Bretagne Sud

Naufrage du Prince of Wales près de Belle-Île en 1842

Récit du naufrage du Prince of Wales près de Belle-Île en mars 1842, drame fondateur du sauvetage en mer breton.

Résumé

Dans la nuit du 17 au 18 mars 1842, le paquebot à vapeur Prince of Wales se brise sur les rochers de la pointe des Poulains à Belle-Île. Le drame fait sept morts et marque profondément la mémoire maritime du Morbihan. Il accélère l'organisation des secours côtiers en France.

Une nuit de mars 1842

Le Prince of Wales est un paquebot mixte voile-vapeur de la Compagnie générale de l'Atlantique, construit dans les chantiers de Bristol en 1838. Il assure la liaison Liverpool-Le Havre avec escales irrégulières. Le 17 mars 1842, il quitte Bordeaux à destination de la Manche avec à bord 47 passagers et 23 membres d'équipage.

La météo, à la sortie de la Gironde, est déjà mauvaise. Le journal de bord retrouvé plus tard dans les archives parle d'un vent d'ouest force 8, d'une mer très grosse et d'une visibilité réduite par les grains. Le commandant choisit pourtant de pousser, fort de la machine à vapeur capable, pense-t-il, de tenir cap au sud-ouest.

L'erreur de navigation

Au large des Sables-d'Olonne, le navire perd le repérage de la côte. Sans feu visible, sans relèvement précis, le commandant se croit plus à l'ouest qu'il ne l'est en réalité. Vers minuit, il met cap au nord-est pour rejoindre la route habituelle des paquebots vers la Manche.

C'est cette route qui le met en collision avec Belle-Île. Vers 3 heures du matin, le Prince of Wales touche les rochers de la pointe des Poulains, au nord-ouest de l'île. Le choc est violent : la coque s'ouvre sur près de dix mètres, l'eau envahit la chambre des machines, le navire s'immobilise sur les hauts-fonds.

Les secours improvisés

Les habitants de Sauzon, prévenus par les coups de canon de détresse, descendent vers la pointe. La mer est trop grosse pour tenter une approche depuis la côte. Plusieurs canots de pêche sont mis à l'eau dans le port et tentent de contourner la pointe par l'ouest, dans la nuit et le vent.

Trois canots parviennent à approcher l'épave au lever du jour. Les passagers sont transbordés un par un dans des conditions extrêmement dangereuses. Sept personnes périssent : trois passagers emportés à la première vague, deux marins de l'équipage tombés à la mer pendant le transbordement, et deux corps retrouvés plus tard sur les côtes nord de l'île.

Une émotion nationale

L'événement fait la une des journaux parisiens dans la semaine qui suit. Le ministère de la Marine envoie une commission d'enquête, et le bilan officiel évoque l'absence de feu fixe à la pointe des Poulains comme facteur aggravant. Cette conclusion débloque le programme de balisage des îles bretonnes, qui sera accéléré dans les années suivantes.

Le phare des Poulains sera finalement construit en 1868, soit vingt-six ans après le drame. Il reste aujourd'hui l'un des feux les plus connus de Belle-Île, popularisé plus tard par Sarah Bernhardt qui acheta le fortin voisin.

La naissance d'un réseau

Le naufrage du Prince of Wales est l'un des drames qui aboutiront, deux décennies plus tard, à la création de la Société centrale de sauvetage des naufragés en 1865. Cette structure préfigure ce qui deviendra la SNSM en 1967. Belle-Île aura sa station dès les premières années, avec un canot insubmersible basé à Le Palais.

L'analyse rétrospective des conditions du 17 mars 1842 montre que plusieurs paramètres modernes auraient probablement évité le drame : un radar côtier pour confirmer la position, un sondeur pour signaler les fonds remontants, et bien sûr un balisage lumineux fiable de la pointe.

Sur les traces de l'épave

Aujourd'hui, l'épave gît par 22 mètres de fond environ, au pied des rochers de la pointe des Poulains. Très dégradée par 180 ans de mer formée, elle n'est plus identifiable qu'à la chaudière à vapeur reconnaissable et à quelques tôles tordues. Les plongeurs locaux y descendent rarement, la zone étant exposée et le site sans intérêt visuel marquant.

Le souvenir, lui, est resté. Une stèle a été posée à Sauzon en 1992, pour le 150e anniversaire. Les noms des sept victimes y sont gravés, ainsi que ceux des marins du port qui ont participé au sauvetage. Chaque année en mars, une cérémonie discrète y rassemble quelques familles et la station SNSM locale.

La pointe des Poulains et la zone qui s'étend jusqu'à Houat reste l'une des plus exigeantes du sud Bretagne. Les courants y atteignent trois nœuds en vives-eaux, les fonds remontent vite, et le mauvais temps d'ouest peut transformer en quelques heures une zone tranquille en piège.

Préparer une traversée vers Belle-Île, c'est croiser les coefficients de marée, la météo des deux jours suivants et les zones d'abri possibles. Sur BoatMap, les itinéraires Quiberon-Le Palais et Houat-Sauzon sont documentés avec ces repères, mis à jour par les plaisanciers qui rentrent de la zone.

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