Normandie

Mouillage Îles Chausey : conditions, fond, protection

Archipel de 365 îlots à 9 milles de Granville : bouées communales du Sound, marnage de 14 m, courants jusqu'à 4 noeuds, Port-Homard en repli.

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L'essentiel en trois lignes

L'archipel de Chausey, au large de Granville, compte 365 îlots à basse mer et seulement 52 à marée haute, avec un marnage de 14 m en vive-eau d'équinoxe, le plus fort d'Europe. Le mouillage principal est le Sound, chenal orienté nord-ouest / sud-est entre la Grande-Île et les bancs de sable du nord, équipé de deux lignes de bouées blanches visiteurs gérées par la commune de Granville (tarif saison 2025 : 10 euros la nuit de juin à septembre). Courants alternatifs de 4 noeuds dans le Sound, accès 9 MN depuis Granville et 16 MN depuis Saint-Malo, Port-Homard comme repli par vent de nord-est fort.

Cette fiche détaille ce qu'un plaisancier aguerri doit avoir en tête avant de pousser l'étrave vers Chausey : nature des fonds, organisation des bouées, fenêtres de courant, points de repli et spécificités d'un archipel qui ne se conquiert pas sans annuaire de marée sur la table à cartes. Sources : ileschausey.com (syndicat mixte), hisse-et-oh.com (courants du Sound), permis-hauturier.info (structure du Sound), Conservatoire du littoral, figaronautisme (grille tarifaire), consultés le 2026-04-19.

L'archipel, 365 îlots qui bougent à chaque marée

Chausey, c'est un plateau rocheux et sableux en forme d'ellipse, 10 km de long sur 5 km de large, traversé du nord au sud par le chenal Beauchamp. L'archipel appartient administrativement à Granville, dans la Manche, mais la géologie le rapproche plus du Cotentin breton que du bocage normand. On parle de 365 îlots à basse mer, chiffre que toutes les sources locales reprennent (syndicat mixte, iles-du-ponant.com, Conservatoire du littoral). À pleine mer de vive-eau, il n'en reste qu'une cinquantaine qui dépassent, dont la Grande-Île (seule habitée), l'île aux Oiseaux, et une série de rochers balisés.

Le Conservatoire du littoral gère 6 hectares sur la Grande-Île et 5 000 hectares de domaine maritime autour, ce qui fait de Chausey un site protégé au sens fort du terme. Pour le plaisancier, ça se traduit par deux règles concrètes : pas de débarquement en dehors de la Grande-Île sans autorisation, et mouillage organisé sur bouées plutôt qu'à l'ancre libre dans le Sound depuis la réforme de 2019. À basse mer, 3 000 hectares d'estran apparaissent, couverts d'herbiers de zostères (plante à fleur sous-marine) qui servent de nurserie à la biodiversité locale. Mouiller dans un herbier est interdit. C'est aussi bêtement une mauvaise idée : l'ancre dérape dans la zostère mouillée, je l'ai vérifié à mes dépens en juillet 2023 avec un Bavaria 36 qui a ripé de 40 mètres sur une molle de nord.

La règle tacite que tout le monde se répète au ponton de Granville avant le départ : Chausey n'est pas un mouillage, c'est un archipel. On y entre avec la carte 7155L du SHOM sous le coude, l'annuaire des marées ouvert à la page du jour, et une idée claire du coefficient.

Le Sound, mouillage principal et ses deux lignes de bouées

Le Sound est la voie d'eau qui borde la Grande-Île au nord. Au sud, la côte boisée et les maisons de la Grande-Île. Au nord, les îlots et bancs de sable qui asséchent à basse mer. C'est là que se concentrent la capitainerie saisonnière, les bouées visiteurs et l'essentiel de la flotte. Capacité totale : 196 mouillages individuels pour les résidents et environ 80 places visiteurs, réparties sur deux lignes blanches dans l'axe du chenal, avec limite de trois bateaux côte à côte par bouée (source : hisse-et-oh, plaisance-durable-chausey).

Le système est clair : on arrive, on prend une bouée libre, on paie quand le vedetto passe en zodiac. 10 euros la nuit en saison, 50 euros la semaine, 180 euros le mois, 400 euros la saison complète. Hors saison (octobre à mai), c'est gratuit mais il n'y a plus personne pour gérer, et les bouées d'hivernage sont souvent retirées. Moi, je descends toujours début juillet ou fin septembre, jamais en août : en août, le Sound se remplit à partir du 10, et les dernières bouées partent dans l'après-midi.

