Bretagne Nord

Phare de la Jument, histoire et photo légendaire

Le phare de la Jument à Ouessant : histoire de sa construction, légende de la photo de Jean Guichard et navigation autour.

Résumé

Le phare de la Jument, planté sur un rocher à l'extrémité sud-ouest d'Ouessant, est l'un des phares les plus célèbres au monde grâce à la photo prise par Jean Guichard en 1989, où le gardien Théodore Malgorn apparaît à la porte tandis qu'une vague énorme déferle sur la tour. Mis en service en 1911, il signale l'un des passages les plus dangereux de la mer d'Iroise.

Le contexte de la mer d'Iroise

Pour comprendre pourquoi la Jument existe, il faut prendre la mesure de la mer d'Iroise. Cette portion d'Atlantique entre Ouessant, Sein et la pointe du Raz est une des zones de navigation les plus difficiles d'Europe. Courants de marée violents, hauts-fonds, brumes fréquentes, vents d'ouest qui montent vite. Avant la mécanisation et la radio, les naufrages y étaient innombrables.

Les anciens disaient « qui voit Ouessant voit son sang ». Les statistiques leur donnaient raison. Au dix-neuvième siècle, plusieurs centaines de navires se sont perdus dans le secteur. Le rail d'Ouessant, qui canalise aujourd'hui le trafic maritime international entre Manche et Atlantique, n'existait pas. Chaque navire tentait sa chance, en suivant des cartes parfois fausses et des balises insuffisantes.

Une donation, un phare

L'origine du phare est singulière. En 1904, un riche bourgeois nommé Charles-Eugène Potron, qui n'avait jamais été marin et n'avait aucun lien personnel avec la Bretagne, légua par testament une somme conséquente à l'État pour la construction d'un phare en mer d'Iroise.

Sa volonté était claire : il souhaitait que ce phare réduise les naufrages dans cette zone qui l'avait toujours fasciné par son caractère sauvage. Le testament imposait que le chantier soit achevé en sept ans, sous peine d'annulation du legs.

L'État accepte le défi et choisit le rocher d'Ar Gazek-Koz, au sud-ouest d'Ouessant, qui domine le passage du Fromveur. Le chantier démarre en 1904. Les conditions sont extrêmes. La mer est rarement calme assez longtemps pour bétonner. Les ouvriers ne peuvent débarquer qu'une dizaine de jours par mois.

Une construction dans l'urgence

Pour respecter le délai testamentaire, l'ingénieur Georges de Joly accepte des compromis techniques. La fondation est moins profonde qu'elle aurait dû. Le ciment n'a pas eu le temps de prendre suffisamment entre chaque coulée. Le phare est terminé en 1911, juste avant l'expiration du délai.

Les conséquences se font sentir rapidement. Dès les premières tempêtes hivernales, la tour vibre sous l'impact des vagues. Les gardiens vivent dans la peur constante de l'effondrement. Plusieurs travaux de consolidation sont entrepris dans les années 1920 et 1930, avec ajout de tirants en acier et renforcement des fondations.

Aujourd'hui, le phare tient debout, mais la Jument reste l'un des phares les plus exposés du monde. Par tempête d'ouest, les vagues déferlent à plus de 45 mètres au-dessus du niveau de la mer, parfois jusqu'au sommet de la lanterne.

La photographie de 1989

C'est cette exposition exceptionnelle qui a fait la légende de la Jument. Le 21 décembre 1989, le photographe Jean Guichard est en mission héliportée pour saisir une tempête historique sur les phares bretons.

Au-dessus de la Jument, il photographie une vague gigantesque qui se brise sur la tour. Le gardien, Théodore Malgorn, sort à ce moment-là pour vérifier les dégâts d'une déferlante précédente. Il croit entendre l'hélicoptère, mais imagine qu'il s'agit d'un avion de secours et ne sort pas immédiatement.

Quand il sort enfin sur la passerelle, une vague énorme arrive derrière lui. Le photographe, à 30 mètres au-dessus, déclenche au moment où la vague semble sur le point d'engloutir le gardien. Théodore Malgorn rentre in extremis avant l'impact.

La photo fait le tour du monde. Elle est aujourd'hui l'une des images les plus reconnaissables de l'histoire de la photographie maritime. Elle a été tirée à des dizaines de milliers d'exemplaires, exposée dans tous les pays.

La fin du gardiennage

Pendant des décennies, la Jument a été tenue par des gardiens isolés, qui se relayaient toutes les deux à six semaines selon la saison et la météo. La vie là-bas était rude. Espace exigu, isolement, et lors des tempêtes la sensation que la tour pouvait s'effondrer à tout moment.

Le phare a été automatisé en 1991, deux ans après la photo de Guichard. Les derniers gardiens ont quitté la Jument pour ne plus y revenir. Aujourd'hui, le phare fonctionne en autonomie, alimenté par un panneau solaire et un groupe électrogène, avec contrôle à distance par les Phares et Balises depuis Brest.

Pour les plaisanciers qui contournent Ouessant, la Jument se voit de loin par temps clair. Elle est située à environ 1,3 mille au sud-ouest de la côte d'Ouessant, sur un alignement remarquable depuis le sud.

Le passage entre la Jument et la côte (le Fromveur) est l'un des plus rapides de France en termes de courant. Les marées peuvent y atteindre 7 à 8 nœuds en vives-eaux, et le passage devient impraticable contre le courant. Ne franchissez jamais le Fromveur sans avoir étudié les heures de marée et les coefficients.

Mouillage proche du phare déconseillé, sauf par calme plat absolu. Les courants et la houle de fond rendent toute escale très inconfortable.

Symbole de la résistance bretonne

Au-delà de la photo, la Jument incarne une certaine vision de la Bretagne maritime. Une terre exposée aux éléments, où les hommes ont bâti des ouvrages improbables au prix d'efforts immenses, et où la mémoire des marins disparus reste vive.

Pour les plaisanciers qui visitent Ouessant, faire un détour pour voir la Jument depuis le large est presque obligatoire. C'est aussi l'occasion de mesurer ce que représente vraiment naviguer en mer d'Iroise, dans des conditions parfois clémentes, parfois infernales.

Pour préparer votre passage du Fromveur et anticiper les courants autour d'Ouessant, BoatMap propose des prévisions de marée détaillées et une cartographie nautique adaptée à la zone.

Essayez BoatMap gratuitement

Cartes nautiques, 50 000+ ports et mouillages, météo marine et suivi GPS.

Download on the App StoreGet it on Google Play