Provence

Ma remontée de Marseille à Menton en 6 jours, vents et escales

De Marseille à Menton en 6 jours, 170 milles cumulés : ma lecture du mistral, du thermique, et les 5 escales qui ont tenu quand la météo a basculé.

L'essentiel en trois lignes

6 jours et environ 170 milles cumulés du Vieux-Port de Marseille à Menton Garavan, par la côte Sud, en remontant contre le dominant d'Ouest. Escales retenues : Bandol, Hyères-Porquerolles, Saint-Raphaël, Antibes Port-Vauban, Menton. Parcours réalisable en voilier de 10 à 12 mètres ou en semi-rigide puissant, praticable d'avril à octobre, avec une fenêtre mistral à négocier sur les trois premiers jours.

Pourquoi je l'ai fait dans ce sens

La remontée Marseille-Menton contre les vents dominants, la plupart des plaisanciers la fuient. On préfère la descente, plus rapide et plus confortable. J'ai choisi l'inverse parce que je voulais apprendre à lire le régime de vents complexe de la côte : mistral qui tombe à Saint-Tropez, thermique qui s'installe l'après-midi dès le golfe de Fréjus, ponants et levants qui se succèdent à l'approche de la frontière italienne. En 6 jours tu passes trois régimes différents. Personne ne t'apprend ça à l'école de voile.

Mon bateau : un First 31.7 de 2002, 9,60 m de coque, tirant d'eau 1,95 m, GV lattée et génois sur enrouleur, moteur Volvo 2GM20 de 18 chevaux. Je ne suis pas solo, j'embarque mon frère. On part le 14 mai 2025, le mistral est annoncé mollir à partir du 15, on accepte le premier jour moteur.

Jour 1, Marseille au Frioul vers Bandol, 22 milles

Largué 7 h 10 au ponton invité du Vieux-Port, sortie par la passe Sud-Est. Vent de Nord-Ouest à 18 nœuds établi, rafales 24, mer courte et hachée à la sortie. Moteur en route, GV avec un ris prise à quai avant de sortir, par prudence. Cap 120 jusqu'à Maïre, puis on bascule au Sud-Est pour passer au large du Cap Croisette.

À 10 h 30 je passe devant Sormiou à 1 mille au large. Le mistral descend toujours, 16 à 20 nœuds, mer 1,5 m croisée. Le bateau tient bien sous GV un ris et moteur d'appoint à 2 200 tours. Déjeuner à bord, sandwich, le cockpit tremble au rythme des vagues. Je vois des voiliers plus grands que le mien qui ralentissent à 4 nœuds au près. Je ne regrette pas d'avoir moteurisé.

À 14 h je contourne le cap de l'Aigle. Le mistral commence à faiblir dans son propre sillage, dans l'ombre de La Ciotat, et je coupe le moteur à 14 h 45. Arrivée Bandol 17 h 20. Place sur le ponton visiteurs réservée la veille, 52 euros la nuit pour 9,60 m en mai (source : port-bandol.fr, grille 2025 consultée le 12 avril 2025). Capitainerie sur canal 9, accueil correct. Nuit calme, douche à 7 euros le jeton.

Jour 2, Bandol vers le mouillage de la plage d'Argent, 28 milles

Le mistral est tombé dans la nuit, mer résiduelle dans le matin, ciel dégagé. Largué 6 h 50, cap à l'Est, allure vent arrière très mollasson (8 nœuds de Nord) les trois premières heures. Je double le cap Sicié au large de 2 milles, ça évite le clapot résiduel qui rebondit sur la falaise.

À partir de 11 h, le thermique s'installe. C'est le régime qui commande tout l'été sur la côte : le soleil chauffe la terre plus vite que la mer, l'air chaud monte, l'air marin plus frais s'engouffre, résultat une brise de Sud à Sud-Est qui part à 12 h et tombe à 19 h (source : Météo-France, bulletin marine Provence-Alpes-Côte d'Azur). Sur mon bateau en tangage arrière, c'est 14 nœuds de travers à 13 h, parfait.

Je passe les Embiez, puis le golfe de Giens. Cap sur la Petite Passe entre Porquerolles et la presqu'île. À 16 h 30 je mouille sur la plage d'Argent, côté Nord de Porquerolles, fond 4 à 6 m sur sable clair, 35 m de chaîne calibrée 10 mm. L'eau est à 17 degrés, mer d'huile, pas un bateau visible à 400 m. En mai, la plage d'Argent reste un des mouillages les plus propres de la rade. Pour comparer avec d'autres options de la zone, voir mon retour sur la baie de Cavalaire.

Soirée à bord, pas de restaurant, pâtes au pesto et un verre. Je m'endors à 22 h.

Jour 3, Porquerolles vers Saint-Raphaël, 32 milles

Jour le plus long en distance, et le plus varié en vent. Départ 6 h 30, pas de vent le matin, moteur cap 90. Les îles d'Hyères à tribord pendant 1 h 30. Je double le Cap Bénat à 8 h 40, l'anse de Cavalaire à 9 h 45. À 10 h la brise d'Est s'installe à 12 nœuds, près serré, je tire des bords. Le Sun Odyssey juste devant moi préfère le moteur, chacun son choix.

