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Le lieu jaune : biologie, habitat, saisons

Fiche lieu jaune (Pollachius pollachius) : gadidé Atlantique NE, fonds rocheux 5-200 m, taille 40-130 cm, pêche leurre en traîne automne-hiver.

Pollachius pollachius, le lieu jaune, est un gadidé côtier de l'Atlantique Nord-Est, présent de la Norvège au nord du Portugal avec une forte densité en Manche, sur les côtes bretonnes et dans le golfe de Gascogne. Taille commune 40 à 80 cm, maximum documenté 130 cm pour 18 kg (source : Ifremer). Taille mini plaisance 30 cm en Atlantique Nord-Est, quota de 3 poissons par jour dans les zones CIEM VI, VII et VIII (arrêté du 26 mai 2021).

Description et identification

Trois détails suffisent à l'identifier sans hésitation, même à côté d'un colin (lieu noir) ou d'un tacaud. Un corps fusiforme allongé, couleur brun doré à vert olive sur le dos, flancs jaunes à bronze qui brillent au soleil, ventre blanc nacré. Une ligne latérale qui part droite de la tête puis dessine une courbe très marquée au niveau des nageoires pectorales avant de se remettre droite vers la queue. Trois nageoires dorsales bien séparées et deux anales, caractère typique des gadidés, avec une mâchoire inférieure qui dépasse nettement la supérieure (l'inverse du lieu noir) et pas de barbillon mentonnier (alors que la morue et le tacaud en ont un).

Le jeune lieu jaune de moins de 25 cm est souvent confondu avec un jeune tacaud ou un merlan. Critère qui tranche : la couleur dorée très nette sur les flancs, absente chez les deux autres.

Habitat

Le lieu jaune est un poisson côtier qui aime les fonds durs et accidentés. Quatre configurations reviennent de façon constante sur les carnets de pêche bretons et normands.

Les zones de roche et de laminaires entre 5 et 30 m de profondeur, où les jeunes de 2 à 4 ans chassent en petits bancs actifs à la fin du printemps et en été. Typique des pointes rocheuses de Bretagne Nord (Ploumanac'h, Trégastel, cap de la Chèvre) et des zones de cailloutis du golfe Normand-Breton.

Les épaves et plateaux rocheux entre 30 et 80 m, qui concentrent les poissons plus gros (5 à 12 kg) toute l'année. Le plateau de Rochebonne au large des Sables-d'Olonne en est l'exemple emblématique : pêche réputée pour ses lieus jaunes de 80 à 100 cm tombant régulièrement sur des shads en été.

Les tombants profonds entre 80 et 200 m, plus en pêche de drift avec une pêche verticale lourde. Moins accessible au plaisancier de week-end.

Les baies fermées avec courant (rade de Brest, baie de Morlaix, golfe du Morbihan) où les juvéniles entrent en nurserie d'avril à octobre.

Le lieu jaune tolère une plage thermique large (8 à 17 °C) mais évite les eaux au-dessus de 18 °C. C'est pour cela que les grosses prises côtières en Manche Ouest se font surtout de septembre à mai, pas en plein été.

Saisonnalité

Trois saisons bien distinctes structurent l'année du pêcheur de lieu jaune sur la façade Manche-Atlantique.

Automne, d'octobre à décembre : pic d'activité sur les zones rocheuses côtières. Les bancs de lançons et de sprats remontent vers la côte, les lieus suivent. C'est la meilleure fenêtre pour les prises de 3 à 6 kg à la traîne leurre sur 15 à 40 m.

Hiver, de janvier à mars : les gros individus se regroupent sur les épaves et les plateaux profonds pour frayer en février-mars, entre 80 et 200 m de fond. Eau froide, fenêtres météo courtes, mais c'est là que tombent les poissons de 10 kg et plus.

Printemps et été, d'avril à septembre : les jeunes poissons colonisent les zones côtières. Pêche plus constante mais sur des poissons plus petits (1 à 3 kg), souvent en action de chasse visible le matin à la belle saison.

