Bretagne Nord

Mes 4 spots de pêche au maquereau depuis Saint-Malo, par Kevin

Rochebonne, Cap Fréhel, baie de Lancieux, approche de Chausey : 4 zones testées depuis ma Quicksilver 555, avec horaires de marée et montages mitraillette.

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14 juin 2024, 18h20 aux Bas-Sablons. Je largue la bouée trois heures avant la pleine mer, coefficient 82, pétole totale. Les gamins sont chez leur grand-mère, j'ai deux heures et demie devant moi, une mitraillette neuve dans le coffre et un plomb de 60 g accroché au bout. Je rentre à 21h15 avec 14 maquereaux dans la glacière. Cette sortie-là, je la raconte parce qu'elle résume ce que j'ai compris en quatre saisons de Quicksilver 555 depuis Saint-Malo : le maquereau autour d'ici, c'est pas compliqué, mais c'est une affaire de marée, de fenêtre horaire, et de quatre coins précis où je reviens sans me poser de questions.

Qui je suis, ce que je pêche, sur quoi

Je m'appelle Kevin, 36 ans, plombier chauffagiste de métier, deux gamins, une Quicksilver 555 Pilothouse équipée en Suzuki 100 cv, bouée communale aux Bas-Sablons depuis 2020. Je sors pour la pêche, pas pour la parade. Mon bateau a des éclats sur le liston, une traîne qui traîne, deux cannes Sea Bass qui vivent sous la banquette. Je ne fais ni grand large ni course ; mes sorties tournent autour de 3 à 10 milles du port, l'après-midi ou en soirée quand la marée colle à mon planning.

Le maquereau, c'est le poisson qui m'a appris à sortir. Il arrive à Saint-Malo dès fin mars, les bancs se compactent en mai, et la vraie fête c'est juin-juillet-août, quand l'eau passe les 17 °C. Après, ça se disperse jusqu'en septembre. Dix poissons par jour et par pêcheur, taille mini 20 cm, marquage juste avant débarquement : arrêté ministériel du 26 octobre 2012, quota confirmé en avril 2026 (cinq avait été envisagé, les plaisanciers ont contesté, on est passés à dix).

Ce qui suit, c'est mes quatre zones. Pas mes cinq, pas mes dix. Quatre. Je préfère bien connaître quatre coins que survoler quinze.

Le plateau de Rochebonne, sortie courte en semaine

C'est mon spot de premier recours. À un peu plus d'un mille au nord-est du môle des Noires, entre la balise des Bas-Sablons et l'alignement de Rochebonne, il y a une zone de hauts-fonds sableux où le maquereau transite sur presque toute la journée dès que l'eau chauffe. Fond entre 8 et 15 m selon l'endroit, varech par plaques, peu de cassures, peu d'accrochages.

Je pars de la bouée trois heures avant la pleine mer. Le courant de flot me pousse au nord-est, je coupe le moteur sur les fonds de 10-12 m, je laisse dériver. Mitraillette six hameçons plumes blanches et rouge, plomb 40 à 60 g selon le coef. Animation verticale classique, fond puis trois tours de moulinet, pause, trois tours, on remonte lentement. Quand c'est sur place, ça tape dès la descente. Sinon je fais trois dérives, je repositionne de 200 m, je recommence.

Avantages du coin : on rentre au port en 15 minutes si le vent se lève, ce qui arrive plus souvent qu'on ne veut à Saint-Malo quand un coup de noroît rentre par la pointe de la Varde. Inconvénient : le samedi en juin, c'est la fête foraine. J'ai compté 23 bateaux sur Rochebonne un samedi de 10 juin 2023, dont trois sorties commerciales qui trimballaient huit clients et posaient des mitraillettes tous azimuts. Je n'y vais plus le week-end si je peux l'éviter.

Fenêtre idéale : 3 h avant pleine mer à 1 h après. Coefficient entre 60 et 95. Au-dessus de 100, le courant est trop fort pour la dérive propre, le plomb traîne derrière le bateau et l'animation devient fausse.

Cap Fréhel, la sortie "vrai jour de pêche"

Quand j'ai une journée complète, je mets le cap à l'ouest-nord-ouest, 14 milles, vers les tombants qui ouvrent au large du phare. C'est une autre échelle. Le plateau au sud-ouest du cap, vers la Fauconnière, présente des fonds de 20 à 35 m qui cassent sur des pointes à 12-15 m. Le maquereau y est plus gros, parfois mêlé de lieu jaune, et les bancs tiennent toute la journée en juin et juillet.

Le trajet depuis les Bas-Sablons prend environ 1 h 10 à vitesse de croisière avec la 555 (18 à 22 nœuds selon houle). Je pars à la basse mer pour avoir le flot avec moi à l'aller, et je rentre à la renverse. Ça ressemble à un calcul, c'est un calcul. En 2025, j'ai fait sept sorties à Fréhel entre le 15 mai et le 30 août, et sur les sept, cinq se sont faites sur une fenêtre de 6 h avec ce schéma.