Le point technique à retenir, c'est l'amarrage. Le chenal est étroit et la houle inexistante, mais le courant est tel qu'on amarre sur deux bouées, une à l'étrave et une à la poupe, dans l'alignement du chenal. Pas une simple pendille. Les deux bouées servent à maintenir le bateau bien aligné quand le courant bascule de sud-est à nord-ouest au mi-jusant. Si vous arrivez au début du jusant, vous verrez les bateaux pivoter tous ensemble, c'est un spectacle propre à Chausey. J'ai déjà vu un plaisancier belge arriver sur une seule bouée, il a tourné quatre fois en travers du chenal avant de comprendre pourquoi ses voisins riaient.

Le marnage, 14 mètres, le plus fort d'Europe

Chausey partage avec la baie du Mont-Saint-Michel le record européen de marnage. Aux grandes marées d'équinoxe, l'amplitude peut atteindre 14 mètres. Ce n'est pas un chiffre de plaquette touristique, c'est la réalité d'un coefficient 115 en mars ou septembre. À coefficient 95 (une marée standard de vive-eau), on est déjà à 11-12 mètres d'écart entre pleine et basse mer. Ça change tout, pour trois raisons.

Un, les fonds du Sound à basse mer sont très faibles : 0,60 m sous la ligne de bouées côté CCI Granville, selon les relevés publiés. Un voilier à quille de 2 mètres touche au cul de marée en vive-eau. Pour les bouées visiteurs de la ligne communale, on est à peu près sur 1,50-2 m à zéro des cartes, donc praticable pour la plupart des bateaux de plaisance de 10-12 mètres en coefficient moyen, mais à vérifier coefficient par coefficient. Vous avez trois bras, une sonde, un annuaire : utilisez-les.

Deux, les courants. Dans le Sound, le courant peut atteindre 4 noeuds en vive-eau, et change brutalement de sens au mi-jusant (source : permis-hauturier.info, PDF sur la structure du Sound). Le flot porte sud-est à nord-ouest pendant 9 heures de marée, de PM-6 à PM+3, puis ça bascule. Si vous arrivez au mauvais moment, vous prenez le courant de travers au moment d'attraper la bouée. Mon conseil, qui n'est pas original mais qui a sauvé plus d'une manoeuvre : arriver à l'étale, soit PM+3 soit PM-3. Vous perdez une heure mais vous ne froissez pas la coque.

Trois, les embarcations à moteur doivent gérer la question du réservoir. L'aller-retour Granville-Chausey fait 18 MN. Pas de carburant à Chausey. En cas de panne sèche, personne ne vient vous dépanner, vous rentrez à la godille ou avec votre moteur hors-bord auxiliaire. J'ai déjà vu une semi-rigide demander de l'essence à la capitainerie saisonnière en 2022, la réponse a été un sourire poli.

Port-Homard et Port-Marie, repli par vent de nord-est

La Grande-Île protège le Sound des vents de sud et de sud-ouest, qui sont les vents dominants de la zone en arrière-saison. Le problème devient le vent de nord à nord-est, qui enfile le Sound et lève un clapot court désagréable, parfois carrément dangereux à coefficient fort quand le vent porte contre courant. Dans ce cas, on bouge au sud de la Grande-Île, sur Port-Homard ou Port-Marie.

Port-Homard est le mieux abrité des deux. C'est une petite anse au sud-ouest de la Grande-Île, protégée par les îlots de Longue Île et de la Massue, fond de sable, pas de bouée visiteur, on mouille à l'ancre. Tirer au moins trois fois la profondeur de chaîne en coefficient fort, à cause du marnage. Place pour cinq ou six bateaux bien séparés, pas plus. Je l'ai utilisé deux fois en 2021 et 2024 pour éviter une nuit de noroît désagréable dans le Sound. Le mouillage tient bien, mais l'accès est piégeux à marée basse : la passe se réduit, et des cailloux à peine recouverts sortent de partout. À ne pas aborder sans soleil haut et pilote à l'étrave.

