Résumé
Paul Le Guen, 51 ans, a navigué 22 ans en pêche professionnelle au filet et au caseyeur entre Erquy et la baie de Saint-Brieuc. Depuis 2019, il a basculé en guide de pêche plaisance avec un Cap Sicié 705. Il sort 180 jours par an, accompagne 4 personnes maximum, et vise lieu jaune, bar et maquereau selon saison.
Le tournant de 2018
Paul est né à Pléneuf-Val-André, fils et petit-fils de pêcheurs. À 16 ans, il commence en mousse sur le bateau de son oncle, puis passe son brevet de patron en 2002. En 2018, après vingt-deux saisons sur des unités de filet et de casier, il vend sa licence et son chalutier de 11 m. Il a 43 ans.
"La rentabilité de la petite pêche se dégradait année après année. Le gasoil, les casiers volés, le poisson moins cher au cul du bateau, et surtout les nuits de plus en plus dures. Je n'avais plus envie de subir."
Sa première année post-pêche, il pose les armes. Il voyage en Norvège, fait du mareyage trois mois en Écosse pour un ami, puis revient à Erquy en septembre 2019. Le projet de guide de pêche se construit en six mois, avec l'aide d'un ancien client devenu plaisancier passionné.
Le bateau et le concept
Paul a investi dans un Cap Sicié 705 d'occasion, six ans, motorisé en Suzuki 175. Le bateau cabine, 7,20 m, autonomie de 240 milles, accepte quatre clients dans de bonnes conditions. Le choix du modèle est dicté par l'expérience : "Un bateau de pêche pro est trop gros et trop lent pour la plaisance. Un open est trop spartiate par jour froid. Le Cap Sicié coche les cases."
Tarif d'une journée complète : 480 € pour quatre personnes, soit 120 € par tête, repas du midi inclus en saison. La demi-journée est à 280 €. Paul fournit le matériel (cannes Black Cat 2,40 m en 100 g, moulinets Penn Squall 30, leurres et appâts).
Une saison type
Paul ne sort pas tout au long de l'année. Sa saison commerciale court de mars à novembre, soit environ 180 jours.
- Mars-avril : pêche au lieu jaune sur tombants au mort manié, par 25 à 50 m.
- Mai-juin : bar à la traîne au leurre souple, écheveaux Caps d'Erquy et Plaha.
- Juillet-août : dorades grises et maquereaux pour public familial.
- Septembre-octobre : reprise du bar et du lieu, période la plus productive.
- Novembre : sorties courtes sur fenêtres météo, lieu jaune en hiver précoce.
Décembre à février, il entretient le bateau, fait du démarchage local et part une semaine en Espagne. "Sortir à 6 nœuds dans 12°C de mer pour 8 heures, ça use. Je ne vends pas de souffrance."
La baie de Saint-Brieuc, terrain de jeu
La connaissance fine de la baie est son capital. La baie de Saint-Brieuc s'étend sur 800 km², avec des marées de plus de 12 m en vive-eau, ce qui crée des courants forts et des fonds très variés.
"En 22 ans de pro, j'ai sondé chaque pierre entre la pointe de la Latte et l'île Saint-Riom. Mes clients, je les amène sur des postes que je connais à 20 m près. Ce n'est pas du copier-coller de carte marine, c'est de la mémoire de mer."
Les spots majeurs qu'il exploite régulièrement :
- Le Plateau de la Horaine, à 4 milles au nord du cap d'Erquy, lieu jaune.
- Les pierriers du Verdelet, à 1,5 mille au large, bar et tacaud.
- Le Banc de la Horaine, sable et coquilles, pour la dorade grise et le maquereau.
- Les écheveaux face à Hillion, sur courants de marée, bar à la traîne.
La transition pro-plaisance vue de l'intérieur
Paul ne se considère pas comme un déserteur de la pêche professionnelle. "Je continue à dire que la pêche pro est l'épine dorsale de la côte. Sans pros, plus de poisson sur les étals, plus de criée, plus d'identité maritime. Mais j'ai sauté le pas parce que j'étais usé."
Il refuse de prendre des clients qui veulent pêcher en quantité industrielle. "Les gros pêcheurs de palangrottes qui veulent remonter 40 maquereaux à l'heure, je les envoie ailleurs. Avec moi, on parle technique, on relâche les petits, on respecte la saison."
La sensibilisation fait partie du métier. Il explique les tailles minimales, les habitats, les arrêtés saisonniers. Plusieurs clients sont devenus des plaisanciers réguliers et viennent le voir hors prestation pour échanger sur leurs sorties personnelles.
Les difficultés du métier
Le métier de guide de pêche reste précaire. Statut de microentreprise, pas de revenus garantis, dépendance totale à la météo. "Cinq jours de tempête en juillet, c'est 3 000 € de chiffre d'affaires perdu. Pas de chômage technique pour nous."
Les charges sont également contraignantes : assurance pro 2 800 € par an, entretien du bateau 4 500 € en moyenne, gasoil 7 200 € sur la saison. Paul vise un chiffre d'affaires annuel autour de 65 000 €, ce qui laisse, frais déduits, un revenu net comparable à un instituteur en début de carrière.
Conseil aux candidats à la reconversion
"Ne le faites pas pour fuir. Faites-le si vous aimez transmettre. Il faut avoir envie d'expliquer la même chose dix fois par jour à des gens qui ne connaissent pas la mer. Ce n'est pas la pêche au casier en autonomie, c'est un métier de relation."
Le brevet de capitaine 200 reste obligatoire pour transporter des clients. La formation représente 4 mois et 6 500 € en école agréée. Pour les anciens pros, certaines équivalences raccourcissent le parcours.
La suite
Paul a embauché un second guide en 2024, un autre ancien marin-pêcheur reconverti. L'objectif : doubler la capacité d'accueil sans saturer les postes. "On ne pêche pas à dix bateaux sur le même tombant. C'est le respect des collègues qui fait durer le métier."
Les sorties guidées de Paul sont consultables sur sa page d'opérateur, et ses zones de pêche favorites apparaissent dans les retours de plaisanciers sur BoatMap pour ceux qui veulent ensuite y retourner en autonomie.