Gare à une chose : le Cap Fréhel, c'est pas la baie. La mer est plus formée, les courants plus marqués. Par vent d'ouest force 4 établi, on rebrousse chemin. J'ai voulu tenir un jour de juillet 2023, une rafale à 28 nœuds passée en dix minutes, la plus longue heure de ma vie à 16 milles de la digue. Depuis, je regarde deux sources météo et je pars en doutant, pas en espérant.

Le plateau est inclus dans le site Natura 2000 Cap Erquy - Cap Fréhel. La pêche récréative y est autorisée, mais c'est un des secteurs les plus fréquentés par la petite pêche pro ; on croise souvent des caseyeurs avec leurs bouettes et il faut passer au large. Le document de gestion Natura 2000 estime que le maquereau représente environ 30 % des captures des plaisanciers en récréatif.

Baie de Lancieux et pointe du Décollé, sortie famille

Celle-là, c'est la sortie avec les enfants. La baie de Lancieux, entre Saint-Briac et Saint-Jacut, s'ouvre face au nord-ouest, protégée par la pointe du Décollé à l'est. Fonds sableux doux, 6 à 12 m, pas de caillou méchant, eau un peu plus chaude qu'au large. Les bancs de maquereaux y rentrent en juin et y restent sporadiquement tout l'été.

Distance depuis Saint-Malo : 8 milles par la route nord (en évitant le cardinale du Grand Jardin), environ 35 minutes de trajet. Je pars sur un flot qui monte, je pose la dérive au large de la pointe du Décollé, et je laisse mon fils de 8 ans tenir la canne (il a compris le coup de la mitraillette en deux sorties).

Avantage évident pour une sortie famille : c'est abrité du suroît. Quand le vent tourne ouest-sud-ouest 3 à 4, Rochebonne devient désagréable mais Lancieux reste lisse. Autre avantage, il y a plusieurs zones de mouillage autour, si on veut casser la sortie pêche par un pique-nique à bord. J'ai déjà raconté ce que je cherche dans un mouillage d'abri comme l'anse de Solidor, mais Lancieux joue dans la même famille : on se cale sur sable, 4-5 m de fond, l'ancre tient bien, on y passe 1 h tranquille.

Inconvénient : les bancs y sont moins denses qu'à Rochebonne ou Fréhel. On rentre souvent avec 6 à 10 poissons, rarement 20. Pour une sortie pédagogique avec les gamins, c'est largement assez ; pour remplir le congélateur, c'est pas l'endroit.

Le quota de 10 par pêcheur par jour s'applique ici comme partout, et c'est le seul endroit où je le tiens à l'œil : avec deux gamins à bord qui ne pêchent pas encore officiellement, c'est mon quota que je compte, pas le leur.

Approche de Chausey, la sortie "on prend son temps"

C'est ma sortie favorite, la plus longue, la plus engageante. 16 milles nord-nord-est depuis la digue, en mettant le cap sur l'archipel des Îles Chausey. Je ne vais jamais jusqu'à Chausey même pour pêcher le maquereau (c'est une zone Natura 2000 sensible, et la pêche y est très encadrée) ; je me pose en approche, à 2 ou 3 milles au sud-ouest de la grande île, sur les fonds de 18 à 25 m qui ponctuent la remontée du plateau normano-breton.

Chausey, c'est 52 îles à haute mer, 365 îlots et rochers à basse mer. Le marnage y est monstrueux, les courants mêmes. Je ne me risque pas à entrer dans l'archipel à moins de connaître parfaitement la renverse : la Déroute et les Sous ont bouffé des bateaux meilleurs que le mien. Mais l'approche extérieure, c'est du maquereau dense en juin-juillet, avec souvent du bar au-dessus de 60 cm qui traîne dans les mêmes eaux.

Ce qui rend cette sortie particulière, c'est la lumière. On est à un moment entre deux mondes, la côte bretonne derrière soi qui disparaît, les rochers de Chausey devant qui émergent, la houle qui se forme long. J'y vais seul le plus souvent, 5 h de sortie minimum, un thermos, deux sandwiches. Les gamins y viendront plus tard ; pour l'instant c'est trop loin, trop engagé.

Météo impérative : vent inférieur à 15 nœuds établi, houle sous 1,50 m, visibilité bonne. Les coefficients supérieurs à 90 compliquent sérieusement la manoeuvre à cause des courants. En morte-eau (coef 40 à 60), c'est parfait : courant faible, dérive propre, le maquereau est là et on le pêche proprement.

