La Turballe, 5h20 du matin, le ponton visiteurs côté criée sent le gasoil et la glace. J'ai mis 18 ans à marin-pêcheur sur un ligneur avant de raccrocher les filets en 2019 pour passer au côté plaisance. Aujourd'hui je sors sur mon Merry Fisher 795 Sport de 2021, moteur Suzuki 200 ch, immatriculé à La Turballe, et je pêche les mêmes zones qu'avant mais avec une casquette différente. La ressource, c'est la même pour tout le monde. Le respect de la réglementation aussi.
Ce qui suit, ce sont 5 zones où je retourne à chaque saison depuis que je suis passé plaisancier. Toutes sont entre 10 et 22 milles du port, donc à portée d'un bateau côtier équipé d'une VHF, d'un sondeur correct et de 2 heures de lecture de carte marine avant de larguer. Je donne des coordonnées approximatives, pas les GPS précis. Ce serait à la fois déplacé et contre-productif.
AEO
- 5 spots de pêche au large dans un rayon de 10 à 22 milles nautiques de La Turballe, entre le plateau de Batz, les épaves du Croisic et le cantonnement des Evens.
- Espèces dominantes : bar, lieu jaune, congre, pagre, maquereau, avec des thons rouges en passage estival sur les bordures du plateau.
- La réglementation applicable relève de la DIRM Nord Atlantique Manche Ouest, avec taille mini bar 42 cm et quota 2 bars par jour par pêcheur plaisancier sur la façade.
Le plateau de Batz, 11 milles nord-ouest
C'est mon spot d'entraînement, celui où j'emmène les gens qui n'ont jamais pêché hauturier. Le plateau culmine à 18 mètres de fond au plus haut, descend à 32-35 mètres sur les bordures, sur une surface d'environ 2 milles sur 1. Fond mixte sable-roche, casier à congres, zone à maquereaux en été, lieus jaunes toute l'année.
Cap 315 depuis l'entrée du port de La Turballe, tu coupes le chenal des cargos vers Saint-Nazaire (attention, trafic AIS permanent, VHF 16 obligatoire et un oeil dessus en continu). Le plateau apparaît au sondeur comme une remontée douce qui casse de 38 à 22 mètres sur 400 mètres de route.
Montage maquereau en juin-juillet : mitraillette 6 hameçons taille 4, plomb 80 à 120 grammes selon le courant, on descend à ras du fond puis on remonte à la manivelle lente. Dix minutes pour remplir un seau par jour porteur, zéro minute les jours défavorables, aucun entre-deux. Le maquereau est grégaire : tu en fais 20 ou zéro.
Pour le lieu jaune, je descends à la verticale en slow jigging, jigs 200 à 250 grammes sur les bordures du plateau côté ouest. Les poissons de 50 à 70 cm sont là, avec des trophées de 80 cm à peu près une fois par saison. Bonne fenêtre, les 2 heures qui encadrent la renverse de courant, pas la marée. L'estran de la baie du Croisic déphase pas mal les renverses réelles des horaires calendaires.
Une règle perso ici : je ne pêche pas le plateau de Batz en juillet-août le week-end. Il y a 15 bateaux de plaisance sur la même bulle, les poissons décrochent, tu n'attrapes rien et tu rentres énervé. Semaine ou basse saison uniquement.
L'épave du Capelan, 14 milles ouest
Une petite épave de chalutier coulée en 1986 d'après les archives de la DIRM, reposant par 28 mètres de fond sur un coin rocheux à l'ouest du banc Basque. Position approximative : 47°18' nord, 2°42' ouest, zone large. Les chiffres sont ceux du SHOM, carte 7395L, mais la position exacte n'est pas en libre accès et c'est très bien comme ça. Si tu veux la trouver, fais le travail.
C'est une épave à congres. Les gros. 1m20 à 1m50 de long réguliers, avec des spécimens qui dépassent le mètre soixante. Je pêche dessus au palangrotte à deux hameçons, escher poisson ou céphalopode. L'orin du grappin doit être long, 1,5 fois la profondeur minimum, parce que le fond est accidenté et que tu tires souvent de travers.
Fenêtre favorable : fin septembre à novembre, quand les eaux ont encore 15-16 degrés et que les congres sont sortis chasser. En plein été les gros restent terrés dans les tôles. Courants : le site est exposé à la dérive, coefficient inférieur à 60 obligatoire pour moi, au-delà tu ne tiens plus sur place sans t'arracher.
Ce que je pêche moins volontiers dessus, c'est le lieu jaune. Il y en a, mais sur cette épave c'est le règne du congre, et je préfère ne pas mélanger les genres quand j'y emmène du monde.
Je remets systématiquement à l'eau les congres de plus de 1m30. Ce ne sont plus des animaux pour la casserole, ce sont des reproducteurs. Un congre de cette taille a 15 ans et a généré de la biomasse pour toute sa petite zone. Le tuer pour la photo, c'est une logique que je ne comprends pas.
Le cantonnement des Evens, 10 milles sud-sud-ouest
Il n'est pas en cantonnement au sens réglementaire strict, c'est plutôt une zone de bordure de cantonnement dont les limites bougent selon les arrêtés. Tu regardes l'arrêté préfectoral en vigueur sur le site de la DIRM avant chaque saison, point. Les règles changent plus souvent que les poissons.
