BoatMap est une application mobile (iOS et Android) qui combine cartes marines, suivi GPS des sorties, météo locale et annuaire de lieux pour les plaisanciers français. Ce guide couvre la première prise en main, de l'installation jusqu'à l'enregistrement d'un mouillage. Pas de discours commercial : ce qui fonctionne, ce qui manque encore, et ce que l'app ne prétend pas remplacer à bord.
Ce que fait BoatMap, et ce qu'elle ne fait pas
Version courte avant d'ouvrir l'app. BoatMap couvre quatre usages : consulter une carte marine avec les profondeurs sur son téléphone, enregistrer la trace GPS de ses sorties, sauvegarder des lieux personnels (mouillages, spots, points de pêche), et accéder à la météo locale associée à un lieu. L'annuaire compte environ 2 000 lieux référencés en France métropolitaine (ports, mouillages, cales de mise à l'eau).
Ce n'est pas un traceur de navigation homologué, pas un outil de routage hauturier, et pas un système de secours. Un traceur fixe à bord, une VHF et une carte papier de secours restent indispensables. L'app se pense comme un assistant mobile, pas comme une centrale de navigation.
Étape 1 : installer l'app et créer son compte
Téléchargement sur l'App Store (iOS 15 minimum) ou le Play Store (Android 8 minimum). L'installation pèse de 80 à 120 Mo selon la plateforme, avant téléchargement des cartes.
Trois options de création de compte : email + mot de passe, Sign in with Apple, ou Google Sign-In. Apple et Google créent le compte en une étape. Pour l'email, un lien de confirmation arrive dans la boîte de réception.
Un compte Free suffit pour commencer. Premium débloque le téléchargement des cartes marines hors-ligne et un quota étendu de marqueurs. Inutile de basculer Premium avant d'avoir fait une ou deux sorties.
Étape 2 : configurer son bateau et ses préférences
Après la création du compte, l'app demande quelques informations sur le bateau. Cette étape conditionne les alertes de profondeur et le calcul du tirant d'air sous les ponts.
À renseigner :
- Type de bateau (voilier, moteur, semi-rigide, annexe)
- Longueur hors-tout (en mètres)
- Tirant d'eau en charge (en mètres, avec une décimale)
- Tirant d'air pour les voiliers et les vedettes hautes
Pour un voilier de série type First 27 ou Sun Odyssey 32, le tirant d'eau quille fixe tourne autour de 1,70 à 1,90 mètre. Pour un semi-rigide de 6 mètres, on est à 30 ou 40 cm moteur relevé. Si l'information n'est pas sur le carnet de bord, les fiches techniques du chantier donnent la valeur. Mieux vaut un chiffre approximatif mais plausible qu'un champ vide : l'app utilise le tirant d'eau pour griser les zones trop peu profondes sur la carte bathymétrique.
Les préférences d'unités suivent (mètres ou pieds, nœuds ou km/h). Par défaut, mètres et nœuds. Les autorisations système demandées sont la localisation (obligatoire pour le GPS), les notifications (alertes météo) et le stockage (cartes hors-ligne). Refuser la localisation bloque l'enregistrement des sorties.
Étape 3 : prendre en main la carte
L'écran principal ouvre sur la carte. Le fond par défaut est une carte routière, pas une carte marine. Pour passer en mode nautique, on active la cartographie marine depuis le menu des couches (icône en haut à droite).
La couche marine affiche les profondeurs, les isobathes, le balisage officiel (cardinales, latérales), les phares et amers, les câbles sous-marins, les épaves référencées et les zones réglementées. Le zoom descend de l'échelle 1/500 000 (toute une façade) jusqu'au 1/5 000 (chenal d'entrée de port).
Les données s'affichent en streaming par défaut : il faut du réseau 4G ou Wi-Fi. En mer, à 3 ou 4 milles de la côte, le réseau chute vite. Pour éviter le carré blanc au mauvais moment, on pré-charge sa zone avant de sortir. Le guide détaillé sur les cartes marines hors-ligne dans BoatMap explique la procédure, la taille typique d'une zone téléchargée (40 à 250 Mo selon la surface) et les limites du cache.
La barre de recherche, en haut de l'écran, accepte le nom d'un lieu de l'annuaire ("Port-Cros", "Saint-Malo"), des coordonnées GPS décimales ("43.1234, 6.5678"), ou le nom d'une commune. L'annuaire BoatMap couvre environ 2 000 lieux en métropole, avec une couverture plus dense sur la Méditerranée et la Manche ouest que sur le golfe de Gascogne.
Étape 4 : enregistrer sa première sortie GPS
La fonction suivi GPS se lance depuis le bouton central rond en bas de l'écran, au moment de larguer les amarres. Un compte à rebours de 3 secondes, puis l'enregistrement démarre. L'app capte un point GPS toutes les 2 à 5 secondes selon la qualité du signal et les réglages d'économie batterie du téléphone.
Pendant la sortie, l'écran affiche en temps réel :
- Vitesse instantanée en nœuds
- Cap magnétique (corrigé si le téléphone a une boussole calibrée)
- Distance parcourue depuis le départ
- Durée écoulée
- Trace dessinée sur la carte
À l'arrivée, on appuie sur stop. L'app demande un nom pour la sortie (proposition par défaut : date et port de départ), et propose une note rapide, optionnelle. La trace reste stockée dans l'onglet "Mes sorties", exportable en GPX ou en partage public via un lien.
