Résumé
Mouiller sur la posidonie, c'est arracher en quelques secondes une plante qui a mis un siècle à pousser. Et c'est désormais sanctionnable. La bonne nouvelle : sur la majorité des criques, on peut viser une tache de sable. Voici comment la repérer depuis le bateau, comment vérifier qu'elle est suffisante, et quand basculer sur une ZMEL.
Pourquoi c'est devenu un sujet sérieux
Depuis 2019, l'arrêté préfectoral du 6 juin 2019 en Méditerranée française interdit le mouillage sur les herbiers de posidonie pour les navires de plus de 24 mètres dans certaines zones. Mais le mouvement va plus loin : la pression administrative et écologique pousse tous les plaisanciers, peu importe la taille, à éviter la posidonie.
L'enjeu est réel. Une ancre qui rague sur 5 m d'herbe arrache une cinquantaine d'années de croissance. Multipliez par les milliers de mouillages quotidiens en été, et le résultat se voit sur les images aériennes : des cicatrices blanches dans le tapis vert.
Repérer une tache de sable depuis le bateau
La technique de base, c'est l'œil. On approche du mouillage à allure réduite, idéalement avec le soleil dans le dos pour que les fonds apparaissent clairement. Le sable est très clair, presque blanc dans certains fonds. La posidonie est sombre, vert foncé à brun.
Plusieurs facteurs aident :
- Une eau claire (préférer le matin, avant que le clapot ne brouille)
- Des lunettes polarisantes (élimine les reflets de surface)
- Un sondeur frontal type forwardlooking si on en a un
À la sonde, le sable donne un retour net et plat. La posidonie crée un retour flou et plus haut que le fond réel parce que les feuilles montent à 30 ou 50 cm.
Estimer la taille de la tache
Une tache de sable n'est utile que si l'ancre peut s'y poser, et si le bateau peut éviter sans que la chaîne traverse l'herbier. Règle empirique : la tache doit faire au minimum 3 fois la longueur du bateau de diamètre.
Pour un 10 m, ça fait 30 m de diamètre, donc une zone d'environ 700 m² de sable. C'est rare. La plupart des taches font 10 à 15 m. Dans ce cas, on accepte que la chaîne traverse un peu d'herbier, mais on essaie au moins d'avoir l'ancre dans le sable.
L'astuce : on regarde où la chaîne va se poser une fois l'ancre crochée. Avec un fond de 5 m et 25 m de chaîne, la chaîne s'étale sur environ 20 m sous le vent, et raque sur ce qu'elle trouve. Mieux vaut donc placer le bateau en amont (côté vent) de la tache pour que la chaîne reste dans le sable.
Vérifier en plongée
C'est la méthode la plus sûre. On enfile masque et tuba, on plonge, on regarde où l'ancre s'est posée. Si elle est dans le sable, parfait. Si elle est au bord, on relève et on recommence. Si elle est dans la posidonie, on relève sans tirer dessus, on se déplace, on recommence.
L'opération prend cinq minutes. C'est cinq minutes bien investies pour ne pas arracher d'herbier et ne pas avoir d'amende si un agent de l'OFB passe.
Les ZMEL, alternative officielle
Les zones de mouillage et d'équipements légers, ou ZMEL, sont des zones aménagées avec des bouées d'amarrage permanentes ancrées sur des corps morts ou des vis sous-marines. Elles évitent toute interaction avec le fond.
En 2025-2026, le maillage des ZMEL s'étend rapidement en Méditerranée : Porquerolles, Port-Cros, archipel des Embiez, Bouches de Bonifacio, certains secteurs du Cap Corse. Les tarifs varient de 15 à 60 euros la nuit selon la zone et la taille du bateau.
L'application BoatMap, comme d'autres outils, recense les ZMEL connues avec contact et tarifs. On peut aussi appeler la capitainerie locale par VHF (canal 9 ou 12 selon les ports) pour réserver à l'avance.
Le choix de l'ancre quand on doit s'aventurer en mixte
Si malgré tout on se retrouve avec ancre dans le sable et chaîne sur l'herbe, le type d'ancre compte. Une ancre Spade ou Rocna, qui pénètre vite et profond, fait moins de dégâts qu'une ancre Bruce ou CQR qui glisse avant de crocher.
On évite absolument de battre arrière sur une ancre qui a accroché de l'herbe : on arrache. Si la première tentative ne tient pas, on relève, on regarde l'ancre, on dégage les bouts d'herbe, on recommence dans le sable.
Le geste qui sauve
À la levée du mouillage, on s'approche à la verticale de l'ancre avant de tirer. La méthode horizontale, où on tire la chaîne en marche avant pendant que le guindeau remonte, fait racler la chaîne sur le fond. Sur herbier, c'est destructeur.
Verticale stricte : on remonte à l'ancre, on lève sans tirer en avant, on attend que l'ancre décolle. Ça prend dix secondes de plus. Ça sauve quelques mètres de fond.
Pour résumer la méthode
On approche au pas, soleil dans le dos, lunettes polarisantes. On vise une tache de sable d'au moins 15 m. On mouille au-dessus, on plonge pour vérifier, on relève si besoin. Si la crique est saturée d'herbier, on bascule sur la ZMEL la plus proche ou on change de plan.
Pour préparer ces sorties, je consulte les fiches mouillage dans BoatMap avant le départ, ça me donne une indication sur la nature du fond avant même d'arriver sur place.
