Bretagne Sud

Convoyage Lorient-La Rochelle en novembre : préparation, mer, tarif réel

Récit d'un convoyage Lorient-La Rochelle en novembre 2024. 240 milles, 47 heures, fenêtre météo, ce que j'emporte en plus du charter.

Vendredi 8 novembre 2024, 6h50, ponton de Kernevel à Larmor-Plage. Il fait 7 degrés, il bruine, le vent à la girouette du club nautique indique 240 degrés, force 4. Je charge mes affaires sur le Sun Odyssey 51 d'un armateur que je convoie pour la deuxième fois, deux sacs au lieu d'un seul comme en charter. Le supplément, c'est ce que j'embarque pour la mer en novembre. Voici le récit complet de la mission.

Pourquoi prendre un convoyage en novembre, alors que la saison charter est finie

L'armateur veut sortir le bateau du chantier de Lorient pour le ramener sur sa place de port à La Rochelle avant les frais d'hivernage. Il me contacte mi-octobre, propose 280 euros la journée plus billet retour TGV, plus carburant à sa charge. Je réponds oui. La fenêtre météo : entre le 7 et le 12 novembre, je dois caler le départ sur 2 jours stables.

Le 7 au matin, GFS donne un transit dépressionnaire avec passage frontal vendredi matin, accalmie samedi 06h à dimanche 18h, puis nouvelle dépression lundi. La fenêtre, c'est samedi-dimanche, 36 heures pleines. Je décale d'un jour, départ vendredi 11h après le passage du front. Je préviens l'armateur.

Le convoyage en novembre n'est pas du tourisme. Le golfe de Gascogne en cette saison, c'est de l'eau à 13°C, une nuit qui tombe à 17h45, des grains qui arrivent vite, et personne entre les cargos pour t'aider rapidement.

J-3 : ce que je prépare en plus du charter

En charter d'été à Belle-Île ou Houat, je pars avec un sac de 10 kg. Pour ce convoyage, j'embarque 18 kg. Voici ce qui s'ajoute.

Vêtements et chaud :

  • Salopette pro Guy Cotten Drimer + ciré 3 couches Helly Hansen
  • Sous-vêtements thermiques mérinos Icebreaker, 2 jeux complets
  • Bonnet, tour de cou, gants néoprène fins (deuxième paire de Sealskinz dans un sac étanche)
  • Bottes Aigle Iceland fourrées, hautes
  • Chaussettes de rechange, 4 paires en mérinos

Sécurité personnelle :

  • VFI personnel Spinlock Deckvest 6D avec balise AIS Ocean Signal MOB1 (mon équipement à moi, je ne fais pas confiance aux gilets standards des bateaux pour une nav de nuit hors saison)
  • Lampe frontale Petzl Tikka XP avec 4 jeux de piles, en plus de la lampe rouge à filament en cas de besoin de garder ma vision nocturne
  • Couteau de mer Wichard Aquaterra à la ceinture, accessible d'une main

Communication et nav redondance :

  • VHF portative Icom IC-M37E pleinement chargée + chargeur 12V
  • GPS portable Garmin GPSMAP 86i avec piles AAA de rechange
  • Téléphone satellite Garmin inReach Mini (forfait location 35 euros le mois) pour SMS hors zone GSM

Vivres et liquides :

  • Soupes lyophilisées et plats Mountain House, 6 jours de réserve même si la nav fait 2
  • Thermos isotherme 1L, café préparé d'avance
  • 6 litres d'eau en bouteille, en plus du réservoir bord
  • Carrés de chocolat noir 70%, barres énergétiques

Documentation :

  • Carnet Rite in the Rain neuf, ma fiche météo Météo-France imprimée, mes points GPS prévus, le téléphone CROSS Étel et CROSS Corsen, ma copie du brevet Capitaine 200 et du livret pro

Le supplément total par rapport à un charter : environ 8 kg, 600 euros d'équipement personnel, 35 euros de forfait inReach pour le mois. C'est invisible pour l'armateur, c'est mon assurance.

J0 : Lorient, 11h05

Le passage frontal est descendu vers le sud, vent stabilisé 220 degrés force 4 à 5. Je sors de Kernevel, je passe les Trois Pierres à 11h25, j'enquille le couloir d'Étel sous grand-voile prise de un ris et solent. Le bateau tient bien, accélère sous les 30 nœuds dans les surfs.

Pour la sortie, j'envoie un float plan complet à l'armateur et au CROSS Étel : ETA La Rochelle samedi 22h, position prévue à 17h00 (47°20'N, 03°00'W), vacation VHF canal 16 toutes les 4 heures.

Vers 14h, le vent passe 200 degrés force 5, je tape un cap au 195. Le bateau marche à 7,2 nœuds en moyenne. Belle-Île à tribord à 14h45, je passe au sud des Birvideaux. À 16h30, je perds le téléphone GSM. À 17h45, la nuit est tombée.

La nuit en Gascogne : 18h00 à 06h00

C'est la partie qui rend ce convoyage différent du charter d'été.