Points d'attention batterie : un iPhone en enregistrement GPS actif perd entre 8 et 15 % de batterie par heure, selon la luminosité de l'écran et la qualité du réseau. Sur un Android moyen de gamme, c'est plutôt 12 à 20 %. Un câble et une batterie externe ne sont pas du luxe pour une sortie de plus de 4 heures. Le guide détaillé sur l'enregistrement d'une sortie GPS avec BoatMap rentre dans les options avancées (fréquence d'échantillonnage, mode économie, export).
Ce qui manque encore : l'app n'a pas de mode instrument homologué (pas de compensation de courant, pas de calcul de route optimisée, pas d'intégration NMEA 2000 avec les instruments du bord). Pour la navigation tactique au près par 20 nœuds, un traceur fixe reste plus confortable.
Étape 5 : sauvegarder un marqueur personnel
Les marqueurs personnels sont le cœur de l'utilité quotidienne : mouillage préféré, spot de pêche, cale de mise à l'eau, crique repérée. Long appui sur la carte à l'endroit voulu, puis "Enregistrer un marqueur". Le formulaire propose un nom libre, une catégorie (mouillage, pêche, ravitaillement, autre), une description, une profondeur estimée, et une visibilité privée ou publique.
Les coordonnées sont capturées au format décimal, avec une précision d'environ 5 mètres sur un téléphone récent par ciel dégagé. En zone encaissée (sous falaise) la précision tombe à 15 ou 20 mètres.
Conseil pratique : pour un spot de pêche, enregistrer plusieurs marqueurs sur la même zone plutôt qu'un seul. Trois points de repère valent mieux qu'un. Pour un mouillage, noter la profondeur à marée basse et le type de fond (sable, vase, herbier, roche), information qui ne se capture pas seule : il faut regarder la carte bathymétrique autour du point.
Sur le plan Free, le quota est limité à 20 marqueurs. Premium lève la limite.
Étape 6 : consulter la météo et les marées d'un lieu
La météo locale s'obtient en tapant sur n'importe quel lieu de la carte (annuaire ou marqueur personnel). La fiche affiche :
- Vent prévu sur 48 heures, par tranches de 3 heures (force moyenne, rafales, direction)
- Hauteur de houle et période
- Température de l'air et de l'eau
- Horaires de marées pour le port de référence le plus proche
Sources affichées : les prévisions s'appuient sur Météo-France pour vent et houle, et sur les annuaires de marées officiels pour les hauteurs d'eau. La mise à jour des prévisions vent se fait toutes les 3 à 6 heures selon les runs des modèles. Inutile de rafraîchir toutes les 5 minutes.
Ce qui manque : pas de superposition graphique du vent sur la carte façon Windy (roadmap à confirmer), pas d'alerte SMS sur dégradation rapide, et les modèles AROME ne sont disponibles qu'en Premium. Pour la plaisance côtière, les données gratuites suffisent la plupart du temps. Pour une traversée ou un bord au large, croiser avec Windy ou Météo-France marine reste le réflexe sage.
Sur les marées, la précision affichée est au centimètre mais la fiabilité dépend du port de référence. Sur la Manche, marée prédite fiable à 10 cm près hors grosse dépression. Sur la Méditerranée, les variations ne dépassent pas 30 à 50 cm et sont surtout gouvernées par la pression atmosphérique et le vent.
Partager une trace : les options disponibles
Depuis l'onglet "Mes sorties", chaque trace a trois modes de partage. Un lien public envoyé par message ou mail, qui affiche la trace sur une page web sans compte requis (utile pour rassurer un proche resté à terre pendant une sortie longue). Un export GPX, pour relire la trace sur OpenCPN ou qtVlm, ou pour l'importer sur un traceur fixe. Un partage image vers les réseaux.
Les traces partagées n'incluent pas les marqueurs personnels sauf opt-in explicite.
Ce que BoatMap ne remplace pas
Trois redondances restent non-négociables à bord, quelle que soit la qualité d'une app mobile.
Un traceur fixe homologué (Garmin, Raymarine, B&G) reste la référence pour la navigation sérieuse. Antenne GPS dédiée, écran lisible en plein soleil, alimentation 12V stable, intégration avec le sondeur et le pilote automatique. Un téléphone qui coupe à 9 % de batterie au mauvais moment, ça se voit une fois.
Une VHF fixe ou portable est une obligation au-delà de 6 milles de la côte, et un bon sens au-delà de 2. L'app n'émet pas sur les fréquences marines et ne remplace pas un appel au CROSS.
Une carte papier officielle de l'atterrissage courant, même photocopiée, se range dans une pochette étanche. 12 à 25 euros par carte papier, quelques grammes, pas de batterie à recharger.
Pour apprendre le lexique de base avant de partir, le vocabulaire bateau pour débutant et le lexique marin débutant listent les mots à connaître avant de manipuler une carte ou une VHF.
Points à retenir pour les premiers jours
Quatre habitudes qui aident à prendre l'app en main.
Configurer son bateau complètement avant la première sortie. Les alertes profondeur ne servent à rien avec un tirant d'eau laissé à zéro.
Activer la carte marine dès le premier lancement. Le fond routier par défaut n'a pas sa place en navigation.
Enregistrer trois ou quatre marqueurs personnels dès la première sortie, même sur des points évidents (port de départ, bouée de chenal, mouillage de pause). On prend le réflexe.
Lancer l'enregistrement GPS systématiquement, même pour une sortie courte. La trace accumulée sur une saison devient un outil de mémoire : on retrouve où on était un dimanche de juin 2024, avec le vent qu'il faisait.
Les fonctions documentées ici sont présentes sur les builds diffusés au printemps 2025.
