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Navigation côtière : utiliser le compas et les amers (guide débutant)

Compas magnétique, déclinaison, amers, alignement, relèvements croisés : la base de la navigation côtière sans GPS, expliquée pour un débutant.

Résumé

La navigation côtière au compas et aux amers reste la base que tout plaisancier doit maîtriser, GPS ou pas. Trois compétences suffisent : lire un cap au compas magnétique en intégrant la déclinaison, identifier les amers principaux d'une zone (phares, balises, clochers), et faire deux relèvements croisés pour se situer. 30 minutes d'exercice par sortie pendant la première saison rendent l'opération automatique. Au coût de zéro euro et sans dépendre des piles, c'est l'assurance de ne pas être perdu si l'électronique tombe.

Pourquoi savoir naviguer sans GPS

Le GPS plaisance est fiable à 99 %. Mais 1 % de pannes, sur une saison de 50 sorties, c'est en moyenne une fois où vous serez sans positionnement. Si ce moment coïncide avec une brume soudaine ou une nuit sans lune, savoir lire son compas et reconnaître les amers fait la différence entre une route raisonnable vers un port et une dérive sur cailloux.

Au-delà de la sécurité, la navigation côtière classique aiguise une compétence rare : lire le paysage maritime. Vous repérez les variations de courant à partir des bouées, les changements de fond aux clapotements, les vents tournants aux fumées d'usine. Ce sont les bases d'une navigation intuitive.

Le compas magnétique : ce qu'il fait et ne fait pas

Ce qu'il fait

Le compas indique la direction du nord magnétique terrestre, qui n'est pas exactement le nord géographique. La différence entre les deux s'appelle la déclinaison, et varie selon votre position.

  • En France métropolitaine en 2026, la déclinaison est entre 0,5° W et 2,5° W selon la région.
  • Bretagne occidentale : environ 1,5° W.
  • Méditerranée centrale : environ 2° W.
  • La carte SHOM indique la déclinaison de la zone (cartouche en bas à droite généralement).

Ce qu'il ne fait pas

  • Indique pas le nord vrai : il faut corriger de la déclinaison.
  • Indique pas la route fond : il indique le cap (direction du bateau), qui peut être différent de la route réellement parcourue à cause du courant et de la dérive.
  • Reste pas stable par houle : il oscille de 5 à 20° dans la mer formée. Lecture moyenne sur 15 secondes.

Les types de compas

  • Compas de route : fixe sur le bateau, devant le barreur. Le plus précis quand bien étalonné.
  • Compas de relèvement : portable, pour relever des amers. Indispensable pour la navigation côtière classique.
  • Compas électronique : intégré aux instruments, donne le cap fond et le cap compas, plus précis que le magnétique mais dépend de l'alimentation.

Pour démarrer en plaisance côtière, un compas de route bien étalonné suffit largement.

Identifier les amers

Les amers de jour

Cinq types principaux à connaître :

  • Phares : tour caractéristique avec couleur précise (rouge, blanc, noir...) et hauteur indiquée sur la carte.
  • Balises : tours métalliques ou pierres, codées par couleur (latérale rouge bâbord, latérale verte tribord, cardinale jaune et noir).
  • Clochers et monuments : repère secondaire, attention car peuvent être cachés selon l'angle.
  • Pointes rocheuses caractéristiques : Cap Camarat, Pointe du Raz, Cap Sicié...
  • Bouées : balises flottantes, dérivent légèrement, à utiliser en complément seulement.

Les amers de nuit

Les phares deviennent visibles par leurs feux, dont la signature est codée :

  • F = feu fixe (continu).
  • Fl = flash (éclat court).
  • Iso = isophase (autant de lumière que d'obscurité).
  • Oc = occultation (lumière interrompue).
  • Q = quick (rapide, plus de 50 éclats par minute).

Exemple sur la carte : "Fl(2) WR 10s 25M" = feu à 2 éclats, blanc et rouge selon le secteur, période 10 secondes, portée 25 milles.

