Corse

Mes 7 mouillages préférés du Cap Corse, par Céline

11 saisons à Macinaggio, Oceanis 34. Tamarone, Barcaggio, Centuri, Cala Genovese : où je jette, ce que je dis du levantu, et le mouillage que je tais.

8 juin 2024, 6h du matin, l'eau était laiteuse à Tamarone. Pas opaque, laiteuse, comme du verre dépoli. Le grecale était tombé pendant la nuit, le bateau dormait sur son ancre, et j'étais montée dans le cockpit en pull avec un café. Je suis Céline, j'ai 49 ans, kiné à Bastia depuis 2008, et c'est la onzième saison que je fais avec mon Oceanis 34 sur le Cap Corse. Avant, je naviguais sur des bateaux de copains, à droite à gauche en Méditerranée. Le Cap, je l'ai trouvé en 2014 et je n'en suis plus partie.

J'ai vécu à Lyon jusqu'à 30 ans. Je me suis installée en Corse en 2007 avec mon compagnon, qui est cap corsin de Centuri. Je dis ça parce que ça change ma façon de regarder ces mouillages. Ce ne sont pas des destinations vacances. C'est mon dimanche, mon mardi soir si je fais court, mes trois jours quand je peux décrocher de plus. Ce qui suit, ce sont sept mouillages que je fais régulièrement entre mai et octobre. Pas un classement. Une carte mentale.

Tamarone, où je vais quand je peux pas aller plus loin

À 2,8 milles au sud de la Giraglia, au sud-est immédiat de Macinaggio. C'est le mouillage le plus proche de mon port, donc le plus fait. Je sors souvent en sortie courte, vendredi soir 19h, ancre dans la baie sud à 4 mètres sur sable, dîner à bord, retour le samedi matin avant que les charters arrivent.

Le sable est correct, pas exceptionnel. Il y a quelques herbiers à éviter au centre de la baie, plus visibles côté nord. Par grecale en-dessous de 12 nœuds le mouillage est bon, par grecale fort la houle rentre et il faut partir. Tamarone est aussi accessible à pied depuis Macinaggio par un sentier de 1h15. Donc il y a du monde sur la plage en juillet-août, des familles, des chiens, des baigneurs. Ce n'est pas un mouillage sauvage, c'est un mouillage de confort.

Ce que je fais en saison : j'arrive avant 9h, je reste jusqu'à 11h30, je file ailleurs. À partir de 12h les bateaux à moteur de Saint-Florent débarquent et le mouillage se densifie.

Barcaggio, ma première fois

15 août 2014. Ma toute première année avec mon bateau. J'étais à Macinaggio depuis trois jours, mon compagnon m'avait dit "fais Barcaggio le matin, par calme". J'ai fait Barcaggio à 14h par grecale 18 nœuds. Je me suis fait peur dans les rouleaux à l'approche de la pointe nord, j'ai fait demi-tour à 200 mètres du mouillage, retour Macinaggio par le large, 4 heures pour 12 milles. Je m'en souviens comme si c'était hier.

Depuis, je connais les règles. Barcaggio se mouille par calme ou par levantu inférieur à 10 nœuds. Le fond est de sable propre à 3-5 mètres devant la plage, avec une crique abritée à l'ouest qui tient mieux. La baie est encadrée par deux pointes basses qui ne protègent rien : c'est un mouillage de calme, pas un abri.

L'eau y est d'une transparence que je n'ai vue qu'au Cap. Plage de sable clair, arrière-pays sec et sauvage, et l'îlot de la Giraglia plein nord à 1,5 mille. Si vous mouillez ici un soir d'été par calme, vous comprenez pourquoi les Cap Corsins ne descendent jamais dans le sud.

Cala Genovese, le mouillage que je dis pas

Je vais rester vague volontairement. C'est une petite anse entre Barcaggio et Centuri, sur la côte ouest du Cap, accessible uniquement par mer. 4 à 6 mètres sur sable avec des plaques de roche, capacité maximum 3 ou 4 bateaux. Eau cristalline, aucun accès à pied praticable.

