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Règles de priorité entre voiliers : le mémo complet

Règle 12 du RIPAM décortiquée : amures opposées, mêmes amures, doute. Qui s'écarte, qui maintient, et les cas piège en golfe fréquenté.

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Le résumé pour aller vite

Règle 12 du RIPAM, trois cas. Un, amures opposées : le voilier bâbord amures s'écarte, celui qui est tribord amures garde sa route. Deux, mêmes amures : le voilier au vent s'écarte du voilier sous le vent. Trois, doute sur l'amure du voilier au vent : on s'écarte par principe. La règle 13 (rattrapant) prime sur tout le reste.

Tribord ou bâbord amures : le repère qui change tout

L'amure, c'est le côté du bateau par lequel le vent entre. Pas le côté où vont les voiles : le côté d'où vient le vent. Les deux se confondent souvent dans la tête des débutants. Seule la grand-voile fait foi.

Règle pratique à retenir une bonne fois : si ta grand-voile est bordée à bâbord (côté gauche en regardant vers l'avant), tu es tribord amures. Si elle est bordée à tribord, tu es bâbord amures. Le vent entre par le côté opposé à la bôme.

Pourquoi ça compte ? Parce que la règle 12 du RIPAM se lit uniquement à travers ce paramètre. La vitesse ne joue pas. La taille ne joue pas. Le type de voilier non plus. Seule l'amure compte, et ensuite, si les deux voiliers sont sur la même amure, la position au vent ou sous le vent.

Règle 12a : amures opposées, tribord prioritaire

Le cas le plus fréquent en golfe ou en rade. Deux voiliers se croisent avec le vent venant de deux côtés opposés. Celui qui a le vent à tribord (tribord amures) garde sa route et sa vitesse. Celui qui a le vent à bâbord (bâbord amures) manœuvre pour passer derrière.

Le texte exact de la règle 12 dit : "quand chacun d'eux reçoit le vent d'un bord différent, le navire qui reçoit le vent de bâbord doit s'écarter de la route de l'autre." Source : texte RIPAM-COLREG, partie B, section II, publié par le ministère de la Transition écologique.

Signe visuel pour le bâbord amures qui s'écarte : au lieu de forcer le passage, il abat (passe sous le vent de l'autre voilier), change de cap de 20 à 30 degrés, et attend d'être clair avant de reprendre sa route. Le cri "tribord !" lancé par le prioritaire signale juste qu'il tient sa route. Il ne demande rien, il prévient.

Erreur classique en régate : le bâbord amures qui tente de passer devant en espérant y arriver. S'il y a doute sur la route qui passe, tu es en tort. Le BEAmer publie chaque année des rapports d'enquête sur des abordages en plaisance où le bâbord amures a forcé le passage ("accidents mortels en navigation de plaisance", rapport d'activité BEAmer 2021).

Règle 12b : mêmes amures, le voilier au vent cède

Deux voiliers sur le même bord, vent du même côté. Cas typique d'un près serré en flotte, ou d'un portant avec plusieurs bateaux sur la même route. Qui s'écarte ? Celui qui est au vent de l'autre.

Le bateau au vent est celui dont la position est plus proche de la direction d'où vient le vent. Le bateau sous le vent est celui qui reçoit l'air de son voisin "sur la figure", parce qu'il est de l'autre côté. Le voilier sous le vent a la priorité. Raison physique derrière la règle : celui qui est au vent a plus de marge pour lofer, ralentir ou abattre sans se mettre en surface d'eau sale.

Exemple concret que j'ai vécu en juillet 2024 dans la baie de Quiberon. Trois voiliers au près, tous tribord amures, venant de la passage de la Teignouse. Le bateau le plus au vent pensait que sa vitesse lui donnait l'avantage. Il a fallu qu'il abatte à 15 mètres du sous le vent pour éviter l'abordage. La règle 12b est sans ambiguïté : au vent, tu t'écartes.

Petit piège mental. "Au vent" n'est pas "devant". Deux bateaux bord à bord, même cap, peuvent être l'un au vent, l'autre sous le vent, sans que l'un soit plus avancé. C'est la ligne perpendiculaire au vent qui départage, pas la ligne de route.

Règle 12c : quand tu ne sais pas, tu t'écartes

Cas moins connu mais codé noir sur blanc dans le texte. Un voilier bâbord amures aperçoit un autre voilier au vent dont il ne distingue pas clairement l'amure (de loin, lumière rasante, voiles mal orientées visuellement). Que fait-il ?

Il s'écarte. Le texte est limpide : "si un navire qui reçoit le vent de bâbord aperçoit un autre navire au vent et ne peut déterminer avec certitude si cet autre navire reçoit le vent de bâbord ou de tribord, il doit s'écarter de la route de ce dernier."

En clair : en cas de doute, tu es présumé être le non-prioritaire. L'idée, c'est que le bâbord amures n'a structurellement jamais l'avantage : soit l'autre est tribord amures et c'est la règle 12a, soit les deux sont bâbord amures et c'est la règle 12b qui désigne le plus au vent (donc celui qui aperçoit l'autre au vent). Dans les deux cas, il s'écarte.

