il ne prépare pas le prochain mouillage.
Et dès qu'on remonte sur le pont pour se sécher : le gilet revient.
Le courant, à vérifier avant de sauter
Un mouillage qui semble calme peut cacher un courant qui emmène un nageur à 1 ou 2 nœuds. À 1 nœud, vous avancez de 30 mètres par minute, un enfant qui part sur le côté sous le bateau s'éloigne très vite de l'échelle.
Ce que je fais avant de laisser qui que ce soit se mettre à l'eau :
- Jeter un bout flottant (une amarre, une brassée de ligne de pêche) à l'arrière. Je regarde s'il dérive, dans quel sens, à quelle vitesse estimée.
- Vérifier le pendillage du bateau sur l'ancre. Si le bateau ne tire pas sur la chaîne comme attendu (par exemple présence de contre-courant contre le vent), c'est un signe de courant de surface.
- Surveiller les bouées voisines, les pendilles, le sens dans lequel pointent les autres bateaux au mouillage. Si certains sont face au vent et d'autres face au courant, vous êtes dans une zone de friction, méfiance.
En Bretagne, dans le golfe du Morbihan ou dans le Raz de Sein, ce réflexe est déjà automatique parce que le courant y est violent. J'ai déjà décrit la logique du courant à la renverse pour sortir du golfe du Morbihan ; les règles qui s'appliquent à la manœuvre s'appliquent aussi à la baignade. En Méditerranée, faux ami : le courant paraît négligeable, il l'est rarement à Porquerolles en été avec l'est-mistral qui pousse. Toujours vérifier, surtout si vous êtes en rade ouverte plutôt qu'au fond d'une anse fermée.
Et si vous voyez un nageur qui s'éloigne et peine à revenir : il revient vers le bateau en oblique face au courant, pas en ligne directe. Vous, depuis le bord, vous lui lancez immédiatement une ligne flottante, type bout de 15 à 20 mètres avec un pare-battage au bout qui fait flotteur.
L'échelle de bain, à déployer avant le saut
L'erreur classique : tout le monde saute, puis on essaie de remonter l'échelle qu'on n'avait pas pensé à déployer. Sur un voilier avec un franc-bord d'1,20 mètre, remonter sans échelle après 20 minutes dans l'eau à 20 degrés, c'est plus dur que prévu.
Points à caler :
- L'échelle se déploie avant le premier saut, toujours.
- Elle plonge au moins 2 barreaux sous la surface, 3 idéalement. Sur la plupart des voiliers de plaisance, c'est 50 à 70 cm sous la flottaison. Une échelle qui s'arrête à fleur d'eau est inutile quand vous êtes fatigué.
- Si l'échelle existante est trop courte (beaucoup de bateaux d'occasion), l'ajout d'un barreau souple en sangle cale le problème pour une vingtaine d'euros.
- Un bout à poignée, pendu le long du bordé, aide un adulte à se stabiliser le temps d'atteindre l'échelle.
Sur un semi-rigide sans échelle intégrée, la règle est simple : une échelle souple de bain embarquée en permanence, accrochée à un taquet ou à la boudin arrière, sinon vous ne remonterez pas à bord après une baignade un peu loin. Au mouillage, je vois encore régulièrement des semi-rigides sans la moindre échelle : c'est un risque sous-estimé.
La distance aux plages et zones de baignade
La bande littorale des 300 mètres part de la limite des eaux et s'étend sur 300 mètres vers le large. La vitesse des navires y est limitée à 5 nœuds, point. Ce n'est pas une recommandation : la règle vient des arrêtés des préfets maritimes, et en Méditerranée l'arrêté n° 019/2018 précise qu'elle est générale et permanente, autour des îles et îlots compris, et qu'elle ne dépend pas de la présence d'un balisage. L'arrêté du 27 mars 1991, lui, fixe le balisage de cette bande : quand elle est balisée, des bouées jaunes sphériques de 0,80 mètre matérialisent la limite extérieure. Et dans cette bande, la navigation doit se faire avec prudence extrême, en anticipant la présence de nageurs hors zones balisées.