J'y vais en juin et en septembre, jamais en juillet-août. Pas par snobisme : la capacité ne tient pas, et si on est plus de 3 le mouillage devient impraticable parce que les chaînes se croisent. Quand j'y vais et qu'il y a déjà un bateau, je passe ma route. C'est un mouillage qui se respecte par sa capacité et qui a survécu parce qu'il est resté discret. Je ne vais pas aider à le tuer en publiant ses coordonnées.

Si vous lisez ça et que vous le trouvez, ne le racontez pas non plus. C'est une responsabilité collective.

Centuri, le port-mouillage

Centuri c'est techniquement un petit port, pas un mouillage, mais devant les digues il y a une rade qui sert de mouillage forain quand le port est plein, ce qui arrive presque tous les soirs en été. Sable et roche sur 4-7 mètres, tenue acceptable, capacité 6 ou 7 bateaux.

Centuri est mon village d'adoption. Mon compagnon est né ici. Le port pêche encore vraiment, le matin à 7h les barques rentrent avec la langouste et le poisson. C'est devenu un site touristique en saison, avec restaurants, voiliers de location, et beaucoup de visiteurs en voiture qui viennent manger la langouste à 80 euros le kilo.

J'ai un avis tranché : le port de Centuri en juillet, c'est devenu impraticable pour les locaux comme moi. Quai bondé, attente pour les amarres, restaurants pleins. Je n'y mouille plus en juillet-août. Les pêcheurs râlent, les habitants ferment les volets dès 19h. C'est un endroit qui mérite mieux que ce qu'on lui fait subir trois mois par an.

Je viens en mai, en juin tôt, en septembre. Et je raconte aux amis que Centuri est intransigeant : si vous venez, mangez chez les pêcheurs, pas dans la chaîne touristique. C'est tout ce qui peut sauver le caractère du village.

L'anse d'Albu, côté ouest

À 4 milles au sud de Centuri, dans la commune de Pino. Plage de galets noirs, eau bleu profond. Mouillage praticable sur galets et sable à 5-8 mètres, abri du grecale, exposé au libecciu et au mistral d'ouest. Capacité une dizaine de bateaux.

Albu est moins connu parce que la plage de galets sombres est moins photogénique pour Instagram que Saleccia. Mais pour moi c'est l'un des plus beaux mouillages de la côte ouest du Cap. L'eau bleu profond contre les galets noirs, le ciel souvent légèrement brumeux à cause des contrastes thermiques, ça fait quelque chose de très particulier.

Pour le baigner, je préfère mai-juin avant que l'eau soit envahie de méduses pélagiques (l'année 2024 a été catastrophique pour ça côté ouest, je ne me suis quasiment plus baignée à partir du 20 juillet).

Marine de Giottani, l'arrêt déjeuner

Petite anse à 7 milles au sud d'Albu, abritée du grecale par la pointe sud. Sable et galets sur 3-5 mètres, plage en arc, restaurant correct sur la plage, possibilité de débarquer en annexe.

Je m'y arrête souvent à midi en redescendant la côte ouest. Pas un mouillage de nuit (trop exposé au vent d'ouest dès qu'il forcit), mais un mouillage de pause. Eau claire, fond visible, baignade tranquille. C'est aussi un point de repli si je suis prise par une brise thermique forte vers Nonza et que je cherche à attendre que ça tombe en fin de journée.

Nonza, pour la vue, pas pour la baignade

Mouillage devant la plage de Nonza, 4 milles au sud de Giottani. La plage est grise (ardoises broyées d'une ancienne mine d'amiante, devenue plage publique sécurisée mais à la couleur très particulière), encadrée par la falaise et la tour génoise verticale qui domine le tout.

