Résumé
Un tour du monde en voilier se prépare douze mois minimum avant départ, idéalement dix-huit. Quatre grands chantiers : le bateau (refit complet et équipement supplémentaire), les papiers et formalités, la santé et l'équipage, la logistique terrestre et financière. Les coûts s'étalent de 60 000 à 200 000 euros pour le refit selon l'état de départ du voilier.
Le rétroplanning sur 12 mois
J-12 mois : décision actée, bateau identifié si pas encore, début des grands choix de route et calendrier.
J-10 mois : sortie d'eau pour expertise complète (coque, gréement, moteur), état des lieux honnête.
J-8 mois : commande des grosses pièces (voiles, gréement, électronique). Délais de livraison de 6 à 16 semaines selon les fournisseurs.
J-6 mois : démarrage des chantiers gros œuvre (gréement, voiles, hivernage moteur, antifouling longue durée).
J-4 mois : équipement secondaire (panneaux solaires, dessalinisateur, AIS, VHF redondante).
J-3 mois : papiers, visas, vaccins, banque, mutuelle internationale.
J-2 mois : avitaillement de base à bord, rangement, équipage final.
J-1 mois : tests longues sorties (48h-72h en mer), affinage des routines équipage.
J-jour : départ, idéalement avec tampon de 2-3 semaines pour gérer les imprévus de dernière minute.
Ce rétroplanning suppose un bateau déjà en bon état. S'il faut acquérir le voilier, ajouter 6 à 12 mois.
Le bateau
Le voilier de tour du monde idéal mesure 40 à 50 pieds, monocoque ou catamaran. Caractéristiques essentielles :
Coque polyester épais ou aluminium, jamais composite trop fin. Étanchéité parfaite des passe-coques.
Gréement standard refait à neuf moins de 5 ans avant départ : haubans inox de qualité, vis de quille vérifiées, vit-de-mulet renforcé.
Voiles : grand-voile lattée semi-rigide, génois sur enrouleur, voile d'avant de rechange (ORC), spinnaker symétrique léger pour alizés. Tous voiles vérifiées et révisées.
Moteur diesel inboard avec révision complète, filtres neufs, pompe à eau de mer changée, embrayage vérifié, hélice nettoyée. Carburant : prévoir 600 à 1500 litres de capacité totale (réservoirs et bidons).
Mouillage principal en chaîne calibrée 12 mm minimum sur 80 à 100 m, ancre principale 30 à 40 kg type Spade, Rocna ou Mantus. Ancre de secours.
L'électronique et l'énergie
L'autonomie énergétique conditionne le confort et la sécurité.
Parc batteries lithium 400 à 600 Ah pour la servitude.
Panneaux solaires 600 à 1000 W minimum sous le tropique.
Éolien : 400 à 600 W, type Silentwind, Rutland ou Air-X.
Hydrogénérateur (Watt&Sea) : excellent en navigation, environ 800 W à 7 nœuds. Coûteux (5500-7500 euros) mais autonomie majeure.
Générateur diesel ou DC backup : utile en escale ou en pannes alternatives.
Côté électronique :
GPS chartplotter principal et secondaire (redondance impérative).
VHF fixe ASN avec MMSI enregistré et VHF portative étanche.
AIS récepteur ET émetteur (transpondeur). En grand large, avoir une signature AIS sauve des vies.
Radar 36 milles minimum, ouverture petite (radôme).
SSB ou téléphone satellite (Iridium GO!). Le SSB devient rare, l'Iridium est désormais le standard.
Météo : routages via PredictWind, Squid, ou Weather4D. Abonnement satellite indispensable.
Le dessalinisateur
Indispensable pour traverser. Capacité de 60 à 120 litres par heure pour 4 personnes. Modèles fiables :
Schenker (énergétiquement très efficace, 35 W pour 30 L/h en 12V).
Spectra Cape Horn 200 (douloureux à entretenir mais robuste).
Sea Recovery Aqua Whisper 200 (référence des grands voyageurs).
Budget 6 000 à 14 000 euros installé. Filtres et membranes à changer tous les 2-4 ans, prévoir stocks.
Les voiles supplémentaires
Au-delà du jeu standard, prévoir :
Tourmentin sur étai largable. Indispensable en gros temps.
Voile d'étai (cutter) pour réduire la voilure en variant les configurations.
Spinnaker asymétrique léger (gennaker) pour alizés portants 1.6 oz.
Spinnaker symétrique léger pour grand large (Code Zero possible en alternative).
Les meilleurs voiliers de tour du monde portent 6 à 8 voiles différentes.
Les papiers et formalités
Le passeport reste valable au moins 18 mois après le retour. Visa selon les pays traversés.
Carte mondiale (carnet de plaisance) : permet de naviguer hors d'Europe sans formalité de mise en franchise.