Passage du Cap Camarat à 13 h, puis rade de Saint-Tropez au large. Je ne rentre pas : en mai c'est tranquille mais les tarifs passage sont déjà en haute saison, 95 euros pour 10 m (source : portdesainttropez.com, tarifs 2025). Je continue vers le Cap Lardier, puis l'Est. Le thermique de l'après-midi monte à 18 nœuds, je déroule le génois, allure portante, 6,2 nœuds stables sur le fond.

Arrivée Saint-Raphaël Vieux-Port 18 h 45. Place visiteurs 48 euros pour 9,60 m, eau et électricité comprises, sanitaires propres. Le port est bien protégé par nord à sud-est. Une soirée sympa au Vieux-Port, les deux bateaux voisins viennent de Calanque-en-Vau, on partage une bière.

Jour 4, Saint-Raphaël vers Antibes, 24 milles

Vent calme au matin, 5 nœuds de Sud-Ouest, conditions idéales pour passer la zone de trafic de l'Esterel. Départ 7 h 20, cap 65, on longe la corniche d'or. À 9 h je passe devant le Trayas, à 10 h 15 La Napoule, à 11 h 30 je suis devant Juan-les-Pins. Arrivée Port-Vauban 13 h 30 pour déjeuner au mouillage extérieur (réservé aux petites unités et au passage court).

Puis escale dans le port lui-même : 89 euros la nuit pour un 9,60 m en mai (source : portvauban.net, tarifs passage 2025). C'est cher mais on est au centre d'Antibes, et je voulais visiter le musée Picasso. Promenade de 3 heures l'après-midi, on dîne au Marché provençal, nuit dans le port, mer plate sans aucun ressac grâce à la digue.

Une note sur le décor : Port-Vauban est un port de superyacht. On se sent petit, mais le personnel est cordial, et la traversée des pontons à pied est un zoo de 40 m en acier. Celui qui n'aime pas le luxe ostentatoire ne restera pas. Moi je trouve ça divertissant une nuit.

Jour 5, Antibes vers Monaco ou Cap-d'Ail, 17 milles

La journée contemplative. Départ 9 h après un café au port, vent nul, mer plate, moteur en route. Cap 70, on longe la Croisette de Cannes à 1 mille (à éviter en juillet-août, on est dans un trafic de day-boats qui te coupent la route). Passage au large de Villefranche-sur-Mer à 12 h 30, rade magnifique, mouillage possible au Nord-Est mais je continue. Déjeuner à la cape au large du Cap Ferrat.

À 14 h 30 j'arrive au Cap-d'Ail, juste avant Monaco. Port de Cap-d'Ail : 62 euros la nuit pour 9,60 m (source : capdail-ville.fr/port, 2025). Plus abordable que Monaco (150+ euros) et à 20 minutes à pied du Rocher. On y passe la soirée. Pour l'histoire du coin et le mouillage juste à l'ouest, voir ma fiche sur le mouillage du Cap-d'Ail.

Jour 6, du Cap-d'Ail au port de Garavan, 9 milles

La plus courte étape. Départ 10 h tranquille, passage devant le Rocher de Monaco, on salue le port Hercule sans y rentrer. Cap 70 jusqu'à la pointe de la Veille à Roquebrune, puis Est-Sud-Est jusqu'à Menton.

Arrivée Garavan 12 h 15. Port frontalier, 55 euros la nuit pour 9,60 m en mai (source : portmentongaravan.com, 2025). Sanitaires corrects, clientèle familiale, au-dessus du port le train pour l'Italie s'arrête à 12 minutes. On y passe trois jours avant le retour, dans un rythme complètement différent. Menton n'est pas la Côte d'Azur : c'est déjà l'Italie, jardins de citronniers, restaurants familiaux, et on rencontre plus de bateaux liguriens que de plaisanciers cannois.

Ce qui a marché, ce qui m'a surpris

Trois observations après ces 6 jours.

Le premier : gérer le mistral des trois premiers jours au moteur n'a pas été un échec, ça a été la clé. Essayer de remonter au près par 20 nœuds dans le clapot serré de la côte de Marseille, c'est s'épuiser pour 3 nœuds sur le fond. Le diesel est fait pour ça.

Le second : le thermique de l'après-midi est un régime fiable en demi-saison. En mai, il part à 11 h, souffle 14 à 18 nœuds, tombe à 19 h. On peut construire une journée dessus. En juillet-août, il devient plus fort (20 à 25 nœuds) et moins prévisible dans les golfes.

Le troisième : remonter contre le dominant change le rapport au temps. On accepte les journées courtes, on s'arrête quand le vent bascule, on ne fait pas la course. Celui qui veut faire Marseille-Menton en 3 jours en voilier en mai est un candidat au retour en train.

Matériel et détail pratique

  • Carte marine : cartographie marine hors-ligne sur tablette + SHOM 7091L et 7096L en papier de secours
  • VHF : veille 16 permanente, canal 79 sur le CROSS La Garde, 73 sur CROSS Cap Ferrat
  • Ancre : Rocna 15 kg sur 50 m de chaîne 10 mm, 30 m de nylon derrière
  • Budget escales 5 nuits à quai : 306 euros au total
  • Budget gasoil 6 jours : environ 78 euros à 1,95 euro le litre moteur (40 L environ)

Les escales de la route sont enregistrées comme marqueurs sur BoatMap si tu veux les retrouver.

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