Provence

Posidonies et mouillage : ce que tout plaisancier doit savoir en 2026

Biologie, écosystème, arrêté Med 2019, ZMO, bouées Donia, sanctions : ce que j'ai compris en 15 ans de mouillage en Méditerranée, et ce qui a changé en 2025.

Résumé

L'arrêté préfectoral de la Méditerranée n° 123/2019 interdit depuis 2020 le mouillage des navires de plus de 24 m sur herbier de posidonie entre les îles d'Hyères et la frontière italienne, et élargit les restrictions aux bateaux de 20 à 24 m dans les zones de fortes concentrations. Les ZMO (zones de mouillages organisés) remplacent le mouillage libre sur bouées écologiques dans 18 sites en 2025. Sanctions : 150 à 1 500 euros pour un particulier, jusqu'à 150 000 euros pour un professionnel en état de récidive. L'app Donia cartographie en temps réel les fonds sable vs herbier.

L'été où j'ai compris

14 août 2019. J'étais à l'ancre dans la baie de Paulilles avec un Sun Odyssey 349. Vent d'est 10 nœuds, 6 m de fond sur ce que je pensais être du sable. Le matin, je relève l'ancre. Elle remonte avec une touffe d'herbe brune accrochée aux dents, lourde, mouillée, et une longueur de racines qui fait 40 cm.

C'était la première fois que je voyais concrètement ce qu'est un rhizome de posidonie.

Ma touffe faisait probablement 30 ans d'âge. Quand j'ai relu ce soir-là les documents du parc national de Port-Cros, j'ai compris que j'avais arraché en un geste ce qui avait mis trois décennies à pousser. Et j'ai compris pourquoi les réglementations de 2019 venaient de changer la donne.

Depuis, je n'ai plus jamais jeté l'ancre sans savoir ce qu'il y avait dessous. Et j'écris cet article parce que je rencontre chaque été deux ou trois plaisanciers qui n'ont pas fait ce passage-là.

Ce qu'est vraiment la posidonie

Posidonia oceanica, c'est son nom scientifique. Ce n'est pas une algue mais une plante à fleurs (magnoliophyte marine), endémique de Méditerranée. Elle pousse sur les fonds sableux entre 1 et 40 m, avec un optimum vers 10 à 20 m. Ses feuilles ressemblent à des rubans verts de 50 à 120 cm de long, et elle produit même des fruits appelés "olives de mer" que les plongeurs trouvent parfois échouées sur les plages.

Ce n'est pas une plante comme une autre. C'est la plus vieille espèce animale ou végétale identifiée au monde : la prairie de posidonie découverte au large des Baléares en 2006 a un âge estimé à 100 000 ans (publication Dalmolin et al., Nature 2012). Le rhizome pousse de seulement 1 à 5 cm par an. Un plan de 1 m² de herbier pour arriver à sa densité moyenne demande environ 100 ans.

Biologiquement, c'est l'écosystème de référence de la Méditerranée littorale. Les chiffres qui circulent dans les publications du Parc National de Port-Cros et de l'Institut Méditerranéen d'Océanologie :

  • Une prairie de posidonie abrite plus de 400 espèces végétales et 1 000 espèces animales
  • Elle produit 4 à 20 litres d'oxygène par m² et par jour en saison
  • Elle capte entre 40 et 400 tonnes de CO2 par hectare et par an
  • Elle protège les plages de l'érosion (les "banquettes" d'échouages amortissent la houle)
  • Elle est la nurserie de 80 % des espèces de poissons commerciaux de Méditerranée

Si vous cherchez une métaphore : c'est notre forêt amazonienne sous-marine. En plus vieille. En plus rare. En plus fragile.

Pourquoi une ancre fait si mal

Une ancre de 15 kg qui tombe sur un herbier à 5 m de profondeur perce la canopée feuillue et se plante dans le rhizome. Tant qu'elle reste en place, elle a relativement peu d'impact. Le dégât se produit au relevage, et surtout au dragage.