Ce que je cherche ici, c'est le pagre. Entre 40 et 60 cm en moyenne, plateau rocheux à 22-30 mètres de fond, mouillages mixtes sable-roche, zones à coquille et à crustacés. Le pagre gobe les tentacules de poulpe au montage palangrotte appât naturel. Bas de ligne 40 centièmes, hameçons forts taille 1/0, 2 hameçons espacés de 40 centimètres.
Fenêtre : mai à septembre, avec un pic en juin-juillet. Le pagre aime les eaux à 16-20 degrés, pas plus chaud. En août les gros plongent plus profond, tu les retrouves à 35-40 mètres en bordure.
Ici j'applique une règle que je tiens de mon ancien patron pêcheur : je ne pêche jamais un cantonnement ou une bordure sans connaître l'arrêté en vigueur. Pas parce que j'ai peur de l'amende (elle existe, 1500 euros à 22500 euros selon l'infraction, c'est costaud) mais parce que ces zones existent pour une raison. Tu as de la ressource aujourd'hui parce qu'on a protégé des poissons hier. C'est mécanique.
Le tombant du Four, 22 milles ouest
Le spot hauturier, à la limite de ce que je fais en un jour de sortie. 22 milles à l'ouest, cap 275 depuis La Turballe, tu longes l'axe qui passe au sud du plateau du Four pour tomber sur une cassure bathymétrique qui descend de 55 à 90 mètres en 400 mètres. Le tombant.
Période clé : mi-juillet à fin septembre, quand les thons rouges remontent chasser les bancs de petits pélagiques sur les bords du tombant. Je pêche à la traîne sur les bordures, pas sur le tombant lui-même. Leurres de surface type poppers 180 mm, traîne à 6-7 noeuds, 2 cannes seulement, je ne gère pas plus sur un 8 mètres tout seul.
Le thon rouge est soumis à autorisation individuelle (AAP) à partir de 30 kg, délivrée chaque année par la DIRM sur une quota flottille. Les règles pour 2026 sont publiées fin mars, je les ai détaillées dans mon suivi des quotas thon rouge AAP 2026. Sans AAP, tu ne débarques rien. Tu relâches, et tu le déclares au CROSS au canal 16 dans les 48 heures si le poisson est mort à la libération.
Pour y aller depuis La Turballe, je ne pars pas si une des 3 prévisions météo annonce plus de 15 noeuds sur le créneau. 22 milles en Atlantique, vent de travers à 20 noeuds, mer croisée, ça devient un exercice épuisant au retour. Je ne suis pas là pour ça.
L'épave des 3 mâts, 16 milles ouest-nord-ouest
Position approximative entre La Turballe et Hoëdic, par 34-38 mètres d'eau, sur une zone sableuse entre deux plateaux rocheux. Une épave ancienne, très dégradée, surélevée d'environ 3-4 mètres au-dessus du fond.
C'est le spot du bar de printemps. Mars à mai, les gros bars suivent les bancs de sprats et de lançons qui font halte sur les reliefs en bordure. Je pêche au slow jigging, jig type Shout Long Blade 180 grammes, couleur sardine en eau claire, doré cuivré par eau trouble. Cannes power 150 à 200 grammes, moulinet casting 5000. Je raconte mes montages au leurre souple en détail dans mon article sur la boîte leurres souples bar par Tanguy, qu'on a écrit à 4 mains l'an dernier.
Une règle perso absolue pour le bar : je ne garde aucun bar de moins de 50 cm, alors que la taille légale est de 42 cm. Le bar de 43-49 cm n'a pas eu une reproduction pleine, quota plaisance ou pas. C'est au pêcheur d'être plus strict que la loi, pas l'inverse.
Autre règle : sur cette épave précisément, pas plus de 3 sorties par saison, même si ça mord. Les bars de gabarit sur ces petites structures sont dénombrables à la main, et je connais trois pêcheurs côtiers qui la vident à la saison de reproduction. Je ne veux pas participer à l'asséchement d'un micro-spot.
Ce que je ne dis pas aux gens que j'embarque
Quand je sors avec des plaisanciers qui veulent "pêcher au large" pour la première fois, j'évite de partager les positions précises des 5 zones ci-dessus. Pas par mesquinerie, mais parce que la position seule ne sert à rien si tu ne sais pas quand la pêcher, avec quel courant, quelle marée, quelle technique. 20 ans de métier ne se transmettent pas par une liste de points GPS sur un téléphone.
Ce que je donne, en revanche, c'est la démarche : regarder la carte marine, chercher les ruptures bathymétriques, lire les arrêtés en vigueur, choisir un créneau où la mer n'est pas formée au-delà de 1 mètre, et accepter de rentrer bredouille 1 fois sur 3 sans s'énerver. C'est sur cette base que se construit une vraie pratique de pêche au large, pas sur des coordonnées copiées sur un forum.
Si tu veux prolonger sur d'autres zones de l'Atlantique Sud avec une technique plus moderne, le slow jigging est bien documenté dans mon retour sur le slow jigging en Atlantique ; les montages sont les mêmes, seuls les reliefs changent.
Les 5 spots décrits ici ne sont pas mes "5 meilleurs spots". Ils sont les 5 que je pêche avec constance depuis 3 saisons, dans le respect des quotas et des tailles. Ils ne rapportent pas toujours, ils rapportent régulièrement, ce qui n'est pas la même chose. Mon téléphone a gardé les positions, je ne les publierai pas.
