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Lire un parcours côtier : bouées, marques, ordre

Préparer son routage avant le départ : décoder le parcours, identifier les marques, anticiper les angles et les zones de transition en régate côtière.

Le briefing dure 12 minutes. Le comité annonce le parcours en 90 secondes. Si vous n'avez pas pris de notes, vous repartez en mer en sachant à peu près où vous allez, mais sans avoir réfléchi à l'enchaînement des bords. Vous courez la moitié de la course en réaction. C'est le pire mode de navigation tactique.

Préparer un parcours côtier prend 25 minutes au mouillage avant le départ. Ce temps gagne 5 à 15 places sur la course. La méthode est simple, elle se cale en deux ou trois saisons.

Décrypter l'annonce du comité

Le parcours s'écrit sous forme de séquence : marques à passer, sens de passage, point d'arrivée. Exemple type d'un Tour de baie : "Départ entre comité et bouée pin, bouée 1 (cardinale ouest "La Teignouse") à laisser à tribord, bouée 2 (rouge "Banc du Plateau") à laisser à bâbord, bouée 3 (cardinale sud "Le Croisic") à laisser à tribord, arrivée entre bouée jaune et comité."

Trois informations à coder en notes :

Le nom et type de chaque marque: cardinale ouest, latérale rouge, marque jaune spéciale. La forme et la couleur permettent de l'identifier en mer sans la confondre avec une autre.

Le sens de passage: tribord ou bâbord. Côté du bateau, pas côté de la marque vue de loin.

La position GPS approximative: à reporter sur la carte ou la tablette. Important si la visibilité chute pendant la course.

Ma méthode : je note tout sur une feuille étanche format carte de visite, cinq lignes maximum. Je la fixe au plat-bord côté barreur avec deux brins de coton. La feuille reste lisible toute la course. Pas de tablette mouillée, pas de smartphone qui s'éteint.

Identifier les marques sur la carte

La marque "La Teignouse" est connue de tout le monde sur la côte sud Bretagne. Mais "bouée 3" peut être plusieurs choses différentes. Erreur classique : confondre la bouée jaune ronde de mouillage de pêche avec la marque jaune cardinale du parcours. À 200 mètres elles se ressemblent, à 500 mètres elles se mélangent.

Avant le départ, je positionne chaque marque sur la carte papier. Je trace le parcours au crayon avec des flèches indiquant le sens de passage. Je vérifie sur la carte SHOM officielle que chaque bouée existe et que sa nature est bien celle annoncée. La carte Navionics intégrée à la tablette confirme.

Sur l'Armen Race 2023, j'ai vu deux bateaux contourner la mauvaise bouée jaune. Pénalité, demi-tour, 40 minutes perdues. Erreur évitable en 10 minutes de préparation.

Calculer les angles de chaque bord

Une fois les marques placées, on calcule l'angle de chaque tronçon par rapport au vent prévu. Trois éléments à déterminer :

Le cap réel: direction de la marque suivante, en degrés vrais. Lecture directe sur la carte avec un rapporteur ou avec l'application qui donne le cap en bearing.

L'angle au vent réel: cap de la marque moins direction du vent, en valeur absolue. Si vent au 220 et cap au 190, l'angle est de 30 degrés. Si l'angle est inférieur à 50 degrés, c'est un bord de près. Entre 50 et 95 degrés, du portant tendu (reaching). Entre 95 et 175 degrés, du portant. Au-delà de 175 degrés, plein vent arrière.

Le choix de voile: pour chaque tronçon, identifiez à l'avance quelle voile sortira (foc seul, foc plus grand spi, foc plus gennaker, code 0). Cela permet à l'équipage de préparer mentalement l'enchaînement des manœuvres avant la course.

Sur un parcours côtier classique de 18 milles avec 5 marques, vous identifiez les tronçons longs (où vous gagnez ou perdez gros) et les tronçons courts (où vous gérez juste les manœuvres). C'est sur les tronçons longs qu'on gagne la course.