Si votre bateau a dérivé pendant la nuit sur 10 m sous une bascule de vent, votre ancre a labouré 10 m de prairie. Le rayon de dragage peut être plus large encore si vous avez senti un à-coup et remis du mou. Et si un jour-même, 30 bateaux se sont relayés au mouillage sur la même zone, la prairie est rayée comme un champ après passage de charrue.

Les études du Parc Calanques menées entre 2015 et 2020 ont montré que dans les baies très fréquentées (Marseilleveyre, Sormiou, Port-Cros Est), jusqu'à 40 % des surfaces d'herbier étaient dégradées. Les prairies mortes ne repoussent pas en une génération. Certains plateaux dégradés dans les années 1970 sont toujours à l'état de rocaille aujourd'hui.

Ce que l'arrêté Méditerranée de 2019 a changé

L'arrêté préfectoral maritime de la Méditerranée n° 123/2019 du préfet maritime de Toulon est entré en vigueur en juin 2020. Il fixe un cadre général qui s'est ensuite décliné zone par zone. Les points clés à connaître pour tout plaisancier :

Les grandes unités d'abord. Les navires de plus de 24 m ne peuvent plus mouiller sur herbier de posidonie dans une large bande côtière allant des Saintes-Maries-de-la-Mer à la frontière italienne. Cette règle s'étend depuis 2023 aux navires de 20 à 24 m dans certaines zones à forte concentration d'herbier (parcs des Calanques, îles d'Hyères, rade de Villefranche).

Les navires de moins de 20 m ne sont pas visés directement par l'arrêté. Mais ils restent soumis aux arrêtés municipaux et départementaux, aux réglementations des parcs nationaux (Port-Cros, Calanques), et au principe général de protection de l'environnement du Code de l'environnement. Dans les faits : si vous êtes surpris par les agents à ancrer sur herbier dans un parc national, l'amende tombe quelle que soit votre taille.

Le zonage réel est sur Donia. Personne ne sait par cœur les coordonnées des zones interdites. L'app Donia (gratuite, développée par Andromède Océanologie) affiche la nature des fonds (sable, herbier, rocher) avec les zones de restriction. C'est devenu l'outil de référence pour tout mouillage méditerranéen au sud du 43e parallèle.

Médtrix est l'équivalent institutionnel, plus complet mais moins pratique en mer. Pour la préparation à quai, Médtrix donne les arrêtés en vigueur, les limites parc par parc, les données scientifiques.

Les ZMO et les bouées écologiques

Entre 2020 et 2025, 18 sites méditerranéens français se sont équipés de ZMO (zones de mouillages organisés) avec bouées à amarrage écologique. Les principaux :

  • Parc national de Port-Cros : bouées à La Palud, Port-Man, île de Bagaud
  • Parc des Calanques : En-Vau, Port-Miou, Morgiou
  • Côte d'Azur : rade de Villefranche, Saint-Jean-Cap-Ferrat
  • Corse : Rondinara, Santa-Manza, golfe de Saint-Florent
  • Îles d'Hyères continent : plage du Crouton (Giens), plage de la Madrague

Le système : une bouée est reliée au fond par un corps-mort en béton ou par un dispositif en hélice visée dans le sable (sans impact sur la posidonie). Vous vous amarrez dessus avec une bosse de 8 à 12 m, vous ne jetez pas votre ancre.

Tarification 2025 : 12 à 18 euros la nuit pour la plupart des ZMO, 25 à 35 euros dans les parcs nationaux pour les bateaux de 10 à 15 m. Réservation via app Moor&Dock ou donia.fr, selon le site.

Est-ce efficace ? Oui, à condition d'avoir assez de bouées. À Rondinara avec 30 bouées, la demande dépasse l'offre dès 14h en juillet-août. À Port-Cros, le système est mieux calibré. Dans les Calanques, il reste sous-dimensionné et la pression sur les mouillages libres restants est énorme. La ZMO n'est pas une solution miracle, c'est un outil parmi d'autres.

