Résumé
Le courant déforme la route surface en route fond selon un triangle des vitesses simple à tracer. Sur 6 nœuds de vitesse propre avec 1,5 nœud de courant traversier, la dérive atteint 14 degrés. Anticiper cet écart évite jusqu'à 30 minutes perdues sur une traversée de 20 milles.
Trois vecteurs, un triangle
La route fond est la résultante de deux vecteurs : votre vecteur surface (cap compas et vitesse à travers l'eau) et le vecteur courant (direction et intensité). Le troisième côté du triangle, c'est ce que voit votre GPS.
Sur la carte, on trace d'abord le segment de courant (intensité par heure, direction portante), puis depuis son extrémité on porte la vitesse propre. La droite du point de départ vers l'extrémité finale donne la route fond et sa vitesse réelle.
Estimer la dérive concrètement
Une règle utile : avec un courant traversier perpendiculaire à votre route, la dérive en degrés vaut approximativement 60 multiplié par la vitesse du courant divisée par votre vitesse propre. À 6 nœuds propres avec 1,5 nœud de travers, on obtient 15 degrés, soit l'angle qu'il faut anticiper en sens inverse.
Le SHOM publie des atlas de courants pour les zones à fort marnage : Raz de Sein, Chenal du Four, Raz Blanchard. Au Raz Blanchard, on relève couramment 8 à 10 nœuds en vives eaux, ce qui rend la traversée impraticable contre le courant pour la plupart des bateaux à moteur de moins de 12 nœuds.
Trois cas concrets
Traversée Manche, Cherbourg vers Poole, 65 milles. Sur 10 heures de route à 7 nœuds, le flot porte au nord-est pendant 6 heures puis le jusant au sud-ouest pendant 4 heures. Si on ne corrige pas, on dérive de plus de 8 milles à l'arrivée.
Sortie de l'étang de Thau au Grau-de-Pisses : courant de marée modeste, mais courant fluvial dans le canal qui peut atteindre 2 nœuds par fortes pluies. Un voilier de 5 nœuds remontera à 3 nœuds fond seulement.
Iroise, traversée de Camaret aux Tas de Pois : courants giratoires liés à la Chaussée de Sein. Sur 8 milles, il faut découper la route en tranches d'une heure et recalculer le cap pour chaque tranche.
La méthode pas à pas
- Identifier l'heure de départ et la durée estimée
- Lire l'intensité et la direction du courant moyen sur cette tranche
- Tracer le triangle sur la carte ou sur l'écran
- Relever le cap compas corrigé
- Vérifier toutes les heures avec le COG et le SOG du GPS
L'erreur classique consiste à appliquer la même correction sur toute la traversée. Le courant change avec l'heure de marée et avec la zone : il faut découper et recalculer.
Outils embarqués utiles
Les traceurs modernes affichent le COG (course over ground) et le SOG (speed over ground) en temps réel. La différence avec le cap compas et la vitesse loch donne la dérive instantanée. C'est un excellent outil de contrôle, mais il ne remplace pas la planification préalable : le GPS dit où vous allez, pas où vous voulez aller.
Sur BoatMap, les fiches de zone signalent les courants forts à anticiper et les fenêtres horaires recommandées pour les passages tendus.