Carnet ATA pour le matériel embarqué (utile pour repasser des frontières sans payer de droits).
Acte de francisation à jour, IMMARSAT enregistré, MMSI mis à jour.
Permis hauturier (côtier ne suffit pas pour certaines zones).
Certificat restreint de radiotéléphoniste (CRR) : obligatoire pour utiliser légalement la VHF marine.
Assurance bateau internationale : multirisque tous risques avec couverture mondiale (sauf zones rouges). Compagnies : Pantaenius, Generali Yacht, AGCS Allianz. Budget 1 500 à 4 000 euros par an pour un 45 pieds.
La santé
Mutuelle internationale : couverture mondiale, rapatriement, soins dentaires, optique. Comparateurs : APRIL International, Mondassur. Budget 200 à 600 euros par personne et par mois.
Vaccinations selon les pays traversés : fièvre jaune (Pacifique, Amérique du Sud), hépatite A et B, typhoïde, rage parfois, rappel tétanos.
Trousse médicale élargie : antibiotiques large spectre (ordonnance médecin), antalgiques opioïdes, anti-inflammatoires, anti-paludéens (selon zones), traitement gastro, fil de suture, anesthésie locale. Liste vue avec un médecin formé à la médecine de bord.
Stage de médecine d'urgence : 2-3 jours, fortement recommandé pour le skipper. Coût 500 à 800 euros.
DAE (défibrillateur) à bord : si possible. Sauve des vies en cas d'arrêt cardiaque, fréquent en équipage homme 50+.
L'équipage
Constitution d'équipage : couple seul, famille, amis. Chaque option a ses contraintes.
Couple seul : autonomie maximale mais fatigue extrême sur traversées longues. Imposer des quarts de 4h sur 4h est tenable jusqu'à 8 jours, plus dur après.
Famille avec enfants : étapes courtes, planning flexible, navigation entre alizés et zones sûres.
Avec amis embarqués sur portions : réduit la fatigue mais demande coordination, billets d'avion, intégration.
Convoyeur professionnel pour les premières traversées : pratique courante. Coût 200 à 400 euros par jour plus billets.
La banque et la logistique financière
Compte bancaire international : carte Visa ou Mastercard avec couverture mondiale, sans frais de change déraisonnables. Wise, Revolut, N26, ou compte multi-devises classique.
Trésorerie d'urgence : 5 000 à 10 000 euros liquides en deux ou trois devises (euros, dollars, livres) répartis dans plusieurs cachettes à bord.
Budget total : pour un tour du monde en 24 mois en couple, prévoir 80 000 à 150 000 euros de budget courant (hors achat et refit du bateau). Cela couvre nourriture, escales, ports, carburant, entretien courant, imprévus.
Provision pour réparations majeures : 15 000 à 30 000 euros sur un compte à part. Une voile déchirée par grain hauturier, un démâtage partiel, ce sont des sommes énormes loin de France.
Les routes classiques
Le tour du monde par les alizés (route ouest) reste la plus pratiquée.
Départ France septembre-octobre, descente sur Canaries via Madère.
Traversée Atlantique novembre-décembre, ARC (Atlantic Rally for Cruisers) ou en autonomie. 2200 milles, 14-21 jours.
Caraïbes décembre à mars-avril.
Canal de Panama avril-mai.
Pacifique Polynésie à Fidji entre mai et octobre (saison sèche).
Australie entre octobre et avril selon route.
Océan Indien (Cocos Keeling, Maurice, Réunion, Madagascar) entre août et décembre.
Cap de Bonne-Espérance ou canal de Suez.
Retour Méditerranée puis France 18 à 36 mois après départ.
Une variante par le Cap Horn existe pour les voiliers spécialisés. Beaucoup plus dure techniquement.
La famille restée à terre
Sujet souvent oublié, capital pour la sérénité.
Mandat à un proche pour gestion des affaires (papiers, comptes, immobilier).
Communication régulière : Iridium GO! pour mails et SMS satellitaires. Téléphone WhatsApp en escale.
Plan de remontée d'urgence : si un parent décède, comment rejoindre la France en 48h. Vols domestiques à régulariser depuis Polynésie ou Pacifique (3-5 jours possibles).
Notarisation : testaments à jour, procurations, comptes bancaires accessibles aux proches.
La phase test
Une grande croisière test en Méditerranée ou Atlantique 6 mois avant le départ permet de détecter les défauts. Idéal :
Navigation Côte d'Azur jusqu'aux Baléares (250 milles de mer ouverte) en 3-4 jours.
Traversée golfe de Gascogne en autonomie sur 600 milles.
Vivre 2 semaines à bord avec l'équipage final pour valider la dynamique.
Lister tous les points de friction et résoudre avant le grand départ.
Préparer son projet
BoatMap référence les ports français et permet d'organiser les escales préparatoires sur le territoire avant le grand départ.
