Un logiciel de cartographie marine complet, sans abonnement, qui tourne aussi bien sur un vieux PC portable que sur un Raspberry Pi 4 collé à la table à cartes. OpenCPN existe depuis 2009, la version stable 5.14.0 est sortie le 8 avril 2026, et il reste l'outil de référence pour qui veut préparer ses navigations au calme à la maison ou doubler un traceur de bord payant. Voici comment l'installer, l'alimenter en cartes, le connecter à un GPS et étendre ses fonctions avec les bons plugins.
Résumé
OpenCPN est un traceur de cartes open source sous licence GPLv2. Version stable actuelle : 5.14.0 (avril 2026). Disponible sur Windows, macOS, Linux (Ubuntu, Fedora, Debian, Raspberry Pi OS) et Android. Supporte les formats de cartes S57 (ENC officielles NOAA, SHOM via S63), BSB raster, CM93, MBTiles. Plus de 45 plugins, dont GRIB météo, AIS, routage météo, radar. Aucun abonnement, aucun achat intégré, code source ouvert sur GitHub. Développé par une équipe d'environ 40 contributeurs actifs menés par David S. Register.
Qu'est-ce qu'OpenCPN, et qu'est-ce que ce n'est pas
OpenCPN est un Open Chart Plotter Navigator : un traceur logiciel qui lit des cartes marines, affiche une position GPS, trace des routes, enregistre des traces, décode des cibles AIS. Il fait à peu près ce que fait une console de navigation type B&G Zeus ou Raymarine Axiom, avec deux nuances importantes.
Première nuance : OpenCPN ne fournit pas les cartes. C'est un moteur d'affichage. Les cartes, vous devez les récupérer ailleurs. Aux USA, NOAA les distribue gratuitement. En France, les ENC du SHOM sont accessibles via le dispositif S63 (payant, via un revendeur agréé) ou via le catalogue libre des cartes raster anciennes. Pour un usage international approximatif, les jeux CM93 circulent depuis 20 ans sur les forums, avec une légalité variable selon les pays.
Deuxième nuance : OpenCPN n'est pas certifié SOLAS. Un professionnel de la marine marchande ne peut pas l'utiliser comme système principal en lieu et place d'un ECDIS homologué. Pour un plaisancier, ça n'a aucune importance, la réglementation française n'impose aucun traceur électronique à bord en plaisance côtière.
Concrètement, OpenCPN est pensé pour trois usages :
- Préparer une navigation sur l'ordi du bureau, tracer les waypoints, imprimer la route.
- Tourner à bord sur un portable ou un mini-PC comme traceur principal d'un petit voilier qui n'a pas 3 000 euros à mettre dans une console.
- Doubler un traceur de marque sur un bateau mieux équipé, pour croiser les informations et tester des plugins plus ouverts (routage, météo, AIS internet).
Installation par système
Windows
La procédure est classique. Télécharger l'installeur sur la page officielle (opencpn.org/OpenCPN/info/downloadopencpn.html), exécuter le .exe, laisser Windows demander les droits administrateur. L'installeur pose deux questions : emplacement d'installation et création d'un raccourci sur le bureau. Laissez les valeurs par défaut, tout marche.
Compter environ 250 Mo sur le disque. L'application démarre en quelques secondes sur un PC récent, un peu plus sur un portable de 2015.
Point technique : Windows Defender peut râler au premier lancement parce que le binaire est signé par la fondation OpenCPN, pas par une grosse éditrice. C'est normal. Cliquez sur "Informations complémentaires" puis "Exécuter quand même".
macOS
Depuis la page de téléchargement, récupérer le .dmg. Double-cliquer, glisser OpenCPN dans le dossier Applications, éjecter l'image disque. Au premier lancement, macOS bloquera l'application faute de signature Apple Developer. Il faut aller dans Réglages système, Confidentialité et sécurité, descendre en bas, cliquer "Ouvrir quand même" sur la ligne OpenCPN.
