Bretagne Nord

Saint-Malo, port des corsaires : six siècles d'histoire maritime

Saint-Malo et ses corsaires, de Surcouf à Duguay-Trouin : six siècles d'aventure maritime racontés depuis les remparts.

Résumé

Saint-Malo a vécu trois siècles au rythme de la course autorisée par lettre du roi. Surcouf, Duguay-Trouin, Mahé de la Bourdonnais : la cité corsaire a forgé une part de l'histoire maritime française. Aujourd'hui, ses remparts et ses bassins racontent encore cette épopée.

Naître entre deux marées

Saint-Malo est un port atypique, posé sur un rocher entouré par la baie et le marnage le plus important d'Europe : jusqu'à 13 mètres aux grandes vives-eaux. Cette géographie a tout déterminé. Les approches sont semées d'écueils, l'entrée des bassins se fait par écluse, et chaque marin de la cité connaît la mer comme un terrain rude.

Au XIIe siècle, l'évêque Jean de Châtillon transfère son siège dans l'île, et la ville prend son essor. Le port se développe lentement, d'abord pour la pêche puis pour le commerce avec l'Angleterre et l'Espagne. Au XVe siècle, les Malouins commencent à armer pour la course, dans des règles strictes fixées par le roi de France.

La course, un métier de marin

La guerre de course, ce n'est pas la piraterie. C'est une activité légale, encadrée par la lettre de marque délivrée par le souverain, qui autorise un capitaine à attaquer les navires d'une nation ennemie en échange d'une part des prises remise au Trésor. Saint-Malo en devient la capitale française entre la fin du XVIIe siècle et le début du XIXe siècle.

Les armateurs malouins arment des frégates rapides de 200 à 600 tonneaux, taillées pour la chasse plus que pour le combat frontal. Les équipages sont souvent recrutés sur place, parmi les pêcheurs de Cancale et les marins de Saint-Servan. Une bonne campagne de course peut rapporter cinq à dix fois la mise initiale en quelques mois.

Duguay-Trouin, le précurseur

René Duguay-Trouin, né à Saint-Malo en 1673 dans une famille d'armateurs, est le premier des grands corsaires de la cité à entrer dans l'histoire. À 18 ans, il commande déjà une frégate. À 22 ans, il s'évade des prisons anglaises de Plymouth dans des conditions rocambolesques. À 35 ans, il prend Rio de Janeiro à la tête d'une expédition de onze navires en 1711.

Cette prise lui vaut la noblesse, le grade de chef d'escadre puis de lieutenant général des armées navales. Il finit sa carrière comme commandant des armées navales sous Louis XV. Une statue le représente aujourd'hui sur la place Chateaubriand, à l'intérieur des remparts. Sa devise : Dedit haec insigna virtus.

Surcouf, le mythe

Robert Surcouf, né en 1773, est sans doute le corsaire le plus célèbre de l'histoire française. Il commence dans le commerce des Indes, contourne les interdictions de la Convention sur l'esclavage, puis s'engage dans la course après la perte de sa première fortune. Sa prise la plus mythique reste celle du Kent, vaisseau anglais de 38 canons, abordé en 1800 par les 19 canons du Confiance dans le golfe du Bengale.

De retour à Saint-Malo en 1809, il devient l'un des armateurs les plus puissants de la cité. Il finance pendant les guerres napoléoniennes une dizaine de corsaires qui ramènent des dizaines de prises anglaises. Sa statue, sur le bastion Saint-Louis, le représente le bras tendu vers la mer, signe pour la postérité.

La rivalité avec l'Angleterre

L'âge d'or de la course malouine correspond aux longues guerres avec l'Angleterre, de 1689 à 1815. Pendant ces 126 années entrecoupées de courtes paix, les Malouins capturent plus de 1 600 navires anglais selon les archives. Inversement, Saint-Malo subit plusieurs bombardements anglais, dont le plus violent en 1693, quand l'amiral Benbow tente de détruire la ville par un brûlot rempli de poudre.

Cette guerre permanente forge l'identité de la cité. Les remparts, agrandis à chaque siècle, en témoignent. Le fort national, construit par Vauban en 1689 sur l'îlot voisin, est l'aboutissement de ce système défensif. Il reste aujourd'hui l'un des plus visités de la côte d'Émeraude.

Une économie maritime totale

La course n'est pas la seule activité de Saint-Malo. Les Malouins arment aussi pour la grande pêche à Terre-Neuve dès 1517, pour le commerce avec les Indes orientales avec la création de la Compagnie des Indes, et pour la traite négrière, partie sombre de cette histoire. La ville compte au XVIIIe siècle parmi les cinq premiers ports français en valeur d'armement.

Cette diversification fait la fortune de quelques dynasties d'armateurs : les Magon, les Pottier, les La Houssaye. Leurs hôtels particuliers, dont certains visibles aujourd'hui dans la vieille ville, témoignent de cette opulence. L'hôtel d'Asfeld, construit pour François Auguste Magon, est devenu un musée privé consacré à l'histoire de la course.

L'approche de Saint-Malo demande une bonne lecture des courants et du balisage. Les Sept-Îles, les Minquiers et les passes vers Dinard exigent attention par mer formée. Le port comprend trois bassins à flot accessibles par écluse aux Naye et Vauban. Le bassin Vauban, intégré aux remparts, offre un mouillage exceptionnel à quelques pas de la vieille ville.

Côté visite, la Demeure de corsaire au numéro 5 de la rue Asfeld, le musée d'Histoire de la ville dans le donjon du château, et la tour Solidor à Saint-Servan permettent de remonter le fil de l'histoire en une journée.

Préparer une escale à Saint-Malo, c'est anticiper les écluses, choisir un horaire de marée et organiser ses jours à terre. Sur BoatMap, la fiche du port et l'itinéraire de la côte d'Émeraude regroupent ces repères, mis à jour par les plaisanciers qui en reviennent.

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