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Visiter la Belle Poule : un vieux gréement de la Marine nationale

La Belle Poule, goélette à hunier de la Marine nationale, sillonne les ports français depuis 1932. Histoire, escales et visite.

Résumé

La Belle Poule est une goélette à hunier construite en 1932 pour l'École navale de Brest. Toujours en service dans la Marine nationale, elle forme les futurs officiers et participe à toutes les grandes fêtes maritimes. Une visite au quai laisse découvrir un siècle d'instruction nautique.

Un nom qui traverse les siècles

La Belle Poule est le quatrième navire de la Marine nationale à porter ce nom. Le premier, frégate de 1765, est célèbre pour son combat contre la frégate anglaise Arethusa en juin 1778, événement fondateur de la guerre maritime entre la France et l'Angleterre dans le sillage de la guerre d'indépendance américaine. Marie-Antoinette s'inspirera de ce combat pour une coiffure célèbre, dite à la Belle Poule.

Les deux Belle Poule suivantes sont également des bâtiments de guerre : une frégate de 1834 qui ramène les cendres de Napoléon de Sainte-Hélène, et un croiseur cuirassé de 1896. Le quatrième et actuel, mis en service en 1932, change radicalement de format : c'est une goélette à deux mâts dédiée à la formation, et non plus un bâtiment de combat.

Une coque pour l'instruction

La conception de la Belle Poule de 1932 répond à un besoin précis : former les futurs officiers de la Marine à la voile traditionnelle, alors que la flotte est désormais entièrement à vapeur. L'amiral Lucien Lacaze, alors ministre de la Marine, est convaincu qu'un marin doit avoir senti le vent dans une voilure avant de commander un bâtiment moderne.

Les chantiers de Normandie à Fécamp en sont chargés. Le bateau fait 37 mètres hors-tout, dont 30 mètres au pont. La coque est en chêne sur membrures de chêne, le pont en pin d'Oregon, le gréement en aluminium. La Belle Poule peut embarquer une quarantaine d'élèves officiers et un équipage permanent de douze marins.

Sa sœur jumelle, l'Étoile, est lancée la même année à partir des mêmes plans. Les deux navires sont indissociables dans l'imaginaire de la Marine nationale, naviguent presque toujours ensemble, et constituent depuis 90 ans un duo unique au monde.

La guerre et l'épopée britannique

La période la plus intense de l'histoire de la Belle Poule se joue de 1940 à 1945. Le 18 juin 1940, le navire est à Falmouth en Angleterre lors de l'appel du général de Gaulle. L'équipage choisit de continuer le combat sous pavillon des Forces navales françaises libres. C'est ainsi que la Belle Poule arbore la Croix de Lorraine pour la première fois.

Pendant cinq ans, le navire navigue dans l'Atlantique nord pour des missions de formation et de liaison. Il participe à des opérations de transport de courrier, de déminage et d'instruction d'élèves officiers FNFL. À la Libération, il rentre à Brest avec la mention historique d'avoir été l'un des très rares bâtiments à n'avoir jamais cessé de naviguer sous pavillon français pendant toute la guerre.

La carrière contemporaine

Depuis 1945, la Belle Poule est restée fidèle à sa mission première : la formation des élèves officiers de l'École navale. Chaque été, elle embarque deux à trois promotions sur des stages de quatre semaines, avec navigation en flotte avec l'Étoile. Les escales habituelles sont Brest, Saint-Malo, La Rochelle, Lorient, parfois Cork ou les îles Anglo-Normandes.

Le bateau a été restauré en profondeur en 1990, puis à nouveau en 2010. La coque a été presque entièrement remplacée lors de la deuxième restauration, tout en respectant les matériaux et techniques d'origine. Le gréement a été modernisé sur quelques détails de sécurité, mais reste très fidèle au plan de 1932.

Voile et fêtes maritimes

La Belle Poule participe à toutes les grandes fêtes maritimes. Brest 92, Brest 96, Brest 2000, Brest 2008, Brest 2024 : chaque édition de la fête internationale de la mer voit la goélette amarrée en bonne place sur le port de commerce, ouverte à la visite. Elle est aussi présente aux Tonnerres de Brest, aux fêtes maritimes de Douarnenez, à Sète Escale à Voile.

Ces apparitions publiques sont toujours très suivies. La file d'attente pour visiter le pont peut dépasser deux heures lors d'événements majeurs. La Marine nationale assure une présence constante avec les membres d'équipage qui répondent aux questions et présentent le bateau, ses missions et l'École navale.

Visite à quai

En dehors des grandes fêtes, la Belle Poule fait régulièrement escale dans les ports français entre mai et septembre. Les escales sont annoncées par la Marine nationale et la Préfecture maritime quelques semaines à l'avance. La visite est gratuite, les horaires fixés selon les disponibilités d'équipage, généralement de 14h à 17h.

L'intérieur, accessible aux visiteurs, conserve l'atmosphère d'une école flottante. Le carré des élèves, avec ses bancs et ses tables d'études, n'a presque pas changé depuis les années 1930. Le poste équipage, plus exigu, montre la dureté de la formation. Le poste de commandement, avec sa table à cartes et son barographe, fait remonter le temps.

Un patrimoine vivant

La Belle Poule est l'un des très rares vieux gréements à avoir maintenu une activité opérationnelle continue depuis sa construction. Elle n'est pas un musée flottant, c'est un bâtiment en service qui continue chaque été à former les jeunes officiers. Cette continuité est probablement unique au monde.

Pour un plaisancier qui croise la goélette en mer, l'occasion est rare. Le saluer aux jumelles fait partie des rituels appréciés. Si vous l'apercevez naviguant au près serré, c'est probablement qu'une promotion d'élèves officiers est en train d'apprendre les manœuvres traditionnelles.

Préparer une escale qui coïncide avec une étape de la Belle Poule, c'est consulter le calendrier de la Marine et anticiper les places de port. Sur BoatMap, les fiches des grands ports français bretons et atlantiques regroupent ces repères, mis à jour au fil de la saison.

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