National

Cartes nautiques SHOM : comment les lire (débutants)

Symboles, sondes, isobathes, courants : tout ce qu'un débutant doit savoir pour lire une carte SHOM en 30 minutes et préparer une sortie côtière sereine.

Résumé

Une carte SHOM se lit avec 6 informations clés : sondes en mètres, nature du fond, isobathes, balisage cardinal et latéral, courants de marée et zones réglementées. La projection est Mercator, l'échelle varie de 1:50 000 (côtier) à 1:5 000 (port). Une carte papier neuve coûte entre 20 et 32 euros au SHOM, la version Cartes Marines numériques (Marina) tourne autour de 30 à 50 euros par zone.

Pourquoi la carte SHOM reste la référence

Le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine produit les cartes officielles françaises depuis 1720. C'est l'autorité hydrographique nationale, ses cartes sont mises à jour à partir des relevés bathymétriques officiels et des avis aux navigateurs (avurnav).

Concrètement, en cas d'avarie ou d'accident, c'est la carte SHOM (papier ou numérique officielle) qui fait foi. Les cartes Navionics, C-Map et autres sont produites à partir des données SHOM mais avec des simplifications cartographiques qui ne sont pas toujours adaptées à la navigation fine.

Pour un débutant, l'idée n'est pas d'acheter 12 cartes SHOM. C'est de comprendre comment elles sont structurées, parce que tous les traceurs cartographiques modernes héritent de la même logique.

Étape 1 : lire le cartouche

En haut de chaque carte SHOM, le cartouche contient 4 informations critiques :

  • Le titre et le numéro de la carte (ex: 7032 "Approches de la Trinité-sur-Mer")
  • L'échelle (ex: 1:25 000 signifie 1 cm = 250 m sur le terrain)
  • L'unité de profondeur (toujours le mètre en France métropolitaine)
  • Le niveau de référence des sondes (zéro hydrographique, environ le niveau des plus basses mers astronomiques)

Le zéro hydrographique est le piège classique du débutant. Une sonde de "1,5" sur la carte signifie 1,5 m à marée basse de vives eaux. À pleine mer, vous avez en plus le marnage du jour. Sur la côte ouest de la Manche, le marnage atteint 13 m en vive eau : la même sonde donne 14,5 m d'eau réelle à pleine mer.

Étape 2 : décoder les sondes et les isobathes

Les sondes sont les nombres en bleu (parfois noir) répartis sur les zones d'eau. Chaque chiffre est la profondeur en mètres au point précis où il est imprimé.

Quand le chiffre est suivi d'un indice (ex: 4_5), il faut lire 4,5 m. Quand il est souligné, c'est une roche découvrante : la profondeur indique la hauteur au-dessus du zéro hydrographique à laquelle la roche émerge à marée basse.

Les isobathes sont les lignes courbes qui relient les points de même profondeur. Sur une carte côtière, on trouve typiquement les isobathes 0, 2, 5, 10, 20, 50 m. La densité des isobathes raconte le relief sous-marin :

  • Isobathes serrées : pente raide, attention à la dérive d'ancre
  • Isobathes espacées : plateau plat, mouillage généralement plus stable

Étape 3 : reconnaître la nature du fond

Sur une carte SHOM, des abréviations sous chaque sonde indiquent la nature du fond. Les principales :

  • S : sable
  • V : vase
  • G : gravier
  • R : roche
  • Co : corail (rare en métropole)
  • fS : sable fin
  • gS : gros sable

Pour mouiller, on cherche du S ou du V/S (sable ou vase-sable mélangée), qui tiennent bien l'ancre. La roche pure est la pire surface : ancre qui dérape ou qui se coince et casse à la remontée.

Étape 4 : comprendre le balisage

Les bouées et phares sont représentés par des symboles standardisés :

  • Cardinale Nord : passez au nord de la marque
  • Cardinale Sud : passez au sud
  • Cardinale Est et Ouest : idem
  • Latérale rouge : à laisser à bâbord en entrée de port
  • Latérale verte : à laisser à tribord en entrée de port
  • Marque de danger isolé : danger ponctuel, passez à plus de 50 m
  • Marque d'eaux saines : milieu de chenal, eau dégagée

Chaque symbole est complété par une indication de feu : "Fl(2) WR 6s 12M" se lit "Feu à éclats par groupe de 2, blanc et rouge selon l'azimut, période 6 secondes, portée 12 milles".

C'est dense, mais une fois assimilé, ça se lit comme une partition.

Étape 5 : intégrer les courants de marée

Les flèches violettes ou noires représentent les courants de marée. Sur les cartes SHOM côtières, on trouve souvent un encart avec un tableau heure par heure avant et après pleine mer Brest (HP Brest).

Exemple : "PM Brest -3h, courant 1,8 nœud au 270" signifie qu'à 3 heures avant la pleine mer de Brest, le courant porte à l'ouest à 1,8 nœud à ce point précis.

Pour un débutant en Manche ou en Bretagne nord, ne pas tenir compte du courant de marée, c'est arriver 2 heures plus tard que prévu, ou pire, ne pas pouvoir entrer dans un port qui se découvre. Anticiper les heures de marée pour Saint-Malo, Granville ou la rade de Brest est non négociable.

Étape 6 : repérer les zones réglementées

Sur la carte SHOM, des hachures et symboles indiquent :

  • Zones de mouillage interdit (souvent près des câbles sous-marins ou des conduites d'eau)
  • Zones d'évolution Marine nationale (zones d'exercice)
  • Réserves naturelles avec mouillage réglementé (Port-Cros, Scandola)
  • Chenaux de navigation commerciale prioritaires
  • Zones de pêche professionnelle (filets, casiers)

Avant chaque sortie, prendre 5 minutes pour repérer ces zones évite l'amende ou le conflit.

Acheter, télécharger, mettre à jour

Pour démarrer, je conseille au débutant français :

  • Une carte papier de sa zone principale (24 à 32 euros)
  • L'application Cartes Marines (gratuite à l'installation, payante par zone, 15 à 30 euros)
  • Un traceur cartographique au bord avec cartographie Navionics ou C-Map à jour

Les corrections (avurnav) sont publiées chaque semaine. Une carte papier non mise à jour pendant 3 ans peut contenir des informations obsolètes.

La routine de préparation d'une sortie

Avant chaque sortie côtière, je passe 10 minutes sur la carte :

  1. Tracé du parcours aller-retour avec waypoints
  2. Vérification des sondes minimales sur chaque tronçon
  3. Identification des marques cardinales et latérales sur la route
  4. Calcul des heures de marée et du sens des courants
  5. Lecture des avurnav du jour pour la zone
  6. Note des fréquences VHF locales (capitaineries, CROSS)

C'est cette routine, pas le matériel, qui fait la différence entre un plaisancier prudent et un plaisancier qui appelle la SNSM tous les 2 ans.

Pour aller plus loin, voir aussi mon tour des marqueurs cardinales et latéraux pour le permis et le calcul de marées pour débutant.

Si tu prépares une sortie en Bretagne sud ou en Manche, BoatMap te permet de tracer ton itinéraire et de sauvegarder tes waypoints réutilisables pour la saison.

Essayez BoatMap gratuitement

Cartes nautiques, 50 000+ ports et mouillages, météo marine et suivi GPS.

Download on the App StoreGet it on Google Play