À l'intérieur de cette bande, les zones réservées uniquement à la baignade sont délimitées par des bouées jaunes sphériques plus petites (0,40 à 0,60 mètre), parfois reliées par une ligne d'eau. Interdiction formelle d'y naviguer, même à la voile, même à la rame. Les chenaux traversiers, balisés par des bouées jaunes cylindriques à bâbord et coniques à tribord, sont la seule voie pour traverser.
Concrètement, si votre mouillage est proche d'une plage :
- Je vous déconseille de mouiller à moins de 150 mètres d'une zone de baignade balisée, même en dehors de ses limites. Un enfant qui part à la nage depuis votre bateau peut traverser la zone et vous ne maîtrisez rien.
- Si vous devez embarquer ou débarquer sur la plage en annexe, passez strictement par le chenal, moteur au ralenti, même si le chenal fait 200 mètres de détour.
- La limite horaire de surveillance (typiquement 10h30 à 19h en juillet-août selon les communes) ne change pas la règle de vitesse et d'interdiction de la zone, elle change juste la présence d'un sauveteur.
À Antibes, à la plage de la Gravette, j'ai vu un voilier se faire verbaliser l'été dernier pour avoir traversé la zone de baignade à la voile, moteur éteint, pensant être dans son droit. Erreur : une zone réservée uniquement à la baignade l'est pour tout ce qui flotte, moteur ou pas. Un voilier n'a rien à y faire.
Les accidents qui reviennent
Quatre scénarios reviennent sans cesse dans les récits d'accidents qu'on se raconte au ponton. Apprenez à les voir venir.
- L'enfant qui saute avant que les adultes aient coupé le moteur. Parade : briefing à voix haute et retrait visible de la clé de contact.
- Le nageur qui s'éloigne du bateau en se laissant porter par le courant et ne peut plus revenir. Parade : vérification du courant avant, bout flottant à l'arrière avec flotteur, surveillance active.
- Le plongeur en apnée qui remonte sous la coque d'un autre bateau qui ne l'a pas vu. Parade : pavillon alpha, remontée large du bateau, pas d'apnée isolée.
- La remontée à bord ratée, notamment en fin de journée quand tout le monde a froid. Parade : échelle déjà déployée, bout à main à portée, un adulte qui reste à bord pendant toute la baignade.
Un dernier point sur lequel je suis têtu : un adulte reste à bord, sec, pendant que les autres se baignent. Pas un adulte qui "va nager mais revient surveiller de temps en temps". Un adulte sec, à côté du cockpit, avec la clé du moteur dans la poche, le bout flottant prêt et les yeux sur l'eau. C'est la seule façon de couper un incident au début. Quand tout le monde est dans l'eau en même temps, personne ne surveille personne.
Trousse spéciale baignade à avoir à bord
Rien de luxueux, juste des évidences souvent absentes.
- Un pavillon alpha rigide, idéalement de la taille prévue par le RIPAM (un mètre de haut), et en Méditerranée un pavillon rouge à diagonale blanche pour qui part seul sous l'eau.
- Une ligne de sauvetage flottante orange, 20 à 30 mètres, avec pare-battage-flotteur au bout, 30 à 50 euros.
- Des gilets 100 N taille enfant pour chaque enfant à bord (pas "un gilet qui traîne"), 40 à 70 euros pièce.
- Une échelle souple de secours pour annexe ou semi-rigide, 60 à 120 euros.
- Un sifflet accroché au gilet enfant, 3 euros, audible beaucoup plus loin que la voix.
Pour aller plus loin sur la question des bons réflexes au mouillage, je renvoie à ma fiche technique sur l'ancrage en fond posé et la tenue du mouillage : une ancre qui dérape pendant que les enfants se baignent, c'est le scénario que personne n'anticipe, et c'est pourtant le même check-list de surveillance qui le rattrape. Pour qui navigue en Méditerranée et croise des cétacés ou tortues pendant une baignade, les règles de distance avec la faune s'appliquent aussi : pas de baignade avec dauphins, même si le groupe s'approche du bateau.


