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Tactique au près serré IRC : choisir son bord

Layline, headers et lifts, optimum VMG : la méthode pour choisir son bord au près en IRC, avec exemples chiffrés sur baie de Quiberon.

Le près serré, c'est 60% de la distance d'une régate côtière en moyenne. Si vous gagnez 1% sur cette portion, vous gagnez la course. Si vous perdez 1%, vous finissez derrière des bateaux que vous battez au reaching. Tout se joue dans le choix du bord.

Trois questions guident ce choix : où est la layline, où sont les bascules, et quel angle vous donne le meilleur VMG. Je vais répondre aux trois en m'appuyant sur des relevés de mes huit dernières saisons en IRC sur Sun Fast 3300 et J/122.

La layline d'abord

La layline, c'est la trajectoire qui vous amène à la bouée au vent au cap de portée optimum, sans virer. Si vous tirez au-delà, vous faites du rabe. Si vous virez avant, vous tirez ensuite parallèle au cap d'arrivée et vous perdez du terrain au lof.

Sur un parcours classique en baie de Quiberon, avec un vent à 220 degrés et une bouée au vent à 1,2 mille du départ, la layline tribord se prend à environ 35 degrés à droite de la perpendiculaire à la ligne. Plus précisément : votre cap moyen au près serré sur Sun Fast 3300 dans 12 nœuds, c'est 42 degrés du vent réel. Vous pouvez calculer vos laylines avec votre table de polaires si vous l'avez établie. Voir comment créer ses polaires en course pour la méthode terrain.

Règle d'or : ne touchez jamais la layline avant la dernière minute. Toucher la layline tôt, c'est se priver de toute liberté de jeu sur les bascules. Vous devenez prévisible, vous prenez les laylines des autres dans la figure, vous virez forcés. Le bon tacticien tient le centre du rond, virant à 80% de la layline réelle au plus.

J'ai mesuré ça sur 23 manches en 2023 : sur les 7 où j'ai touché la layline tôt, j'ai perdu 2 places en moyenne au passage de la bouée. Sur les 16 où j'ai tenu le centre, j'ai gagné 1,3 place. La donnée n'est pas immense mais elle est constante.

Headers et lifts : la lecture en temps réel

Le vent ne tient jamais une direction parfaite plus de 90 secondes. Il oscille de 5 à 15 degrés selon le plan d'eau et la météo. Ces oscillations s'appellent headers (refusantes) et lifts (adonnantes) : un header vous fait abattre, un lift vous fait lofer.

La règle tactique de base : virer dans les headers, tenir dans les lifts.

En pratique, vous établissez votre cap moyen sur 3 à 5 minutes après le départ. Disons 38 degrés au compas en tribord et 222 degrés en bâbord. Ensuite vous comparez en temps réel. Si vous descendez à 32 degrés en tribord, vous êtes en header de 6 degrés : vous virez. Vous repartez en bâbord avec 6 degrés gagnés sur les bateaux qui sont restés tribord.

Ça paraît simple. Le piège, c'est de virer dans des oscillations trop courtes (moins de 30 secondes), où le coût de la manœuvre dépasse le gain en degrés. Mon seuil personnel : je vire si le header tient 45 secondes minimum et fait 5 degrés ou plus. En dessous, je tiens.

Le tacticien chronomètre les oscillations. Sur un plan d'eau type baie de Quiberon avec thermique installé, l'oscillation moyenne fait 12 à 18 degrés sur 4 à 6 minutes. Ce sont des cycles longs, faciles à jouer. Sur un plan d'eau encaissé avec brise instable, les oscillations descendent à 30 secondes : la stratégie change, on vire moins, on cherche les zones de pression.

VMG, pas vitesse pure

Le piège classique de l'équipage récent : viser la vitesse maximum au compas. Erreur. Au près, ce qui compte c'est le VMG, la vitesse de remontée au vent.