Retenir cette règle évite 90 % des embrouilles au crépuscule, quand tu lis mal la position des voiles de l'autre.

La règle 13 rattrapant prime sur tout

Exception majeure que beaucoup de plaisanciers oublient : si tu rattrapes un autre bateau, peu importe l'amure, c'est toi qui t'écartes. La règle 13 du RIPAM est explicite et a priorité sur la règle 12.

Définition du rattrapant : tout navire qui s'approche d'un autre par un arc de plus de 22,5 degrés sur l'arrière du travers. En pratique, si de nuit tu ne verrais que le feu de poupe blanc de l'autre et aucun feu de côté, tu es le rattrapant. Tu t'écartes, même si tu es tribord amures et que le rattrapé est bâbord amures.

Point qui coince souvent au QCM du permis côtier : un voilier qui rattrape un bateau à moteur reste le non-prioritaire. La propulsion ne change rien. Le rattrapant cède, toujours.

Cas pratiques en zones fréquentées

En golfe du Morbihan un samedi de juillet, tu peux avoir 30 voiliers dans un mile carré. Les croisements se règlent à l'œil, à la voix, et parfois au sifflet. Trois réflexes à avoir :

  • Identifier ton amure avant de sortir la carte. Bôme à tribord : tu es bâbord amures, tu prépares déjà ton plan B.
  • Repérer deux ou trois voiliers autour de toi, pas un seul. Le plus dangereux est souvent celui que tu ne regardes pas.
  • Anticiper tôt plutôt que manœuvrer fort. Un changement de cap de 10 degrés pris 200 mètres avant règle tout sans que personne ne s'en rende compte.

En régate du dimanche, la règle 12 s'applique aussi, mais les règles RRS (Racing Rules of Sailing) de World Sailing ajoutent des couches (règle 11 RRS sur le sous le vent, règle 10 RRS sur tribord amures). Hors régate, reste sur le RIPAM simple, c'est suffisant et juridiquement solide.

En croisière en flotte, convenir à l'avance d'un canal VHF de travail (souvent le 72 ou le 77 en plaisance) évite les collisions. Un "voilier blanc qui me croise sur bâbord, je passe sur tribord" échangé à 300 mètres est plus efficace qu'un cri au dernier moment.

Signaux sonores et manœuvre évasive

La règle 34 du RIPAM prévoit les signaux sonores en vue d'un autre navire. Les utiliser sur un voilier de plaisance est rare mais légal, et peut sauver une situation ambiguë.

  • Un coup bref (environ 1 seconde) : je viens sur tribord.
  • Deux coups brefs : je viens sur bâbord.
  • Trois coups brefs : je bats en arrière (rare en voilier, sauf si on lance un moteur).
  • Cinq coups brefs et rapides : je ne comprends pas tes intentions. Signal d'alerte, à utiliser sans hésiter si l'autre ne réagit pas.

Sur un voilier, un sifflet de corne de brume suffit. Obligatoire à bord dès la 5e catégorie de conception, vérifié lors des contrôles des affaires maritimes.

Manœuvre évasive : en dernier recours, lofer franchement (venir dans le lit du vent) arrête le bateau en quelques secondes. Abattre brutalement fait accélérer, plus dangereux. Si le moteur est allumé, le passage au moteur te place sous la règle 18 (un voilier qui navigue au moteur est considéré comme un navire à propulsion mécanique, même avec les voiles hissées, et doit hisser un cône noir pointe en bas la journée).

Quelques chiffres qui remettent l'enjeu à sa place

  • Angle limite du rattrapant : 22,5 degrés sur l'arrière du travers (règle 13).
  • Durée d'un coup bref : environ 1 seconde (règle 32a).
  • Signal de doute : au moins 5 coups brefs et rapides (règle 34d).
  • Rapports BEAmer 2021 : 562 événements de mer analysés, dont plusieurs abordages plaisance avec voilier impliqué (rapport d'activité BEAmer 2021, page 8).
  • Règle 12 s'applique depuis 1972, révision du Règlement international pour prévenir les abordages en mer entré en vigueur en France en 1977.

Pour compléter sur le vocabulaire de base, voir le lexique marin pour débutant. Et pour le cas plus fréquent d'un voilier qui croise un bateau à moteur, le mémo dédié sera publié sur les règles de route entre moteur et voilier.

Sources

  • Texte RIPAM-COLREG, partie B, section II, règles 12 et 13. Publié par le ministère de la Transition écologique : ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/texte-colreg.pdf
  • Règle 34 (signaux sonores), texte RIPAM, même source.
  • Rapport d'activité 2021 du BEAmer (Bureau d'enquêtes sur les événements de mer), bea-mer.developpement-durable.gouv.fr
  • Article de référence sur l'amure : Wikipédia "Amure", consulté en avril 2026.
  • Article pédagogique FFVoile sur les règles de priorité à la voile, cours de base pour permis côtier.

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