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Gérer la houle résiduelle au mouillage en Méditerranée : ancre, flopper stopper, voiles

La houle résiduelle reste le principal facteur d'inconfort au mouillage en Méditerranée. Tour d'horizon des techniques pour passer une nuit correcte.

Résumé

La houle résiduelle est cette ondulation longue qui persiste après que le vent est tombé. En Méditerranée, elle peut transformer une nuit étoilée en machine à laver. Trois leviers : choisir le bon abri, orienter le bateau dans la houle, amortir le roulis. Voici comment je m'y prends sur un voilier de 11 m.

Comprendre ce qu'on combat

La houle résiduelle n'a rien à voir avec le clapot lié au vent local. C'est une onde longue, parfois 6 à 10 secondes de période, qui a parcouru des centaines de milles avant d'arriver dans votre crique. Elle peut être présente alors que la mer du vent est absolument plate.

En Méditerranée, les sources sont multiples : un coup de marin descendu sur le Lion il y a 24 heures, une dépression au large de la Sardaigne, ou simplement la grosse houle des Bouches de Bonifacio qui arrive jusque dans le golfe de Saint-Florent. La carte des fonds joue beaucoup : un tombant raide réfléchit l'onde et crée une zone agitée près du bord, un fond montant en pente douce dissipe l'énergie.

Le choix de l'abri prime sur tout le reste

Aucune technique n'égale un mouillage à l'abri d'une pointe bien placée. Si la houle vient du sud, on cherche une crique ouverte au nord ou à l'est. Si elle vient du sud-est (le pire cas en Provence l'été), on remonte vers les façades nord des îles ou on s'abrite derrière une digue.

L'erreur classique : choisir l'abri en fonction du vent et oublier la houle. Par mistral établi, on est tenté de se mettre à l'abri sud d'une pointe. Mais si une vieille houle traîne au sud, on aura le calme du vent et l'enfer du roulis.

On consulte donc deux infos avant de choisir : direction et force du vent, période et direction de la houle. Les modèles type WW3 sur les sites météo donnent ça avec une bonne précision à 24 heures.

Orienter le bateau dans la houle, pas dans le vent

Si la houle et le vent ne viennent pas de la même direction, le bateau au mouillage va se mettre face au vent et prendre la houle par le travers. C'est inconfortable, parfois insupportable.

La parade : poser une amarre arrière à terre ou sur un coffre, ou poser une seconde ancre en patte d'oie pour bloquer le bateau dans l'axe de la houle. On accepte que le bateau soit à 30 ou 40 degrés du vent, mais il prend la houle par l'avant ou l'arrière, ce qui est beaucoup plus tolérable.

Sur certaines criques étroites, l'amarre à terre est presque obligatoire de toute façon. C'est l'occasion d'orienter intelligemment.

Le flopper stopper, l'arme antiroulis

Quand on a tout fait correctement et qu'il reste 30 cm de houle qui font rouler le bateau de 10 degrés à chaque cycle, le flopper stopper sauve la nuit. Le principe est simple : un panneau articulé qui s'ouvre quand le bateau remonte et se ferme quand il descend, créant une résistance qui amortit le roulis.

Il existe des modèles pliables compacts, environ 50 cm de côté, qu'on suspend à une bôme dégagée latéralement ou à une perche. On en met un de chaque bord, plongé à 1,50 m sous la surface. L'effet est immédiat : le roulis se réduit de 50 à 70 % selon la fréquence.

Le coût varie de 200 à 500 euros pour un modèle correct. Pour qui mouille souvent en Méditerranée l'été, c'est un investissement qui change la vie.

L'ancre et la longueur de chaîne

Une ancre qui dérape ajoute de l'inconfort à l'inconfort. Sur fond mixte sable-herbier, on prend une ancre type Spade, Rocna ou Mantus, taille au moins équivalente au bateau (12 kg pour 11 m). On file 5 fois la hauteur d'eau au minimum, 7 fois si la houle s'annonce.

On vérifie la prise en marche arrière à 1500 tours pendant 30 secondes. Si l'ancre tient ce test, elle tient la nuit.

Pour l'amortissement de la chaîne, on utilise un crochet d'amortisseur ou un bout de nylon en double sur 3 mètres. La chaîne en aplomb sec transmet les chocs au pont, le nylon les absorbe.

Astuces complémentaires

On peut aussi limiter le roulis en gardant une bordée de génois ou un tourmentin frappé sur l'étai, lâche, juste pour que le bateau ne s'aligne pas trop facilement face au vent. Ça stabilise un peu.

Sur catamaran, le problème est moins critique mais existe. La technique de l'amarre à terre marche très bien.

Enfin, on peut tout simplement changer de mouillage. Si à 22 heures la houle s'installe, on a encore le temps de filer 5 milles plus loin trouver un abri mieux orienté. Mieux vaut une heure de nav que 8 heures de roulis.

Mon enchaînement type

Quand j'arrive dans une nouvelle crique en fin d'après-midi, je regarde le bulletin de houle. Si rien d'anormal, mouillage standard. Si une houle de 1 m sud-ouest est annoncée pour la nuit, je sors directement les flopper stoppers et je prépare l'amarre arrière.

Mieux vaut installer le matos en plein jour sans urgence que se retrouver à 1 heure du matin à courir sur le pont au harnais.

Je trace mes points de mouillage favoris dans BoatMap avec une note sur l'orientation et la sensibilité à la houle, ça me sert de mémoire d'une saison sur l'autre.

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