Résumé
Le phare de la Giraglia veille sur la pointe nord du Cap Corse depuis 1848. Il marque l'entrée du canal entre l'île et le continent corse, point de passage pour les routes Méditerranée nord-sud. Aujourd'hui automatisé, il reste un symbole pour la Giraglia Rolex Cup partie de Saint-Tropez.
Une île, un caillou, un phare
La Giraglia, c'est d'abord une île. Un bloc de serpentine verte qui sort de l'eau à environ un mille de la pointe Agnellu, l'extrémité nord du Cap Corse. Vu du pont d'un voilier qui descend de Bonifacio ou qui remonte vers Bastia, le caillou apparaît bien avant qu'on devine la silhouette carrée de la tour.
Le phare a été allumé en février 1848. À l'époque, le trafic entre Marseille, Gênes et l'Italie centrale traversait ce bout de mer en permanence. Les voiliers de commerce coupaient au plus court, parfois trop près du Cap, et les naufrages sur la côte ouest corse étaient une réalité chiffrée dans les registres des Affaires maritimes.
Construire sur un confetti
Le chantier a été tout sauf simple. Pas de port, pas de plage, juste une pente rocheuse exposée au libeccio comme au grec. Les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont fait débarquer matériaux et ouvriers à la pointe nord-est, le seul endroit à peu près abrité par vent dominant. Les blocs de pierre étaient extraits sur place pour limiter le transport.
La tour fait environ 14 mètres, posée sur une plateforme à 60 mètres au-dessus de la mer. La portée nominale, après la mise aux normes électriques du XXe siècle, dépasse les 28 milles par bonne visibilité. Trois éclats blancs toutes les quinze secondes, c'est sa signature lumineuse, celle qu'on cherche dans la nuit quand on remonte du sud.
Une vie de gardiens
Pendant plus d'un siècle, des familles ont vécu là. Le ravitaillement se faisait à la mer, parfois rythmé par les rotations du sémaphore voisin. Les gardiens tenaient un journal météo précis qui a longtemps servi aux prévisions locales. Beaucoup de marins de plaisance racontent encore les coups de téléphone radio que la Giraglia passait à Bastia pour signaler un coup de vent qui montait.
L'automatisation est intervenue dans les années 1980, comme partout. Le dernier gardien a quitté le caillou et le phare est devenu un point télégéré, alimenté par panneaux solaires et lié au CROSS Corse pour les pannes éventuelles.
Le rendez-vous des régatiers
La Giraglia a une seconde vie : celle des régates. La Giraglia Rolex Cup, organisée depuis 1953, part de Saint-Tropez, contourne le rocher et finit à Gênes. Pour beaucoup d'équipages, doubler le phare au petit matin est le moment fort de la course. La photo aérienne du peloton défilant sous la tour est devenue une image de référence de la voile méditerranéenne.
L'épreuve attire chaque année des classes très différentes, du Class40 au Maxi 100 pieds, et c'est aussi un repère pour les plaisanciers qui suivent la flotte de loin. La période fin juin reste celle où la Giraglia est la plus animée, avec des dizaines de bateaux qui passent dans la même heure.
Naviguer aux abords
Le canal entre la Giraglia et la pointe Agnellu fait moins d'un mille. Les courants y atteignent facilement deux nœuds par vent fort, et la mer peut s'y creuser nettement. Les instructions nautiques recommandent de passer largement au nord par mauvais temps, ou de doubler côté est en se tenant à un demi-mille du caillou par temps calme.
Les fonds remontent rapidement à proximité immédiate de l'île. Aucun mouillage n'est sécurisé sur place, et la zone est classée en réserve depuis plusieurs années, ce qui interdit la plongée et le débarquement sans autorisation.
Comment l'observer aujourd'hui
Pour le voir de près, deux options. Depuis la terre, la marche jusqu'à la pointe Agnellu, au départ de Barcaggio ou de Tollare, donne un angle parfait au coucher du soleil. Depuis la mer, beaucoup de plaisanciers font une boucle Macinaggio, Centuri et passent la nuit sur ancre dans la baie de Tollare quand le temps le permet, en surveillant la rotation de la lumière.
Préparer une telle escale, c'est croiser plusieurs paramètres : la météo dominante, l'état des mouillages voisins, et les zones de protection. Sur BoatMap, l'itinéraire du tour du Cap Corse est cartographié avec les abris connus et les remarques des plaisanciers qui viennent d'y passer, ce qui aide à choisir la bonne fenêtre.
