Bretagne Nord

Une semaine de septembre aux Sept-Îles, jour après jour

Hallberg-Rassy 31, départ Perros-Guirec le 8 septembre 2024. Récit de 6 jours autour des Sept-Îles, entre grains, étales et lumières d'arrière-saison.

Perros-Guirec, 8 septembre 2024, 6h30. Le vent a tourné dans la nuit. Hier soir la prévision parlait de nord-ouest 10 à 15 nœuds pour la semaine. Ce matin, la capitainerie sort son bulletin à 20 nœuds établis côté large, avec avis de grand frais possible vendredi. Je bois mon café. On partira quand même.

J'ai 57 ans. Je navigue en Bretagne nord depuis 1998, sur un Hallberg-Rassy 31 que j'ai acheté d'occasion en 2012. 9,75 mètres, tirant d'eau 1,80 mètre, quille longue, sloop. Pas rapide, très marin. Mon port : Perros-Guirec, bassin à flot, place 4B depuis 13 ans. Les Sept-Îles sont à 5 milles plein nord. En ligne droite, 45 minutes. En pratique, jamais en ligne droite à cause des cailloux et des courants.

Jour 1 : Perros vers Île aux Moines

Largué à 9h20 après la haute mer pour sortir du bassin avec marge. Vent de nord-ouest 15 à 18 nœuds, mer courte. Génois seul au travers, 4,2 nœuds de moyenne. Je laisse la Méloine à bâbord et je double le plateau des Jaudy par l'est.

Mouillage à l'île aux Moines vers 11h, côté sud-est. Fond de sable et petits galets, 6 mètres. 3 longueurs de chaîne, un peu court pour la force annoncée mais je vais rester moins de 2 heures. Je déjeune seul à bord, les oiseaux marins criaillent, trois fous de Bassan tournent au-dessus du phare. Il y a des sternes caugek en passage migratoire, elles vont descendre vers l'Afrique dans quelques semaines.

À 14h, le vent monte à 22 nœuds. Je remonte l'ancre et je cherche un meilleur abri pour la nuit.

Jour 1 (suite) : retour côté continent

Changement de plan. Je traverse vers Ploumanac'h pour prendre un corps-mort dans la petite rade. C'est gratuit hors saison, et on est à 2 minutes à pied de la boulangerie qui fait le pain noir au levain. Arrivée 15h30. 5 autres voiliers amarrés, pas un de plus. La rade prend les vents de nord-ouest sans drame, le rocher du Phare de Mean Ruz fait paravent.

Soirée à lire, la VHF ouverte sur le canal 16. Bulletin CROSS Jobourg à 18h40 : 25 à 30 nœuds de nord-ouest prévu pour la nuit, bascule à ouest demain en fin de matinée. Je redescends ma dérive de guetteur (une vieille habitude) et je dors à 21h.

Jour 2 : Ploumanac'h, rien faire

Réveil 7h, vent à 28 nœuds sifflant dans les haubans. Je ne sors pas. Petit-déjeuner au bistrot du port, tartine et thé à 6,50 euros. Je discute avec un couple belge qui remonte d'Espagne, ils sont sur un Amel Maramu de 40 pieds et ils attendent aussi la bascule pour passer à Roscoff.

L'après-midi, balade à pied jusqu'à la plage de Saint-Guirec. Les rochers roses, l'oratoire, les touristes moins nombreux qu'en août. Retour au bateau vers 17h pour écouter le bulletin. Ça doit baisser dans la nuit.

Je relis mes instructions nautiques pour la traversée vers l'île Molène et Bréhat. Je prévois 3 options selon ce que la météo donnera demain.

Jour 3 : Ploumanac'h vers Bréhat

Départ 9h, vent d'ouest 12 nœuds, mer encore formée. Je hisse la grand-voile réduite d'un ris par précaution, génois plein. Cap 80, j'enfile la chaîne côtière à bonne distance des écueils de la Chaire du Prêtre.

Passage de l'île aux Moines au large, je décide de ne pas m'y arrêter cette fois. À 11h50, je suis à l'entrée du Kerpont. Marnage de 9 mètres aujourd'hui, coefficient 98. Les courants atteignent 3 nœuds à la mi-marée. J'entre à une heure avant la pleine mer, pour avoir la marge dans les 2 sens.

Mouillage sur corps-mort devant la Chambre, Bréhat. 25 euros la nuit pour 10 mètres. Je descends à l'annexe, je monte au bourg pour dîner au Bellevue (moules marinières, 18 euros, excellent). Je rentre à bord à 22h sous un ciel qui se dégage. La Grande Ourse brille au-dessus du phare du Paon.

Jour 4 : Bréhat, vers l'archipel

Journée complète à Bréhat. Le matin, je prends l'annexe vers l'île Raguenez (accessible à marée basse à pied sec), je marche 2 heures sur les sentiers de l'île sud. Paysage de landes, de criques granitiques, et le phare du Paon au bout.

Après-midi, je remonte à bord vers 15h. Le vent est tombé à 8 nœuds, mer belle. Je déplace le bateau pour mouiller au sud de l'île Béniguet, petit îlot tranquille à 2 milles de Bréhat. Fond de sable et roche, 4 mètres, mouillage correct par temps stable.

Je passe la soirée sur le pont, à observer les passages d'oiseaux et les reflets sur l'eau. La couleur de septembre en Bretagne, c'est vraiment ce que je préfère dans l'année. Les touristes de juillet-août sont partis, la lumière change, on est presque seul sur l'eau.

Jour 5 : L'archipel, puis retour

Le cœur de la semaine. 5h30 au réveil, départ de Béniguet au petit jour. Cap sur les Sept-Îles, cette fois par temps stable : 10 nœuds de nord, mer plate.

Arrivée à Rouzic vers 8h. L'île est la plus à l'est de l'archipel, elle abrite la plus grosse colonie de fous de Bassan d'Europe continentale (entre 20 000 et 25 000 couples). Interdiction de débarquer, bien sûr, on mouille à distance, 7 mètres de fond, sable. Je reste sur le pont 2 heures à observer. Les fous plongent en piqué à 30 mètres, remontent avec des poissons. Le bruit colonie est constant, presque irréel.

Vers 11h, je longe l'Île Plate et l'Île aux Moines. Je refais le mouillage du jour 1, cette fois par temps calme. Déjeuner à bord, sieste courte. Je repars à 14h30 pour rentrer à Perros, histoire de ne pas me presser le lendemain.

Arrivée à quai 16h45. Bulletin météo de 18h40 : coup de vent de 40 nœuds annoncé pour vendredi et samedi. Bien joué d'être rentré ce soir.

Jour 6 : au port, ménage et bilan

Grand nettoyage du bateau. Je vide le frigo, je rince les cordages, je fais la liste des petites choses à réparer cet hiver. Le vent se lève à 22 nœuds dans l'après-midi et ne retombera pas avant dimanche.

Bilan de la semaine : 38 milles parcourus, 4 ports différents, 2 nuits sur corps-mort, 2 nuits au mouillage, 2 nuits au port. Consommation gasoil : 12 litres. Café du port : 4 fois. Oiseaux marins observés : beaucoup. Heures de barre : je n'ai pas compté.


Les marqueurs des 4 mouillages sont sauvegardés sur BoatMap avec leurs profondeurs et les vents où je les utilise vraiment. La trace GPS complète de la semaine aussi.