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Règles de route maritime : qui est prioritaire entre bateau moteur et voilier ?

Les règles 13 à 18 du RIPAM expliquées sans jargon, avec les vraies exceptions que 80% des débutants ignorent, et les signaux sonores qui vont avec.

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Synthèse factuelle des règles de barre du RIPAM, le texte international qui fait foi sur les eaux françaises. Règles 13 à 18 pour les priorités, règle 34 pour les signaux sonores, règle 3 pour les définitions. Chiffres et articles vérifiés sur Légifrance et sur le PDF COLREG publié par le Ministère de la Transition écologique.

La règle qu'on apprend en premier, et qu'on comprend mal

La phrase qu'on retient du permis côtier, c'est « le voilier est prioritaire sur le moteur ». Elle est exacte, mais incomplète. Elle vient de la règle 18 du RIPAM, intitulée « Responsabilités réciproques des navires », qui établit une hiérarchie : un navire à propulsion mécanique faisant route doit s'écarter de la route d'un navire à voile.

Derrière cette phrase tiennent trois nuances que beaucoup de débutants manquent. Primo, la règle 13 (navire rattrapant) écrase toutes les autres. Deuxio, la définition du « voilier » au sens du RIPAM est stricte : un bateau au moteur, même avec ses voiles hissées, n'est pas un voilier. Tertio, il existe une hiérarchie de navires prioritaires au-dessus du voilier, que le plaisancier rencontre plus souvent qu'il ne le croit.

Le texte intégral est consultable sur Légifrance et un PDF didactique est publié par le Ministère de l'Écologie. On va passer les règles une à une.

La définition qui change tout : règle 3

La règle 3 du RIPAM donne les définitions. Deux formulations sont à connaître par coeur.

Navire à propulsion mécanique : tout navire mû par une machine. Dès qu'un moteur entraîne l'hélice, le navire est classé mécanique, quel que soit son type. Un gros chalutier, un semi-rigide, un ferry, un jet-ski : tous dans la même case.

Navire à voile : tout navire marchant à la voile, à condition que l'appareil propulsif, s'il en existe un, ne soit pas utilisé. C'est ici que la nuance tombe. Un voilier de 10 mètres avec les voiles hissées mais le moteur en marche est, aux yeux du RIPAM, un navire à propulsion mécanique. Il perd son rang de privilégié et doit s'écarter des voiliers « purs ». Il est même censé hisser un cône noir pointe en bas, dans le gréement avant, pour le signaler (règle 25 e). Dans la pratique de la plaisance côtière, ce cône est rarement visible ; la règle reste pourtant opposable en cas d'abordage.

Règle 13 : le rattrapant, c'est toujours lui

La règle 13 est au-dessus de toutes les autres règles de barre (elle le dit noir sur blanc : « nonobstant toute disposition... »).

Un navire rattrapant est défini comme un navire qui s'approche d'un autre en venant d'une direction de plus de 22,5 degrés sur l'arrière du travers. La nuit, c'est simple : si vous ne voyez que le feu blanc de poupe de l'autre navire (secteur 135 degrés), vous êtes rattrapant.

Un rattrapant doit s'écarter du rattrapé, point. Un voilier qui rattrape un bateau à moteur est tenu de manoeuvrer, même si « en temps normal » le voilier est prioritaire. Un moteur qui rattrape un voilier doit s'écarter, ce qui semble logique mais se vérifie souvent mal en été sur les routes fréquentées. Un voilier qui en rattrape un autre s'écarte aussi, peu importe l'allure ou l'amure.

Un exemple concret. Remontée vers La Ciotat par vent de secteur est, allure de largue, 6 noeuds. Un semi-rigide de location me double à 25 noeuds en passant à 40 mètres sur bâbord. Il est dans son droit (il est rattrapant, donc c'est à lui de s'écarter, ce qu'il fait en s'écartant), mais s'il avait décidé de me couper la route à la dernière seconde, aucune règle ne l'aurait privilégié. L'inverse est vrai : si je décide de remonter au moteur à 8 noeuds pour doubler un caseyeur qui chemine à 5, c'est à moi de m'écarter.

Sources : règle 13 du RIPAM, Wikipédia RIPAM, fiches de cours Hisse et Oh.

Règle 14 : routes directement opposées

Deux navires à propulsion mécanique qui se présentent face à face (ou presque) virent chacun sur tribord pour se croiser bâbord à bâbord. Personne n'est prioritaire, les deux manoeuvrent en symétrie.

La règle précise « face à face ou presque » parce qu'en pratique les routes parfaitement opposées sont rares. Si de nuit vous voyez les deux feux de côté de l'autre navire (rouge et vert en même temps), la règle 14 s'applique. Si vous voyez feu blanc de mât + un feu de côté, c'est la règle 15 (croisement) qui s'applique à la place.

La règle 14 ne concerne que les navires à moteur. Deux voiliers qui se présentent bord à bord relèvent de la règle 12, qui est une autre histoire (elle est traitée dans notre article dédié aux règles de priorité entre voiliers).

Règle 15 : routes qui se croisent, priorité à tribord

Deux navires à propulsion mécanique dont les routes se croisent (hors cas rattrapant et hors face-à-face) : celui qui voit l'autre sur son tribord doit s'écarter. Il est « non privilégié ».