Alimentation

Le lieu jaune est un prédateur actif, essentiellement piscivore à partir de 25 cm. Son menu est dominé par les petits poissons pélagiques : lançons (sand eels), sprats, sardines juvéniles, chinchards, tacauds, parfois des encornets et des juvéniles de sa propre espèce. Les jeunes de moins de 25 cm mangent beaucoup de crustacés (crevettes, petits crabes, mysidacés).

Le comportement de chasse explique pourquoi les leurres fonctionnent si bien : le lieu jaune attaque en poursuite, souvent en remontant depuis le fond vers la surface. Un shad monté sur tête plombée qui décolle des laminaires et remonte en zigzag est souvent attaqué juste sous la quille. J'ai vu plusieurs fois en 2023 et 2024 des lieus de 4 kg suivre le leurre jusqu'à 2 m du tableau arrière avant de se décider, caractère commun chez les gadidés côtiers.

Conservation

Le stock de lieu jaune dans la zone CIEM VII (Manche et mer Celtique) est classé en état préoccupant depuis 2020 selon les avis CIEM. Les captures professionnelles ont fortement baissé, et en 2023 le CIEM a recommandé un TAC zéro pour la zone VIIe-k. Les plaisanciers sont soumis depuis 2021 à un quota strict de 3 poissons par jour et à une taille mini de 30 cm (arrêté du 26 mai 2021), relevée en réponse à cet effondrement.

Relâcher les poissons de plus de 70 cm (grosses femelles reproductrices) est une pratique qui se diffuse chez les pêcheurs sportifs sérieux de Bretagne. Elle ne pèse rien à l'échelle globale mais change la sensibilité sur un spot connu.

Taille mini et réglementation

Taille minimale de capture en Atlantique Nord-Est : 30 cm (arrêté du 26 mai 2021 modifiant la réglementation plaisance). Quota : 3 poissons par pêcheur et par jour sur les zones CIEM VI (ouest Écosse), VII (Manche, mer Celtique) et VIII (golfe de Gascogne). Marquage obligatoire dès la capture par ablation de la partie inférieure de la nageoire caudale.

En Méditerranée, l'espèce est quasi-absente : les réglementations Atlantique s'appliquent aux zones de présence, pas de texte spécifique en PACA ou Corse.

Pour comparer avec un autre prédateur côtier soumis à des quotas récents, voir la biologie du congre.

Pêche associée

La traîne lente aux leurres souples est la technique dominante. Shads et jigs de 12 à 20 cm, couleurs naturelles (blanc, gris, sardine, mackerel), montés sur têtes plombées de 30 à 80 g selon le fond. Vitesse de traîne 2 à 3 nœuds, sur des lignes de sonde parallèles aux tombants rocheux. Les meilleurs pêcheurs bretons alternent deux cannes (une shad, un jig) à des profondeurs différentes pour tester les couches.

En verticale sur épaves profondes, le jig de 150 à 250 g reste la référence. Animation sèche en yo-yo court, 50 cm de lift par coup. Les touches arrivent souvent en descente.

Les leurres de surface (stickbaits, poppers) marchent bien sur les chasses visibles de l'été, mais restent anecdotiques comparés à la traîne plombée.

Matériel type : canne casting 2.10 m puissance 30 à 100 g, moulinet 6000 chargé en tresse PE 1.5 à 2.0, bas de ligne fluorocarbone 40/100 sur 2 à 3 m. Rien de spécifique au lieu, c'est le même matériel qu'un pêcheur de bar en traîne utilise en Bretagne.

Les spots de roche et les plateaux à lieu jaune sont faciles à enregistrer comme marqueurs dans BoatMap, notamment pour retrouver les tombants qui ont donné d'une saison à l'autre.

Sources

  • Ifremer, fiche Pollachius pollachius : https://peche.ifremer.fr/Ressources/Especes
  • CIEM, avis sur les stocks Pollachius pollachius zones VII et VIII (2023-2024)
  • Arrêté du 26 mai 2021 modifiant l'arrêté du 17 mai 2011 (pêche maritime de loisir)
  • DORIS-FFESSM, fiche Pollachius pollachius

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