Le VMG, c'est votre vitesse multipliée par le cosinus de l'angle au vent. À 6,5 nœuds à 38 degrés, vous faites 6,5 × cos(38°) = 5,12 nœuds de VMG. À 7 nœuds à 45 degrés (vous avez abattu), vous faites 7 × cos(45°) = 4,95 nœuds. Vous êtes plus rapide au compas mais plus lent au but.

L'optimum VMG d'un IRC moderne se situe en général entre 38 et 42 degrés du vent réel selon la force. À 8 nœuds de vent, on tient 42 degrés à 5,3 nœuds. À 14 nœuds de vent, on tient 38 degrés à 6,8 nœuds. Au-delà de 18 nœuds, on doit abattre légèrement à 40 degrés pour gérer les vagues. Ces valeurs viennent de mes relevés sur Sun Fast 3300, à adapter au bateau.

L'instrument indispensable, c'est un afficheur VMG en temps réel. Tous les calculateurs B&G H5000 le donnent. Sur un Garmin GNX moins évolué, vous devez calibrer la table de polaires manuellement. Sur un bateau de club sans calculateur, le tacticien lit l'angle au vent réel et la vitesse, fait le calcul mental, ajuste.

Le test à bord : si vous descendez l'angle de 2 degrés et que la vitesse monte de 0,1 nœud, vous avez perdu en VMG. Si la vitesse monte de 0,3 nœud, vous y gagnez. La frontière est nette, le barreur sent la cassure dès qu'il a fait l'exercice cinq fois.

Le côté du parcours

Au-delà des oscillations courtes, il y a le côté favorable du parcours. Trois facteurs entrent en jeu :

Le courant. Si le courant porte d'un côté, on y va. En baie de Quiberon par flot, la bordure ouest a 0,3 à 0,5 nœud d'aide. Pour intégrer le courant dans le choix de bord, la méthode demande un calcul vectoriel rapide.

La pression. Si une rafale est annoncée à droite par les rides à la surface, le côté droit gagne. Lecture détaillée dans les 5 indicateurs vent au départ.

L'effet de côte. Près d'une falaise ou d'un cap, le vent décolle, accélère, ou bascule. Sur le côté est de la baie de la Forêt près du Cap Coz, le vent thermique d'été remonte la côte avec une bascule de 8 à 12 degrés vers la droite. Donnée locale, à apprendre par cœur de chaque plan d'eau régulier.

Bascules longues, je joue le côté

Dans les vents thermiques (Bretagne Sud entre 11h et 15h, Méditerranée en été l'après-midi), la bascule est longue et prévisible : 15 à 25 degrés sur 2 heures. Dans ce cas, je ne joue pas les oscillations courtes, je m'engage à fond du côté de la bascule attendue.

Concrètement : si je sais que le vent va tourner droite, je pars tribord en m'éloignant de la layline tribord, j'attends la bascule, je vire bâbord en lift, je rejoins la bouée par un grand bord lifté. Le coup gagne 5 à 10 longueurs sur ceux qui sont restés au centre.

Le risque : se tromper de sens de bascule. Coût : 10 longueurs perdues. C'est pour ça que je ne joue cette tactique que si les nuages, les fanions à terre et la météo confirment la rotation. Pas sur intuition seule.

Tenir le rond

Mon conseil pour un équipage qui débute en IRC : ne cherchez pas la perfection sur tous les fronts. Travaillez d'abord le VMG (calage des voiles, équilibre, cap stable). Ensuite virez dans les headers nets. Ensuite seulement, gérez le côté.

Trois saisons, dans cet ordre. Brûler les étapes, c'est faire compliqué quand on n'a pas encore fait simple. Je vois trop d'équipages tactiques qui virent à chaque souffle et qui perdent 0,3 nœud à chaque manœuvre parce que la coordination équipage n'est pas calée.

Le près serré récompense la régularité plus que le coup d'éclat.

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