Mouillage sur sable et galets à 4-7 mètres, exposé au vent d'ouest. Pas un mouillage facile : la côte ouest du Cap est rectiligne et expose à toute la houle d'ouest. Mais par calme plat un soir de juin, regarder la falaise et la tour de Nonza depuis le pont, c'est une chose à faire au moins une fois.

Je viens à Nonza pour la vue, pas pour la qualité du mouillage. Et je ne reste pas la nuit : si la brise tourne ouest dans la nuit, on se retrouve à devoir relever en urgence par 18 nœuds en mer formée. Je préfère redescendre dormir à Saint-Florent à 8 milles plus au sud.

Comment je choisis mon mouillage le matin

Je me lève entre 6h30 et 7h, je regarde le ciel, j'ouvre Météo-France et Windy. Je regarde trois choses dans cet ordre :

  1. Le vent dominant prévu pour la journée : grecale (mauvais pour Tamarone), libecciu (mauvais pour Albu, Giottani, Nonza), mistral (limite tout côté ouest), levantu (parfait pour le côté ouest, problématique côté est).
  2. L'horaire du basculement de brise. En été, la brise thermique s'installe vers 13h-14h et tombe vers 21h. Si la fenêtre du matin est calme et que la brise est annoncée d'est, je peux mouiller à Albu le matin et redescendre à Macinaggio l'après-midi en bénéficiant du vent.
  3. La hauteur de houle résiduelle. Au-delà de 1,5 mètre de houle d'ouest, je ne descends pas la côte ouest du Cap. Je reste côté est ou j'attends.

Si tout est rouge, je sors faire un aller-retour court vers Tamarone et je rentre pour 11h. Mieux vaut un mouillage banal qu'un mauvais mouillage tendu.

Ce qui a changé en 11 ans

J'ai vu trois choses se transformer :

D'abord, le nombre de bateaux a doublé sur la zone. En 2014, je croisais 6 voiliers entre Macinaggio et Centuri en sortie d'une journée. En 2024, j'en croise une trentaine. La zone n'est pas saturée comme la Côte d'Azur, mais elle change.

Ensuite, la fréquence des coups de chaud. L'eau à 26 °C en surface en juillet, c'était rare avant 2018, c'est devenu normal. Les méduses pélagiques arrivent plus tôt et restent plus longtemps. Ça change la baignade en juillet-août.

Enfin, les mouillages se sont réglementés. Les arrêtés posidonies de 2019 et leurs révisions ont posé des règles claires sur les herbiers visibles, et tant mieux. Les bouées écologiques se développent doucement (Macinaggio en a installé quelques unes en 2023), c'est encore embryonnaire mais c'est la bonne direction.

Pour comparer avec un autre coin de Corse moins habituel, je recommande le retour sur le mouillage de Girolata côté ouest, qui partage avec le Cap cette idée de zones préservées par la géographie.

Ce que je dis aux amis qui veulent venir

Trois conseils que je répète à chaque copain qui m'appelle pour préparer une croisière au Cap :

  • Arrivez en mai-juin ou en septembre. Juillet-août c'est correct mais ce n'est plus la zone confidentielle qu'on imagine.
  • Faites le tour complet en montant côté est et en redescendant côté ouest. Ça vous prend 3 ou 4 jours, vous voyez la diversité.
  • Apprenez à lire les vents locaux : grecale, levantu, libecciu. Le Cap se comprend par les vents, pas par la cartographie. Météo-France large ne suffit pas, il faut regarder Windy avec le modèle haute résolution.

Le Cap Corse, c'est ce qui ressemble le plus, en France métropolitaine, à ce qu'était la Côte d'Azur dans les années 70. Eau claire, villages encore vivants, mouillages préservés par la difficulté d'accès. Ça ne durera pas. Profitez-en proprement.

Si vous me croisez à Macinaggio, je suis sur la place 26B au quai sud, l'Oceanis 34 blanc avec une bâche bleu marine sur le bimini.

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