Anticiper les zones de transition

Une bouée à contourner, c'est une transition. Le bateau change de bord, change d'allure, change parfois de voile. Chaque transition coûte 5 à 30 secondes selon la qualité de la manœuvre. Sur un parcours à 5 marques, les transitions cumulées peuvent peser 2 à 3 minutes au total.

Trois transitions à préparer en priorité :

Bouée au vent vers portant: empannage ou virement de bord vers l'envoi de spi. C'est la transition la plus complexe. À répéter à l'entraînement, à chronométrer.

Portant vers près: affalage du spi, virement, montée au près. 15 à 25 secondes pour un équipage rodé, 40 à 60 secondes pour un équipage récent.

Reaching tendu vers près: changement de réglage de voile, parfois changement de foc. Souvent négligé, source de pertes faciles.

L'équipage doit savoir 3 minutes avant chaque transition ce qui va se passer. Le tacticien annonce, le numéro deux prépare, le barreur tient le cap. Sans cet anticipation, on improvise sous pression.

Repérer les pièges du parcours

Chaque parcours a ses pièges spécifiques. Sur la côte sud Bretagne :

  • Les courants forts en sortie de baie (Quiberon, Houat) qui font dériver de 1 à 2 nœuds en heure de marée
  • Les hauts-fonds à éviter (banc du Pouldon, plateau du Beniguet) qui obligent à des écarts par rapport à la layline
  • Les zones de molle (sous le vent de Belle-Île ou de Houat) qui piègent les bateaux qui cherchent à raccourcir

En Méditerranée :

  • Les effets de site sur les caps (Cap d'Antibes, Cap Ferrat) où le vent décolle ou s'effondre
  • Le mistral qui descend la vallée du Rhône et frappe à 25 nœuds en bordure de Sète à Camargue
  • Les zones de calme près des côtes en thermique faible

Avant le départ, je liste deux à trois pièges du parcours sur ma feuille étanche. Pas plus, sinon on noie l'essentiel. Pour la lecture du vent en pré-départ, voir les 5 indicateurs vent. Pour intégrer le courant dans le choix de bord, la méthode courant complète l'analyse.

La météo croisée au parcours

Une fois les marques posées et les angles calculés, on superpose la météo prévue. Le vent va-t-il tourner pendant la course ? La force va-t-elle changer ? Une bascule prévue à 14h sur un parcours qui dure jusqu'à 16h, c'est 30 degrés de vent en plus à anticiper.

Sur les parcours longs (3 à 6 heures), je vérifie deux fois pendant la course : à mi-parcours, je relis le bulletin météo Météo-France marine sur la VHF (canal dédié, météo locale). Si la prévision a évolué, je recalcule mentalement les laylines des deux derniers tronçons.

Le brief équipage de 90 secondes

15 minutes avant le départ, je fais le brief équipage. 90 secondes maximum, sinon plus personne n'écoute.

Format type : "Parcours 18 milles, 5 marques, retour estimé 16h30. Premier bord près tribord 1,5 mille, bouée 1 cardinale ouest à tribord. Deuxième bord reaching tribord 4,2 milles, gennaker. Bouée 2 latérale rouge à bâbord, on empanne en gardant le gennaker. Troisième bord plein vent arrière 6 milles, grand spi. Bouée 3 cardinale sud à tribord, affalage spi, retour près bâbord 4 milles, arrivée vers 16h30. Pièges : courant au 270 1 nœud, attention molle sous Belle-Île à mi-parcours."

Tout l'équipage a la séquence en tête. Tout le monde sait quoi faire à chaque transition. Le tacticien peut se concentrer sur les bascules et les bateaux voisins.

Pourquoi 80% des coureurs ne le font pas

Parce que ça paraît scolaire. Parce qu'on préfère papoter au quai 25 minutes avant le départ que poser une carte sur la table. Parce qu'on se dit qu'on a déjà couru ici, qu'on connaît.

C'est exactement pour ça que ceux qui le font gagnent.

Pour participer à un Spi Ouest-France, la lecture de parcours est un standard, les bateaux qui montent sur le podium ne s'y soustraient pas. Le travail invisible de la veille au quai et du matin avant départ paye le dimanche soir au comptoir.

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