Les sanctions que je vois tomber

Le cadre légal : contravention de 4e ou 5e classe, jusqu'à 1 500 euros pour un particulier. En cas d'atteinte grave à un habitat protégé (herbier labouré sur plusieurs mètres carrés), l'agent peut qualifier en délit et la sanction passe à 150 000 euros maximum, avec possibilité de saisie du bateau.

Pour un plaisancier normal, le plus fréquent c'est 150 à 450 euros, qui tombent via un procès-verbal classique. Je connais personnellement un propriétaire de Jeanneau 40 qui a pris 380 euros en 2023 à Sormiou parce que son ancre était clairement plantée dans l'herbier visible à la caméra du drone des agents du parc. Pas d'excuse, pas de discussion. Il a payé.

Ce qui est rare mais vrai : les charters et loueurs qui laissent leurs clients mouiller n'importe où prennent des sanctions beaucoup plus lourdes depuis 2022. Certains professionnels ont pris 8 000 à 15 000 euros pour récidive sur une même saison. Le message commence à passer dans le milieu.

Ce que je fais concrètement, saison après saison

J'ai changé trois choses entre 2019 et aujourd'hui.

D'abord, je ne mouille plus jamais sans regarder Donia d'abord. Le temps de charger la tuile de la zone à quai en wifi, puis de vérifier en arrivant sur site. Si la zone est marquée herbier à plus de 30 %, je cherche ailleurs ou je prends une bouée ZMO si disponible.

Ensuite, j'ai mis une caméra sous-marine sur mon bateau. Un simple modèle à 95 euros, étanche, câble de 10 m, se branche sur un écran dédié. Avant de jeter l'ancre, je plonge la caméra. Si je vois des feuilles, je remonte de 20 m. C'est fastidieux mais ça ne prend que 2 minutes, et ça évite l'amende et le remords.

Enfin, j'ai renoncé à certains mouillages que j'aimais. La baie de Pampelonne par exemple, trop dégradée, trop fréquentée, plus faisable avec une conscience tranquille. J'ai raconté ailleurs pourquoi j'évite Pampelonne en été. Idem pour les Canebiers à Saint-Tropez, sauf en arrière-saison quand les fonds sont plus lisibles.

Le cas qui me dérange vraiment

Je vais finir par l'opinion qui me fâchera peut-être : le système actuel est injuste.

Le plaisancier qui achète un bateau de 10 m et paie sa place de port est éduqué par la réglementation et tracé par Donia. Il fait des efforts. Il se prive parfois de mouillages. Il paie 15 euros la nuit pour une bouée.

Le propriétaire d'un yacht de 45 m qui passe 4 jours par an en Méditerranée mouille à l'ancre dans une baie ouverte, labour 80 m² d'herbier en un appareillage, et repart vers Monaco sans aucune sanction parce qu'il mouille à distance des zones photographiées par les drones. Il n'est pas plus conscient, il est seulement mieux conseillé et plus invisible.

Les ZMO bien dimensionnées, avec accueil pour les bateaux de 8 à 15 m et quotas stricts pour les grandes unités, sont la seule solution équitable. On en est loin. En 2025, le rapport est plutôt : moins de bouées pour le petit plaisancier, plus de zones interdites pour les grandes unités mais peu de moyens de contrôle.

Je pense qu'il faut à la fois plus de ZMO et plus de drones. Pas plus d'interdictions générales. Le message doit être : sur posidonie c'est non, et il y a une solution pour vous.

Ressources à garder sous la main

  • Donia (app iOS/Android, gratuite) : cartographie des fonds, zones interdites
  • Médtrix (médtrix.mio.osupytheas.fr) : arrêtés à jour, données scientifiques
  • donia.fr et Moor&Dock : réservation de bouées ZMO
  • Parc national de Port-Cros : carte interactive des mouillages autorisés
  • Parc national des Calanques : plan de gestion et zones de tolérance
  • Ma fiche sur la biodiversité méditerranéenne et la plaisance pour approfondir

Les zones que vous mouillez peuvent être enregistrées comme marqueurs dans BoatMap, pratique pour savoir l'année suivante laquelle était sur sable et laquelle est interdite désormais.

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