Sur un MacBook Air M1 de 2020, l'app tourne de façon fluide en natif Apple Silicon depuis la version 5.8. Avant, il fallait Rosetta 2, ce qui ralentissait surtout le rendu des cartes vectorielles quand on zoomait.
Linux et mini-ordinateurs
Sur Ubuntu, le paquet officiel est disponible via un PPA géré par la communauté OpenCPN :
sudo add-apt-repository ppa:opencpn/opencpn sudo apt update sudo apt install opencpn
Sur Fedora, un paquet RPM est maintenu et disponible via dnf install opencpn. Sur Raspberry Pi OS 64 bits, le paquet passe sans souci sur un Pi 4 avec 4 Go de RAM, ça peut même tourner sur un Pi 3 si on limite les plugins et si on reste sur des cartes raster BSB moins gourmandes que le vectoriel S57.
Un point pratique pour les utilisateurs Pi : la carte MicroSD vieillit vite quand OpenCPN enregistre des traces à haute fréquence. Mieux vaut stocker les logs sur une clé USB externe (le dossier par défaut est ~/opencpn/logs).
Android
Une version Android officielle est disponible sur le Google Play Store. Elle n'est pas gratuite sur Android (environ 10 euros d'achat unique au moment de la rédaction), les développeurs précisent que ce prix finance le portage mobile. Le moteur est le même qu'en desktop, l'interface adaptée au tactile. C'est utile pour emmener ses cartes préparées sur une tablette sans payer d'abonnement.
Ajouter des cartes, étape qui coince tout le monde
Une fois OpenCPN installé, au premier lancement vous verrez une carte blanche vide. C'est normal. Il faut pointer le logiciel vers un dossier de cartes.
Menu : Options > Charts > Chart Files. Cliquer "Add Directory", naviguer jusqu'au dossier où vous avez rangé vos cartes, cocher "Scan Charts and Update Database", valider. Le scan prend quelques secondes à plusieurs minutes selon la taille du jeu.
Où trouver les cartes :
NOAA (États-Unis, Bahamas, Alaska, Pacifique)
Gratuit, légal, officiel. Format S57 (.000) ou MBTiles. Téléchargement sur distribution.charts.noaa.gov/ncds/. Si vous naviguez en Floride, dans les Keys, aux Bahamas via un port US, sur la côte est, c'est le jeu de cartes que vous voulez. NOAA met à jour ses ENC chaque semaine avec les dernières corrections.
OpenSeaMap et OSM
OpenCPN 5.10 et versions suivantes utilisent un fond de carte monde dérivé de données OpenStreetMap pour l'affichage par défaut. OpenSeaMap y ajoute une couche de données nautiques communautaires (balises, profondeurs approximatives, zones de mouillage signalées). Qualité variable selon les zones, bon complément mais pas suffisant pour naviguer seul dans un chenal sinueux.
CM93 v2
Les jeux CM93 circulent en ligne, incluant une couverture mondiale à échelles moyennes. Techniquement, OpenCPN les lit sans problème : il suffit d'ajouter le dossier racine CM93 à la liste des répertoires actifs. Juridiquement, la donnée appartient à C-Map (société Navico), la copie hors licence est interdite. Beaucoup d'utilisateurs les embarquent quand même comme fond de carte de secours pour les zones non couvertes par d'autres sources, avec la philosophie "on ne navigue jamais à 200 mètres d'un rocher sur du CM93".
ENC officielles françaises (SHOM)
La donnée officielle SHOM pour OpenCPN passe par le format S63, qui est un S57 chiffré. Il faut acheter la licence via un revendeur agréé (comptez 100 à 300 euros par an selon la zone), recevoir une clé utilisateur et une permit file, puis installer le plugin S63 dans OpenCPN. Ça marche, c'est plus lourd qu'un Navionics à 40 euros, et ça vous donne la carte officielle française de référence. Pour un plaisancier qui navigue occasionnellement, le rapport qualité-prix est discutable. Pour comparer les options cartographiques françaises, j'ai détaillé les trois grandes familles dans ce comparatif des cartes nautiques (SHOM, NV Charts, Navionics).