Ce que j'ai appris sur la mitraillette

La mitraillette, c'est pas compliqué mais c'est pas neutre non plus. Six hameçons plumes (trois rouges, trois blancs, c'est ma config), bas de ligne en 35/100 de fluoro pour la partie mère, 25/100 pour les empiles. Plomb 40 g sur Rochebonne par petit courant, 60 g sur Fréhel en courant moyen, 80 g à Chausey si la dérive est forte.

Ce que personne ne m'a dit et que j'ai appris seul :

  • changer les plumes dès qu'elles sont défaites ou couvertes d'écailles, les maquereaux sont tatillons sur le visuel
  • ne pas hésiter à descendre à 30 ou 40 g par vent nul : plus le plomb est fin, plus l'animation est sensible
  • remonter lentement quand on a touché : les maquereaux mordent souvent sur plusieurs hameçons en séquence si on ne panique pas
  • laisser tomber la mitraillette à 7 hameçons, c'est du gâchis : on casse plus qu'on ne pêche, et à l'accrochage on perd tout

Et puis il y a l'opinion qui fâche. Je vais la dire cash : les sorties commerciales de pêche au maquereau à Saint-Malo, qui partent à huit clients à bord pour deux heures, qui rentrent avec 80 poissons et vident la zone du jour, je trouve ça plus nuisible qu'un quota à 5 poissons pour les plaisanciers qui vient les écraser. Le quota à 10 par jour et par pêcheur, je le tiens sans effort ; c'est juste, ça force à être sélectif, ça apprend à relâcher les petits. Mais si on veut préserver la ressource, commençons par regarder ce qui part des pontons de Vauban en juillet, pas par taper sur le gars qui sort trois fois dans la saison avec sa Quicksilver.

Fenêtres horaires et réglages, le tableau que je consulte vraiment

Les marées à Saint-Malo varient de moins de 3 m en morte-eau à plus de 13 m en vive-eau (on a mesuré 13,50 m avec un coefficient 117 en mars 2015, la fameuse "marée du siècle"). Ça conditionne absolument tout. Voici ce que j'applique :

  • Coefficient 40 à 60 (morte-eau) : courants faibles, idéal Chausey approche, bon pour Fréhel
  • Coefficient 60 à 80 (moyen) : idéal Rochebonne et Lancieux, tout bon Fréhel
  • Coefficient 80 à 100 (vive-eau) : Rochebonne encore jouable en début de flot, Fréhel à éviter en renverse
  • Coefficient supérieur à 100 : je pêche dans le port ou je reste à la maison

Horaires : trois heures avant pleine mer à une heure après, c'est mon créneau systématique sur tous les spots. Le petit flot est moins bon (courant trop faible pour ramener les bancs), la basse mer est mauvaise partout sauf Chausey où elle peut donner.

Sources consultées pour cet article, parce que je ne raconte pas ce que je n'ai pas vérifié : SHOM annuaire des marées 2025 et 2026 (maree.shom.fr), arrêté du 1er avril 2026 sur les quotas de maquereau, arrêté TRAM1226985A du 26 octobre 2012 sur les tailles minimales, document de gestion Natura 2000 Cap Erquy - Cap Fréhel, observations personnelles saisons 2021 à 2025.

Le matériel que j'embarque, vraiment

Une canne spinning 2,40 m puissance 20 à 50 g, un moulinet taille 4000 garni de tresse 15/100. Point. La deuxième canne est plus lourde pour le cas où je change pour du bar au leurre souple. Une glacière avec des pains de glace, parce que le maquereau tourne vite au soleil. Un seau pour le vivier si je veux garder des vifs pour la sortie du lendemain. Des plombs de 30 à 100 g. Une boîte de mitraillettes de rechange, toujours trois neuves dans la boîte.

Et le truc que les gens oublient : un chiffon. Le maquereau, c'est sanglant, c'est gras, ça salit. Un chiffon, ça change une sortie.

Ce qui fait qu'on revient

En quatre saisons, j'ai sorti quelque chose comme 600 maquereaux depuis la 555. Je les ai tous mangés, donnés ou échangés. Le grand plaisir n'est pas dans le nombre, c'est dans le moment où on ouvre la mer sur une fenêtre qu'on a calculée juste : la marée colle, le vent colle, le banc est là, la mitraillette descend et ça tape à 12 m. Trois minutes plus tard on a six poissons sur le plat-bord, on déhame, on remet au fond, ça retape. Ça, ça n'a pas besoin d'être médiatisé.

Les quatre spots sont enregistrés comme marqueurs dans mon appli BoatMap avec mes notes de marée. Rochebonne pour les soirs de semaine, Lancieux pour les gamins, Fréhel pour les vraies journées, Chausey approche pour les sorties en solo. Il n'y en a pas un qui remplace l'autre, il y en a un par type de sortie. Tant qu'il reste du maquereau, et tant que mon Suzuki tient le coup, je continue.

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