Vérifier la signature au chrono une fois en mer permet de confirmer l'identification du phare.

La technique du relèvement croisé

C'est la méthode reine pour se situer sans GPS.

Étape 1 : choisir deux amers bien identifiés

Idéalement deux amers qui forment un angle de 60 à 90° depuis votre position. Trop proches en azimut (moins de 30°), la précision chute.

Étape 2 : prendre le relèvement de chaque amer

Avec le compas de relèvement, viser l'amer 1 et lire l'angle (par exemple 045° au compas). Puis viser l'amer 2 et lire (par exemple 130°).

Étape 3 : convertir en relèvement vrai

Sur la carte SHOM, on travaille en relèvements vrais (par rapport au nord géographique), pas magnétiques. Pour passer de l'un à l'autre :

Relèvement vrai = Relèvement compas + déclinaison W (ou - déclinaison E)

En France, déclinaison W de 0,5 à 2,5°. Donc on ajoute généralement 1 à 2°.

Exemple : relèvement compas 045° + déclinaison 2°W = relèvement vrai 047°.

Étape 4 : tracer les deux droites de position sur la carte

Au rapporteur, depuis chaque amer, tracer une droite à l'azimut inverse du relèvement (si vous avez relevé l'amer à 047° depuis votre position, vous êtes à l'azimut 047°+180° = 227° depuis l'amer).

L'intersection des deux droites est votre position estimée.

Étape 5 : vérifier avec un troisième amer si possible

Trois relèvements forment un triangle (le "chapeau"). Plus le chapeau est petit, plus la position est précise. Si le chapeau fait plus de 1 mille, refaire les relèvements.

L'alignement, méthode simplifiée

L'alignement de deux amers donne immédiatement une droite de position, sans compas ni rapporteur.

Exemple : depuis votre bateau, le clocher de Camaret est exactement au-dessus du sémaphore de la pointe. Ces deux amers sont alignés. Sur la carte, cette ligne d'alignement passe par votre bateau.

Avec deux alignements simultanés (peu fréquent mais idéal), vous avez une position immédiate.

L'estime entre deux fixes

Entre deux relèvements, on tient une "route à l'estime" :

  • Cap suivi (au compas, corrigé de la dérive et du courant).
  • Vitesse (au log ou estimée).
  • Durée parcourue.

Toutes les heures sur croisière, ou tous les 5 milles, prendre un nouveau fix par relèvement croisé pour confirmer l'estime.

L'erreur classique du débutant

Vouloir tout convertir en degrés et cosinus dès la première sortie. La pratique vient progressivement. Commencez simple :

  • Sortie 1 : juste lire le compas et tenir un cap stable au degré près.
  • Sortie 2 : repérer 5 amers majeurs de votre zone (sans relèvement).
  • Sortie 3 : un seul relèvement par sortie, vérifier sur carte.
  • Sortie 4 : deux relèvements croisés.
  • Sortie 5+ : alignement + estime entre les fixes.

Au bout de 10 sorties, l'opération devient automatique.

Les outils minimum à avoir à bord

  • Compas de route bien installé et étalonné.
  • Compas de relèvement portable (50 à 200 euros).
  • Cartes SHOM de la zone (papier, à jour).
  • Rapporteur Cras (rapporteur transparent gradué pour navigation, 25 euros).
  • Crayon HB et gomme.
  • Chronomètre ou montre à secondes.

Cet équipement complet coûte moins de 250 euros et dure une vie. C'est un investissement bien plus rentable qu'un GPS supplémentaire.

Quand utiliser cette méthode au quotidien

Trois situations où la navigation côtière classique reste précieuse :

  • Sortie courte sans GPS : pédagogique, idéal pour s'entraîner.
  • GPS en panne : sécurité.
  • Vérifier les routes du GPS : la machine ne se trompe pas, mais elle peut être mal réglée (datum, zone, échelle). Croiser avec un relèvement permet de détecter les erreurs.

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