Atlantique Sud

Phare de Cordouan, histoire et visite par bateau

Le phare de Cordouan, plus vieux phare de France encore en activité, classé UNESCO : histoire, architecture et visite par bateau.

Résumé

Le phare de Cordouan, planté à l'embouchure de la Gironde, est le plus vieux phare de France encore en activité. Construit entre 1584 et 1611, classé monument historique dès 1862 et au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2021, il se visite uniquement à marée basse, accessible par vedette depuis le Verdon-sur-Mer ou Royan.

Premier souvenir

J'ai vu Cordouan pour la première fois depuis le pont d'un chalutier de Royan, un matin de septembre où la brume venait juste de se lever. Le phare émerge littéralement de la mer, posé sur un banc rocheux qui n'est visible qu'à marée basse. À pleine mer, il semble flotter. À marée basse, on découvre son socle, le banc de Cordouan, et la pleine ampleur du chantier qu'il a fallu pour bâtir un tel monument au milieu de l'eau, à la fin du seizième siècle.

Le pilote du chalutier, un type de Saint-Georges-de-Didonne qui faisait la navette pour les visiteurs, m'a raconté que pour les marins de la Gironde, Cordouan n'est pas seulement un phare. C'est une mémoire familiale. Trois générations dans sa famille avaient navigué autour, certains comme matelots, d'autres comme gardiens jusqu'à l'automatisation en 2012.

Histoire d'un chantier de 27 ans

Les premières signalisations à l'embouchure de la Gironde remontent au quatorzième siècle, sous l'autorité du Prince Noir, Édouard de Woodstock, alors gouverneur de l'Aquitaine anglaise. Une tour octogonale fut bâtie sur le banc rocheux, avec un ermite chargé d'entretenir un feu de bois en haut.

Le projet de phare monumental tel qu'il existe aujourd'hui remonte à 1584. Henri III, roi de France, confie la mission à Louis de Foix, architecte qui avait travaillé à l'Escurial en Espagne. Le défi technique est immense. Construire un phare de pierre au milieu de la mer, sur un banc submergé deux fois par jour, avec les outils de la fin du seizième siècle, relevait de la prouesse.

Louis de Foix conçoit un édifice à plusieurs niveaux : un logement pour le gardien, une chapelle, un appartement royal pour Henri III qui n'y mit jamais les pieds, et la lanterne au sommet. Les travaux commencent en 1584. Ils dureront 27 ans, ralentis par les guerres de religion, les tempêtes qui détruisaient régulièrement les coffrages, et les difficultés financières.

Le phare est mis en service en 1611, sous Henri IV. Sa lanterne brûle d'abord à l'huile de baleine, puis au pétrole, puis à l'électricité.

Architecture, un Versailles des mers

Cordouan est surnommé le Versailles des mers, et l'expression n'est pas usurpée. Sur ses 67 mètres de hauteur, l'édifice présente une succession de styles qui racontent l'évolution architecturale de quatre siècles.

Le rez-de-chaussée et le premier étage datent du seizième siècle. La chapelle royale, ornée de marbre et de sculptures, témoigne de l'ambition démesurée de Louis de Foix. C'est probablement la seule chapelle catholique au monde située à plusieurs kilomètres en mer.

L'appartement royal, vide depuis sa construction, conserve son décor d'origine. Il était destiné à Henri III, mais aucun roi de France n'y a jamais séjourné.

Au-dessus, les étages ont été surélevés et modifiés au dix-huitième siècle, sous Louis XV, par l'ingénieur Joseph Teulère. La lanterne actuelle date de cette époque.

Le rôle stratégique du phare

L'embouchure de la Gironde est l'une des plus dangereuses de France. Les bancs de sable se déplacent en permanence, les courants de marée atteignent facilement 4 nœuds, et les vents d'ouest peuvent transformer la passe en une zone très difficile à négocier.

Cordouan signale l'entrée du chenal de navigation, qui mène aux ports de Bordeaux, Pauillac et Le Verdon. Sans cette balise, le commerce maritime girondin n'aurait jamais pu se développer comme il l'a fait au dix-septième et dix-huitième siècles.

Aujourd'hui encore, malgré les GPS et les balises radar, Cordouan reste un repère essentiel pour les pilotes de la Gironde et pour les plaisanciers qui cherchent à entrer ou sortir de l'estuaire.

Visiter Cordouan par bateau

L'accès au phare se fait uniquement par bateau, et seulement à marée basse. Plusieurs vedettes assurent la navette depuis Le Verdon-sur-Mer, Royan, et Saint-Georges-de-Didonne, principalement entre avril et octobre.

La traversée dure environ 35 à 45 minutes selon le port de départ. Sur place, vous descendez sur le banc rocheux à marée basse, et vous avez environ 2 à 3 heures pour visiter le phare avant que la marée ne remonte et qu'il faille rembarquer.

Compter 35 à 50 euros par adulte pour le trajet aller-retour, et 4 à 7 euros pour la visite guidée du phare. Réservation obligatoire, surtout en juillet-août.

Aspects pratiques pour les plaisanciers

Si vous naviguez à votre propre bateau, l'approche du banc de Cordouan est délicate. Les courants de marée sont forts, et les eaux peu profondes au-dessus du banc demandent une attention particulière.

Mouillage possible sur le banc pendant les périodes calmes, mais à éviter par mauvais temps. La houle d'ouest qui remonte la passe peut rendre le mouillage très inconfortable. Les vedettes commerciales rentrent au port dès que les conditions se dégradent.

Pour atterrir au phare avec votre annexe, choisissez la marée descendante pour avoir le temps de visiter avant que la marée ne remonte. Prévoyez chaussures fermées, vêtement coupe-vent, et de l'eau (rien n'est vendu sur place).

Le classement UNESCO

Cordouan a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en juillet 2021, après plus de dix ans de travail des associations locales et de l'État français. La candidature mettait en avant la valeur architecturale unique du phare, son importance dans l'histoire de la signalisation maritime, et sa préservation exceptionnelle.

Ce classement a entraîné un afflux de visiteurs, et les billets de vedette sont désormais souvent complets plusieurs semaines à l'avance en haute saison. Pour préparer une visite tranquille, mieux vaut viser mai, juin ou septembre.

Pour aller plus loin

Si Cordouan vous fascine, prolongez la découverte par une navigation dans la Gironde. Le port de Pauillac, le mouillage de Patiras, l'estuaire en aval de Blaye offrent autant d'occasions de redécouvrir le caractère unique de cet espace fluvio-maritime français.

Le musée du phare, à Saint-Georges-de-Didonne, présente l'histoire détaillée de Cordouan et la vie des gardiens jusqu'à l'automatisation. À voir avant ou après la visite du phare lui-même.

Pour préparer votre approche de Cordouan et garder une trace de votre escale, BoatMap propose des cartes des bancs de sable de la Gironde et des relevés à jour des courants de marée.

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