Languedoc-Roussillon

Ma croisière vers les Baléares au départ de Port-Camargue

Récit de la traversée Port-Camargue vers Minorque et retour : 280 milles, 32 heures de mer, ce qui a marché et les deux choses que je referai autrement.

Le résumé en trois lignes

Départ de Port-Camargue le 18 juillet 2025 à 5h30, arrivée Mahón (Minorque) le 19 juillet à 13h45 : 32 heures et 15 minutes pour 195 milles, vent moyen 16 nœuds en travers. Retour 12 jours plus tard via Pollença et Ibiza, 285 milles cumulés en deux étapes. Voici ce qui a marché, ce qui m'a coûté, et les deux décisions que je prendrais différemment aujourd'hui.

Pourquoi je pars de Port-Camargue plutôt qu'ailleurs

Trois ports valent le coup pour partir aux Baléares depuis le Languedoc et la Provence ouest : Port-Saint-Louis-du-Rhône, Port-Camargue et Sète. J'ai un Sun Odyssey 410 amarré à Port-Camargue depuis 2019, c'est pour ça que je pars d'ici. Si je devais choisir aujourd'hui sans contrainte de place, je referais le même choix.

Pourquoi Port-Camargue tient bien la route pour ce type de traversée :

  • 5 100 places, le plus grand port de plaisance d'Europe, donc avitaillement complet sur place (deux shipchandlers, gasoil 24h/24, boulangerie, supermarché à 800 m)
  • Sortie sur la mer en moins de 10 minutes, sans pont à attendre
  • Latitude 43° 32' N, ce qui place les Baléares à 195-200 milles plein sud (cap 175°), un peu plus court que depuis Sète et bien plus que depuis Port-Saint-Louis
  • Pas de courant rhodanien à gérer à la sortie, contrairement à Port-Saint-Louis

Le défaut : le quai est exposé au mistral, qui rentre par le sud-ouest dans le bassin et fait taper les bateaux. Sur 6 ans, j'ai eu trois épisodes au-dessus de 35 nœuds qui ont demandé un retour au pas de course pour vérifier les amarres.

La fenêtre, encore et toujours

J'ai préparé cette traversée sur trois semaines. Je voulais partir entre le 12 et le 25 juillet pour rejoindre des copains à Mahón, c'était mon créneau cible. Trois fenêtres potentielles me sont apparues sur les modèles, j'en ai retenu une.

Critères que j'avais fixés :

  • Vent moyen entre 8 et 22 nœuds sur 36 heures
  • Pas de mistral marqué annoncé sur la durée plus 12 heures de marge
  • Houle inférieure à 1,5 m, période supérieure à 6 secondes
  • Pas de cumulonimbus annoncés (golfe du Lion en juillet, ça arrive)

La fenêtre du 18-20 juillet cochait tout. ECMWF et GFS étaient d'accord à 1 nœud près sur les 24 premières heures, ce qui est rare et précieux. J'ai validé la veille à 17h, plein gasoil le soir, départ dans la nuit pour caler l'arrivée à Mahón en plein jour.

Une chose que j'ai apprise depuis ma première traversée en 2020 : ne jamais partir si l'horaire de pointe en mer (la nuit ou le matin tôt) ne tombe pas sur la fenêtre la plus stable. Cette fois, le pic de vent annoncé était à 14h le 18, en pleine journée, à 6 heures de mer. Idéal.

Le récit, du quai à Mahón

5h30 du matin, sortie du chenal, eau plate, vent 4 nœuds à terre. À 6h15, je passe le feu de la digue. Brise thermique encore couchée, je sors au moteur sur 4 milles avant de tirer un bord de génois pour caler le pilote.

À 9h, le vent monte régulièrement, ouest-sud-ouest, 12 nœuds établis. Je tire un bord plein sud à la voile, allure travers franc à grand largue. Vitesse 6,5 à 7 nœuds, mer plate avec houle longue d'1 m de l'ouest. C'est la traversée idéale qu'on raconte aux copains.

À 14h, comme annoncé, le vent monte à 18 nœuds avec rafales à 22. Je prends le premier ris à 13h40, juste avant. Ne jamais attendre, c'est la règle qu'on m'a faite rentrer au permis hauturier. Vitesse maintenue à 7 nœuds, plus stable.

À 18h30, dîner chaud (lasagnes faites la veille, réchauffées au gaz). Soleil qui commence à descendre, vent qui retombe à 14 nœuds, je larguerai le ris à 21h.

22h, début du quart de nuit. Mon équipière Élodie prend de 22h à 2h, je dors. Je me réveille à 1h45 sans alarme, je m'habille, je relève à 2h. Vent stable, 12 nœuds, ciel étoilé, lune à demi.

Le moment dur, comme toujours, c'est entre 4h et 5h30. Le froid descend, le sommeil rattrape, le sucré ne suffit plus. Café Thermos numéro deux, biscuits secs, je marche dans le cockpit pour me dégourdir.

À 7h, lever du jour. À 9h, premier contact visuel sur Minorque, île à 28 milles plein sud. Vent qui tourne ouest, vitesse maintenue, je prépare la documentation pour l'entrée à Mahón. À 13h45, mouillage devant Cala Llonga, à 1 mille du port de Mahón. 32 heures et 15 minutes après le départ.