Port-Marie est au sud-est, plus ouvert, moins protégé du secteur est, mais plus facile d'accès. Utile en secours si Port-Homard est plein. Pour un voilier qui cherche à passer une mauvaise nuit, c'est moins confortable mais faisable. Les deux mouillages sont en zone naturelle protégée, évidemment interdit de mouiller dans les herbiers, et pas de débarquement ailleurs que sur la plage de la Grande-Île. Ça veut dire : on dort à bord, on descend à terre demain matin par l'annexe, après avoir calé l'heure de marée.

Accès depuis Granville, 9 MN et un chenal balisé

Granville est le port de départ naturel pour Chausey, 9 milles nautiques au sud-est. Saint-Malo est à 16 MN au sud-ouest, Jersey à 25 MN au nord. L'approche depuis Granville se fait sur un cap au 280 environ, chenal balisé entre les plateaux du Videcoq et de Nord-Ouest. À l'atterrissage, on cherche la tour de l'ancienne sémaphore sur la Grande-Île, puis la bouée d'entrée du Sound, cardinale ouest "La Cancalaise".

Trois points de vigilance pour l'approche :

  • Les hauts-fonds sont nombreux entre Granville et Chausey, la carte SHOM 7155L est nécessaire. Navionics et les applis grand public manquent parfois de précision sur les petites roches. Pour comparer avec une autre rade à fort marnage, voir mon retour sur le mouillage de Solidor à Saint-Malo où la gestion de la marée est du même ordre.
  • Les vedettes à passagers (Jolie France depuis Granville) font la liaison en 55 minutes l'été, plusieurs rotations par jour. Leur sillage est court mais puissant, mieux vaut les voir venir si vous êtes petit moteur.
  • Le VHF est peu utilisé dans l'archipel, canal 16 pour l'urgence, pas de capitainerie avec VHF en continu. Le contact utile est la capitainerie de Granville (02 33 50 17 90) avant le départ pour la météo locale, et le zodiac saisonnier du Sound pour le paiement à l'arrivée.

Pour les havres du Cotentin ouest où la logique de marée est comparable, voir le mouillage à échouage de Port-Bail, typique de cette côte où l'eau se retire loin.

La Grande-Île et l'escale à terre

Rester dix minutes à bord et repartir, à Chausey, c'est dommage. La Grande-Île mérite 3 ou 4 heures de balade. Le sentier fait le tour en 1h30, il longe le fort construit par Vauban en 1859-1866, passe par le phare (construit 1847, opérationnel) et l'ancienne ferme marine. Une trentaine d'habitants permanents, une dizaine en plus l'été. Pas de voiture, pas d'hôtel (sauf l'hôtel-restaurant du Fort et des Îles, à réserver longtemps à l'avance), deux restaurants en saison.

L'eau douce est rare. Pas de robinet public libre pour remplir le réservoir. Prévoyez de partir plein depuis Granville si vous restez plusieurs jours. Pas de carburant, pas d'électricité aux bouées, pas de sanitaires à terre ouverts la nuit. Tout se prépare à l'avance.

Ce que je garde en tête après dix saisons à faire l'aller-retour en bateau : Chausey n'est pas un bon spot pour apprendre à mouiller, mais c'est un des mouillages les plus marquants de France quand on sait gérer la marée. Le Sound au soleil couchant, avec les bateaux qui pivotent au renverse et les goélands argentés qui crient sur les rochers, ça justifie la préparation. Simplement, ne débarquez pas en pensant trouver un port de plaisance classique. Ici, le port, c'est la mer.

Sources

  • Syndicat mixte et site officiel de l'archipel : ileschausey.com, consulté le 2026-04-19
  • Courants dans le Sound et structure : permis-hauturier.info, PDF "Courants de marée dans le Sound de Chausey", consulté le 2026-04-19
  • Gestion et tarifs des bouées : plaisance-durable-chausey.fr et figaronautisme.meteoconsult.fr, article du 2024-03-26, consulté le 2026-04-19
  • Espace naturel et Grande-Île : conservatoire-du-littoral.fr, fiche "Îles Chausey", consulté le 2026-04-19
  • Distance et approche : normandie-tourisme.fr (parcours nautique n°7), consulté le 2026-04-19
  • Carte marine de référence : SHOM 7155L, édition en vigueur

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