La phrase mnémotechnique qui circule dans les écoles de plaisance : « priorité à droite », comme pour les voitures. La logique est visuelle : quand j'ai l'autre navire sur mon côté tribord, je le vois sous son feu de côté rouge (bâbord). Rouge = stop, je m'écarte.

Deux manoeuvres sont autorisées par la règle : modifier son cap sur tribord (la plus lisible pour l'autre bord) ou réduire sa vitesse, voire stopper la machine. La règle 8 précise que la manoeuvre doit être « franche » et suffisamment anticipée pour être vue de loin. Un coup de barre de 5 degrés à 200 mètres ne compte pas comme une manoeuvre lisible.

Règle 18 : la vraie hiérarchie

C'est la règle qu'il faut imprimer et scotcher sur la table à cartes. Elle établit un ordre strict dans la cession du passage. Du plus prioritaire au moins prioritaire :

  1. Navire qui n'est pas maître de sa manoeuvre (panne, blessé à la barre, etc.)
  2. Navire à capacité de manoeuvre restreinte (dragage, pose de câble, plongée, ravitaillement à la mer)
  3. Navire handicapé par son tirant d'eau (cargo dans un chenal, porte-conteneurs en approche portuaire)
  4. Navire en train de pêcher (chalut, filet, ligne traînante qui réduit la manoeuvrabilité)
  5. Navire à voile
  6. Navire à propulsion mécanique

Le voilier est donc privilégié... sur le seul navire à moteur. Face à un caseyeur qui hisse ses pavillons « A » (pêche en cours) ou aux boules noires de jour, le voilier s'écarte. Face à un gros cargo dans un chenal balisé, le voilier s'écarte aussi. Face à un remorqueur qui tracte une barge, idem.

Les marques à reconnaître (règle 27) : deux boules noires verticales = non maître de sa manoeuvre. Boule-losange-boule = capacité restreinte. Cylindre noir = handicapé par tirant d'eau. Deux cônes pointe contre pointe = navire à la pêche.

Les exceptions qui reviennent souvent en plaisance

Au-delà de la hiérarchie de la règle 18, quelques exceptions valent d'être gardées en tête.

Voilier au moteur : on l'a vu, ce n'est plus un voilier au sens du RIPAM. Il se range dans la case moteur, avec tous ses désavantages.

Chenal balisé : dans un chenal étroit ou un dispositif de séparation du trafic, les règles 9 et 10 s'appliquent en plus de la règle 18. Un voilier n'a pas le droit de gêner un navire qui ne peut naviguer qu'à l'intérieur du chenal, même s'il est en principe prioritaire. La règle se résume à : « pas de voile dans le chenal d'entrée du port de commerce ».

Navires militaires et de police : ils sont souvent prioritaires au titre de leur mission. La règle 1 c laisse aux États le droit d'édicter des règles spéciales pour leurs navires. En France, la division 240 rappelle que le RIPAM s'applique aux eaux sous souveraineté française, sauf dispositions contraires.

Règle 2 (la « règle du bon sens ») : personne n'est exonéré de l'obligation d'éviter l'abordage par tous les moyens. Avoir le droit ne dispense pas d'avoir raison. Un voilier qui voit un cargo qui ne change pas de cap doit s'écarter, même s'il est en principe privilégié.

Règle 34 : les signaux sonores de manoeuvre

Quand deux navires sont en vue l'un de l'autre et qu'une manoeuvre s'amorce, le navire qui manoeuvre doit l'annoncer au sifflet. Trois signaux de base à connaître :

  • Un son bref : « je viens sur tribord »
  • Deux sons brefs : « je viens sur bâbord »
  • Trois sons brefs : « je bats en arrière » (je recule)

Un son bref dure environ une seconde, un son long quatre à six secondes.

Deux autres signaux moins connus mais utiles :

  • Cinq sons brefs et rapides : « je ne comprends pas vos intentions, attention ». C'est le signal de doute, à faire si l'autre ne manoeuvre pas comme il devrait.
  • Un long + deux brefs + un long : « je vais vous dépasser par tribord, ou par bâbord » en cas de chenal étroit (règle 34 c).

Le sifflet est obligatoire au-dessus de 12 mètres (annexe 3 du RIPAM). En-dessous, il est seulement « recommandé » mais la division 240 impose un moyen sonore de signalisation à bord de toute embarcation de plus de 6 mètres à partir de la zone côtière (2 milles d'un abri). Un sifflet à 8 euros dans un sac étanche suffit. Pour le vocabulaire complet, le lexique marin débutant revient sur les termes bâbord / tribord, amures, allures.

Mémo pour la sortie de dimanche

Cinq points à fixer avant de larguer.

  1. Voilier au moteur = moteur. Si l'hélice tourne, vous n'êtes plus privilégié. Mieux vaut couper trente secondes pour affirmer son statut de voilier en croisement serré.
  2. Rattrapant = écartement. Jamais de discussion là-dessus, peu importe le type de bateau.
  3. Tribord amures prioritaire (règle 12) et « priorité à droite » pour les moteurs (règle 15). Deux règles différentes, beaucoup confondent.
  4. La hiérarchie de la règle 18 n'est pas négociable. Un voilier s'écarte d'un caseyeur qui pêche, d'un cargo dans un chenal, d'un plongeur qui remonte.
  5. La règle 2 prime sur tout. Avoir raison au tribunal maritime n'empêche pas une collision. En cas de doute, manoeuvrez, même si vous êtes privilégié.

Sources

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