Mahón, Pollença, Ibiza : 12 jours en cabotage

Je ne fais pas le récit de chaque mouillage. Trois choses à retenir si vous suivez ce circuit :

Mahón : grande baie de 5 km de long, profondeur 8-15 m sur ancre dans la zone autorisée, abrité de tout sauf coup de vent du sud. Frais de port en juillet aux alentours de 70 à 110 euros la nuit pour un 12 mètres selon les bassins, à confirmer auprès des marinas (Marina Mahón, Cala Taulera, etc.). Beaucoup de bateaux français en juillet, tension sur les places de port en milieu de saison.

Pollença : la baie elle-même est immense, mouillage forain praticable sur sable, attention aux zones de balisage (ZMO posidonies) très étendues. Profondeur 6-10 m en zone autorisée. La marina de Pollença est petite et chère en haute saison. J'ai préféré rester deux nuits sur ancre au mouillage.

Ibiza-Formentera : le segment le plus saturé. La traversée Pollença-Ibiza, environ 75 milles, se fait en une journée de mer si la fenêtre tient. Formentera depuis Ibiza, c'est 6 milles, mais le mouillage à Espalmador ou Cala Saona en juillet-août est devenu une expérience désagréable, sauf à arriver avant 9h. J'ai écourté de deux nuits cette portion par rapport à mon planning initial.

Si vous cherchez l'ossature complète d'un circuit Baléares, les 5 étapes clés depuis la Méditerranée restent la meilleure base de planification.

Le retour, la vraie traversée

Le retour Ibiza vers Port-Camargue, c'est 270 milles cap nord-nord-est. J'ai profité d'une fenêtre courte avec un thermique modéré et un libecciu inférieur à 12 nœuds.

Départ d'Ibiza San Antonio le 30 juillet à 11h. Arrivée Port-Camargue le 1er août à 9h30. Soit 46 heures et 30 minutes pour le retour, plus long que l'aller à cause d'une remontée au près serré sur les dernières 80 milles, mistral résiduel de 14 nœuds nord-ouest.

Une nuit de plus en mer, c'est une vraie différence. Le deuxième jour les organismes ralentissent, les décisions deviennent moins fines. À deux pour 46 heures, on dort 5 ou 6 heures par personne en cumul, c'est court. La prochaine fois, je partirai à trois pour le retour.

Les deux choses que je referai autrement

1. Ne pas faire Pollença-Ibiza dans la foulée. J'avais prévu une étape intermédiaire à Cabrera (parc national, mouillages réservés à l'avance, magnifique). J'ai sauté pour gagner du temps. Erreur. Le saut Pollença-Ibiza en direct, c'est 75 milles, soit 12 heures à voile, qui s'ajoutent à la fatigue cumulée. Cabrera m'aurait coupé en deux, et c'est probablement le plus beau site des Baléares.

2. Trop d'avitaillement frais. J'avais prévu 7 jours de produits frais en partant. Sur l'aller, parfait. Mais à Mahón les supermarchés sont à 25 minutes à pied du mouillage, et j'ai jeté trois yaourts et deux salades. La leçon : avitailler pour 3 jours seulement, refaire les courses en arrivant, c'est moins de gâchis et ça allège le bateau.

Coût réel de la croisière

Un budget honnête pour 13 jours, deux personnes, voilier 12 mètres :

PosteMontant
Gasoil aller-retour (estimation 80 L à 1,80 €)145 €
Frais de port Mahón (3 nuits à 95 € moyenne)285 €
Frais de port Pollença (2 nuits à 110 € moyenne)220 €
Frais de port Ibiza marina (2 nuits à 140 € moyenne)280 €
Avitaillement480 €
Restaurants à terre (5 dîners)320 €
Taxes, divers, sortie en bus90 €
Total1 820 €

Sans la marina d'Ibiza et en privilégiant le mouillage forain, on passe sous 1 200 euros à deux. Soit 92 euros par jour et par personne, hors usure du bateau et amortissement de la place de port à l'année. Pour une vraie traversée, c'est correct.

Ce qu'il faut savoir avant de se lancer

Si vous lisez cet article en pensant à une première traversée hauturière, deux conseils :

D'abord, ne sous-estimez pas la préparation matérielle. La majorité des bateaux qui rentrent prématurément n'ont pas un problème de météo, ils ont un problème d'équipement non vérifié : feu de mât qui lâche à minuit, AIS qui n'émet pas, frigo qui décharge la batterie pendant le quart. Pour la check-list complète, j'ai détaillé ça dans comment préparer une traversée de 24 heures et plus.

Ensuite, ne partez pas seul pour une première fois. Un équipier expérimenté vaut mieux que deux nouveaux qui apprennent en route. La nuit, à 4h du matin, on doit pouvoir compter sur quelqu'un qui sait sans qu'on lui explique.

Le départ depuis Port-Camargue restera, pour moi, la meilleure rampe de lancement vers les Baléares. Mistral à surveiller, fenêtre à choisir, fond léger à dégager : trois variables, et on peut partir à 5h du matin sans réveiller personne. C'est ce qui fait la différence entre une traversée qu'on subit et une traversée qu'on choisit.

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