Brancher un GPS et lire les trames NMEA
C'est là qu'OpenCPN devient un vrai traceur et plus un planificateur. Trois grandes façons de lui fournir une position.
GPS USB dédié
Un petit dongle GPS USB (type VK-162 ou Globalsat BU-353) coûte 20 à 30 euros, se branche sur un port USB, apparaît comme un port série virtuel (COM3 sous Windows, /dev/ttyUSB0 sous Linux, /dev/cu.usbserial-* sous macOS). Dans OpenCPN : Options > Connections > Add Connection, type Serial, le port détecté, protocole NMEA 0183, baudrate 4800 ou 9600 (variable selon le dongle, le 4800 est le défaut NMEA 0183 historique), Checksum coché.
Cocher aussi la case "Show NMEA Debug Window" à la première mise en service, ça ouvre une fenêtre qui affiche en direct les trames reçues. Si vous voyez défiler des phrases GGA, GLL, RMC, GSA, GSV, c'est bon, le GPS parle. Si la fenêtre reste vide, vérifiez baudrate et port.
L'icône de signal GPS en haut à droite passe verte dès qu'une fix est obtenue (trois barres ou plus).
Multiplexeur NMEA 0183 à bord
Sur un bateau existant avec pilote auto, girouette, sondeur, vous avez déjà un bus NMEA 0183 qui circule entre les instruments. Un multiplexeur (Quark-Elec QK-A032, Shipmodul MiniPlex, Actisense NGW-1) agrège ces données et les sort en USB ou en WiFi. Sur OpenCPN, la configuration est identique à un GPS USB simple, avec juste plus de trames à décoder (vent, profondeur, cap compas en plus de la position).
NMEA 2000 via passerelle
La norme NMEA 2000 est plus récente (connecteurs en T, bus CAN) et équipe la plupart des bateaux livrés depuis 2015. OpenCPN 5.8 et plus lit directement le N2K via une passerelle USB type Actisense NGT-1 (200 à 250 euros) ou une passerelle WiFi Yacht Devices. Dans Options > Connections, choisir NMEA 2000 au lieu de NMEA 0183. La liste des PGN supportés est large.
SignalK (avancé)
Pour qui a déjà un serveur SignalK à bord (souvent sur un Raspberry Pi qui centralise toutes les données du bord), OpenCPN se connecte en réseau TCP ou WebSocket. Adresse 127.0.0.1 si SignalK tourne sur la même machine, sinon l'IP du serveur, port 8375 par défaut. C'est la configuration la plus puissante, et aussi la plus technique à monter.
Les plugins qui valent vraiment le coup
OpenCPN de base contient trois plugins internes toujours présents : GRIB météo, Dashboard (instruments virtuels) et World Magnetic Map. Les autres s'installent via le Plugin Catalog (Options > Plugins > Update Plugin Catalog, puis Install à côté de chacun).
GRIB (interne)
Le plugin GRIB lit les fichiers GRIB2 de prévision météo (vent, pression, houle, précipitations, température de surface) et les superpose à la carte. On télécharge les GRIB depuis Saildocs, zyGrib ou des sources payantes. La lecture du vent directement sur la route qu'on prépare, c'est la fonction la plus utilisée d'OpenCPN une fois le traceur en place.
AIS via SDR ou récepteur
Si vous avez un récepteur AIS (dAISy, Vesper, Comar) ou juste une clé SDR radio USB avec l'antenne qui va bien, OpenCPN décode les messages AIS-B et affiche les cibles. Le plugin AIS Radar View affiche aussi les cibles sous forme de plan polaire. Très utile dans les zones denses type Manche ou Port-Cros en août.