Vacations VHF. Toutes les 4 heures avec le CROSS Étel jusqu'à 23h, puis CROSS Corsen jusqu'à 02h, puis basculement Étel zone sud à partir de 03h. Mes appels durent 30 secondes : "Bateau Lavandière, Lavandière, position 47-08 N 03-12 W, cap 185, vitesse 6,5, conditions vent 220-25, équipage 1, conditions normales, à vous". Le contrôleur répond "Bien noté".

Quart vigie. Je ne dors pas vraiment. Le pilote tient le cap, je dors par tranches de 18 minutes maximum, minuteur Casio sur ma sacoche, les yeux rouverts à chaque fin de cycle pour scanner l'horizon AIS et vue à la jumelle thermique Pulsar (pas la mienne, prêtée par un copain, équipement utile en cargo dense). À 22h45, je croise un cargo containers à 1,8 mille à tribord, identifié à l'AIS, route convergente de 12 degrés, je le laisse passer devant.

Le grain de 03h15. Vent qui passe de 5 à 7 en 12 minutes, pluie battante, visibilité à 200 mètres. Je prends un deuxième ris en m'attachant au mât, je réduis le solent au point d'intempéries (env. 60% du surface), je tape un cap au 175 pour ouvrir l'angle de vent. Le grain dure 22 minutes. Je note tout dans le carnet à 03h45.

C'est précisément ce moment-là, dans 2 années sur 3, qui justifie l'écart entre un convoyage à 280 euros la journée et un convoyage à 200. Quelqu'un qui prend la mission à 200 et qui se fait prendre par ce grain en T-shirt de coton parce qu'il a sous-estimé le matériel, va vivre 22 minutes très désagréables.

J+1 : 06h00 à La Rochelle

À 06h, jour qui se lève, vent 240 force 4 stable, mer 1m50 mollie. Je passe la pointe de Penmarc'h à 09h20, route au sud-est sur Île d'Yeu, puis Pertuis breton.

À 14h, je passe Les Sables-d'Olonne, je suis dans la fenêtre. À 16h, vue La Rochelle. À 16h45, je rentre dans le chenal des Minimes avec marée presque pleine (96 minutes après pleine mer La Rochelle), j'amarre au ponton 8 à 17h25.

Distance parcourue : 246 milles. Temps en mer : 30 heures 20 minutes. Vitesse moyenne 8,1 nœuds, optimale pour le bateau dans ces conditions.

Le tarif réel, vu de mon Excel

Voilà le calcul honnête, en chiffres bruts :

  • 280 euros la journée x 2 jours pleins = 560 euros bruts
  • Billet TGV retour La Rochelle - Lorient : pris en charge par l'armateur, 89 euros
  • Indemnité hébergement nuit du retour à La Rochelle (il a payé une nuit d'hôtel parce que j'arrivais le samedi soir et que le TGV partait dimanche) : 95 euros
  • Carburant : à sa charge, 220 euros
  • Mes frais perso non remboursés : forfait inReach 35 euros, repas, couple de petits achats avant départ : environ 60 euros

Net pour moi sur la mission : 560 - 60 = 500 euros nets bruts (avant cotisations URSSAF et ENIM, qui prendront environ 23%, soit 385 euros nets nets).

Pour 2 jours pleins en mer plus 1 demi-journée de retour TGV, ça donne 154 euros par jour réel mobilisé, hors préparation. Si j'avais pris à 200 euros la journée, j'aurais fini autour de 100 euros par jour réel mobilisé. C'est pour ça que j'ai un seuil.

Pourquoi je continue à prendre des convoyages en novembre

Trois raisons :

  1. Le savoir-faire que ça consolide. Naviguer en novembre m'oblige à être au niveau. La saison charter d'été détend, pas l'hiver Atlantique. Mes 35 saisons cumulées en convoyage, c'est ce qui me différencie d'autres skippers du coin.

  2. Le revenu supplémentaire sur le creux de saison entre octobre et avril. 4 ou 5 missions de convoyage par an me rapportent l'équivalent de 12 à 18 jours embarqués, soit environ 4 000 à 5 500 euros bruts.

  3. La relation avec les armateurs. Celui que j'ai convoyé en novembre 2024 m'a rappelée 4 fois depuis pour des missions été. Le convoyage hors saison crée une fidélité que le charter d'été ne crée pas.

Pour les conditions tarifaires détaillées du métier de skipper indé en France, combien gagne vraiment un skipper en 2026 précise les écarts par segment. Et pour le portrait de mon activité à Lorient en saison charter, c'est dans mon portrait de skippeuse à Lorient. Et briefing sécurité d'équipage le samedi à 17h couvre la version charter d'été du même métier.

Lundi matin 12 novembre, je suis rentrée à Larmor-Plage par le TGV de 07h12 La Rochelle - Rennes. Le sac de 18 kg dans le porte-bagages, le carnet Rite in the Rain encore humide. Le bateau, lui, restait à La Rochelle pour l'hiver. Mon Excel était à jour le soir même.

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