Plugin de routage météo
Le plugin Weather Routing calcule une route optimisée à partir d'un fichier GRIB et du polaire de votre voilier. Méthode des isochrones. Ça ne vaut pas un vrai service payant type PredictWind ou Squid, mais c'est gratuit et ça donne des ordres de grandeur corrects. Pour apprendre à lire un routage, c'est un excellent bac à sable.
Watchdog
Surveille votre position, votre fond sous la quille, votre cap, votre zone de mouillage, et alerte si l'un sort des limites. Indispensable quand on dort au mouillage sur un fond pas franchement tenant.
Les vraies limites à connaître avant de s'engager
J'aime beaucoup OpenCPN, et je l'utilise depuis 2017 en parallèle d'un traceur Raymarine à bord. Je serais malhonnête de le présenter comme une solution magique. Trois limites franches :
Les cartes officielles françaises ne sont pas incluses gratuitement. Le S63 coûte cher pour un particulier, le processus d'activation est fastidieux, et sans ce format-là, la donnée SHOM récente n'est pas disponible légalement sur OpenCPN. C'est la principale raison pour laquelle beaucoup de plaisanciers finissent par payer un abonnement Navionics ou C-Map à 50 euros l'année, qui règle la question en 5 minutes.
L'ergonomie est celle d'un logiciel pro sans UX dédiée plaisance. Beaucoup de menus, beaucoup d'options, terminologie anglaise dans certains dialogues. Un skipper qui n'a jamais configuré un port série va galérer sur la première prise en main du GPS. Il faut accepter une courbe d'apprentissage de quelques heures. Pour une approche grand public plus lisse, l'application Nav&Co officielle SHOM est un point d'entrée plus simple, même si elle ne fait pas tout ce que fait OpenCPN.
La stabilité dépend beaucoup de votre machine et de vos plugins. OpenCPN plante rarement sur un PC propre avec deux plugins internes activés. Avec douze plugins chargés, un vieux GPS USB et une tablette Windows sous tension précaire, des freezes sont possibles. Rien de dangereux si vous avez une carte papier de secours, mais ne considérez jamais OpenCPN comme seul moyen de navigation.
Pour quel profil c'est vraiment adapté
Un plaisancier qui veut préparer ses navigations tranquillement à la maison, sur un écran 27 pouces, avec la météo GRIB et le routage en parallèle : OpenCPN est parfait, gratuit, puissant.
Un propriétaire d'un petit voilier sans traceur de bord, qui veut un système complet pour moins de 100 euros (GPS USB + mini PC + OpenCPN) : idéal, à condition d'accepter la prise en main technique.
Un skipper qui a déjà un traceur de marque à bord et qui veut un deuxième système indépendant pour tester, croiser les infos, ou rebondir en cas de panne : OpenCPN sur un portable stocké dans un placard étanche, chargeur allumage moteur, c'est une belle sécurité pour pas cher.
Un plaisancier qui veut "ouvrir l'appli et partir" sans apprendre, qui navigue en flotte avec téléphone connecté 4G tout le temps : Navionics ou C-Map mobile font le travail mieux et plus vite, et 40 euros par an est un prix raisonnable pour se dispenser du bricolage.
Sources
- Page de téléchargement officielle : opencpn.org/OpenCPN/info/downloadopencpn.html
- Notes de version 5.14.0 : github.com/OpenCPN/OpenCPN/releases
- Wiki officiel OpenCPN, section Connections : opencpn.org/wiki/dokuwiki/doku.php?id=opencpn:manual_basic:set_options:connections
- Installation des cartes (Chart Install) : opencpn.org/wiki/dokuwiki/doku.php?id=opencpn:manual_advanced:charts:chart_install
- Liste des plugins : opencpn.org/OpenCPN/info/downloadplugins.html
- NOAA Chart Distribution : distribution.charts.noaa.gov/ncds/
- Fiche Wikipedia (synthèse licence, historique) : en.wikipedia.org/wiki/OpenCPN
